Quelques insolences

N’en déplaise à certains, je prends le loisir de poursuivre la publication de mes idées sur ce blogue. C’est que depuis que j’ai publié ma réponse à l’article publié dans La Presse, les commentaires pullulent sur ce site et bien peu sont élogieux. Ces commentaires négatifs sont, bien souvent, farfelus.

Il y a le ton. Mon ton serait condescendant et moraliste. Mes opinions seraient déconnectées du milieu. On m’a traité poliment de démagogue et lobbyiste de la Réforme. On m’a même traité de croisé (en faisant référence aux croisades chrétiennes du Moyen-Âge) et fait allusion à des bailleurs de fonds qui financeraient ce blogue. Ce dernier commentaire est assez amusant et démontre bien qu’il y a des personnes qui sont déconnectées. À l’heure du web 2.0, n’y a-t-il rien de plus facile et abordable que bloguer ? Mais la théorie du complot fait son œuvre dès qu’une voix s’élève contre celle de l’ordre établi ! Pour le reste, je ne relèverai pas les commentaires désobligeants d’une exceptionnelle bassesse de certains.

Ces commentaires, bien souvent, ne sont aucunement constructifs  sont souvent formulés de façon émotive. Quel est le but de critiquer ou remettre en question si on ne propose rien en échange ? Ou qu’on laisse nos émotions d’une dure semaine prendre le dessus ? Je peux croire que mes idées sont tranchées, qu’elles dérangent et qu’elles remettent en doute la conception que plusieurs ont de leur profession. C’est justement le but de ce blogue !

Les Insolences du frère Untel

Vous souvenez-vous du frère Untel et de sa citation assommante je pense qu’il faudrait fermer le Département (de l’Instruction publique) pendant deux ans, au moins, et envoyer tout le personnel enseignant à l’école ? Des mots lourds à l’époque qui ont contribué, croyez-le ou non, à la fonction enseignante. Quoi qu’il en soit, le frère Untel avait envoyé son manuscrit aux Éditions de L’Homme avec l’avertissement suivant : Attention ! Contenu explosif ! Ce dernier avait dû publier anonymement ses Insolences probablement par crainte de représailles dans un milieu où le regard des autres peut miner une carrière… En éducation, les critiques de l’intérieur sont mal vues, surtout si elles vont contre l’opinion générale. Toutefois, l’auteur avait bien compris qu’un contenu explosif est bel et bien nécessaire pour amorcer un changement qui, avec plus d’un demi-siècle de recul, nous permet de l’apprécier comme étant l’un des précurseurs de la Révolution tranquille. Aujourd’hui, l’internet permet à tout un chacun, s’ils en ont envie, de pouvoir s’exprimer. Les médias sociaux relaient l’information à tous azimuts à une vitesse qui aurait étourdi le frère Untel ! Cependant, malgré que les mœurs en éducation ont peu changé à certains égards depuis, il n’en demeure pas moins que les textes anonymes n’ont plus leur raison d’être, car, de nos jours, il paraît peu pertinent de partager sa vision si l’auteur qui l’énonce ne peut les appuyer par sa propre image et crédibilité. Mais, ironiquement et paradoxalement, en même temps, les critiques saisissent cette même image pour s’évertuer à en démolir la crédibilité. Ainsi, on évite la création d’un espace-débat qui peut permettre au monde de l’éducation d’évoluer à l’extérieur de l’immobilisme trop prêché par les mœurs établies et l’opinion dominante.

Néanmoins, je me permets de reprendre une citation d’André Laurendeau en préface des Insolences du frère Untel. Elle éclaire mon action sur ce blogue et celle de plusieurs éducateurs qui, comme moi, en ont plus qu’assez de constater que nous formons des cohortes d’automates: La déception, qu’il ressent très vivement, ne le rend pas amer, et s’il a parfois des mots lestes, c’est sans perdre le sens du sacré.

La Réforme

Peut-on cesser de référer au Programme de formation de l’école québécoise comme étant la Réforme ?  C’est terminé, les programmes ont été réformés il y a plus près de quinze années déjà (malgré que les dernières dispositions aient été adoptées il y a quelques années). Peut-on passer à autre chose ? Le terme Réforme, en ce qui me concerne, lorsqu’il est ainsi utilisé, au terme de son utilité temporelle, a une connotation péjorative. Si plusieurs enseignants ont toujours cette Réforme dans la gorge, c’est qu’ils ne veulent toujours pas prendre le temps de l’avaler pour la digérer. Peut-être veulent-ils poser en tant que résistants ? En victimes ? À les écouter (ou plutôt à les lire), rien dans le Programme ne vaut la peine d’être adopté. C’est le début de la fin du monde de l’éducation. Pourtant, lors d’une éventuelle prochaine réforme, censément dans une quarantaine d’années, on fera l’apologie du système actuellement en place. L’histoire n’est-elle pas une cruelle répétition d’une succession d’événements ?

Et qu’en est-il de ceux qui ont avalé le morceau ? Ces enseignants qui acceptent de travailler dans une atmosphère positive et qui se disent qu’en dépit des nombreuses imperfections du système, il y a possibilité de mener à terme son action éducative sur une base quotidienne. Ces mêmes enseignants réalisent qu’ils accomplissent de petits miracles chaque jour. Ils sont fiers d’eux, de leurs élèves et de leur profession. Ils s’investissent dans leur travail, accèdent à des formations via différents médias, réseautent, échangent, partagent, etc. Ils sont des agents multiplicateurs.

Ne pas désespérer

Rien n’est parfait dans le monde de l’éducation, c’est évident. C’est un monde humain, géré et organisé par des humains. Si parfois nous pouvons croire qu’il manque de solidarité entre les acteurs de ce réseau, il n’en demeure pas moins que tous aspirent aux mêmes objectifs. Dans cette perspective, je crois que le débat du changement en éducation est fondé, n’en déplaise aux apôtres du traditionalisme pédagogique et éducationnel. Avez-vous déjà remarqué qu’il existe bien peu de professions dans lesquelles les travailleurs se plaignent autant que nous, les enseignants ? Il ne faut pas se surprendre que les élèves se plaignent également de leur sort et que les parents nous critiquent autant !

Parce qu’en fin de compte, il est préférable d’amorcer une démarche de changement professionnel par sa propre initiative, plutôt que de se le faire imposer par autrui. Mais la situation n’est pas désespérée; une fois de plus, Laurendeau aurait consolé le frère Untel de façon diserte : il y a trop de monde qui désespère pour que la situation soit désespérée[1]. Autrement dit, il y a trop d’enseignants désespérés de constater l’effet des forces restrictives dans le milieu de l’éducation pour abandonner et s’y résigner. C’est ainsi que s’entreprend le changement dans le monde de l’éducation à l’aube du XXIe siècle.