Quand le cordon ombilical s’étire jusqu’à l’école…

 Avez-vous déjà été accusé ou blâmé par, un parent, de brimer l’estime personnelle de son enfant ? Peut-être êtes-vous trop sévère ? Intransigeant ? Inflexible ?

L’estime personnelle de l’élève

De nos jours, les parents agissent souvent dans le milieu scolaire en accusant les intervenants scolaires qui interagissent avec celui-ci, comme quoi leur intervention menace l’estime personnelle de leur enfant. À écouter parler ces parents, tout porte à croire que l’estime de soi est une petite porcelaine que porte l’enfant quotidiennement entre ses mains et les chocs malencontreusement subis en milieu scolaire sont une menace à son intégrité. Pourtant, le développement de l’estime de soi de l’enfant est l’affaire de toute une vie. Il est évident qu’à l’adolescence, ce soit un élément fragile du développement personnel de l’élève. Cependant, il ne faut pas négliger que l’école est une première véritable microsociété dans laquelle il est plongé et que cette estime sera façonnée tout au courant de son parcours scolaire. Et elle le sera au gré de moments facilitants, mais aussi, elle sera fabriquée grâce à des moments plus difficiles. Notez que le mot grâce est bel et bien approprié : les obstacles sont bel et bien souhaités en milieu scolaire et ils ne sont pas pour autant des entraves au développement de l’estime personnelle de l’enfant.

Est-il nécessaire de rappeler que l’estime de soi est un acquis qui se développe de façon complexe dans divers milieux à la fois ? Effectivement, il se développe autant en famille qu’à l’école en passant par les sports et le réseau social ou amical. Il ne s’agit pas d’un élément inné à l’enfant. Bien au contraire, car il est le résultat d’une multitude de facteurs extérieurs et intérieurs à l’enfant.

Aplanir le parcours de l’enfant ?

Trop souvent, le parent estime qu’en aplanissant le parcours de l’élève et en purgeant le cheminement scolaire de l’enfant des défis qu’il risque de rencontrer, on évite les écueils qui pourraient abimer la sacrosainte estime personnelle de leur protégé. En réalité, c’est tout le contraire qui risque de se produire. Un élève qui se bute à des obstacles dans son parcours scolaire développe des aptitudes de résilience et développe des outils qui lui seront utiles durant toute son existence. De plus, une saine confiance en ses moyens s’établit petit à petit. L’élève prend conscience de ses forces, de ses faiblesses. Pour ce faire, il peut compter sur l’aide de ses enseignants et de tous les intervenants en milieu scolaire qui sont à sa disposition.

Si l’élève ne confronte pas ses propres limites et qu’il n’apprend pas à développer des outils pour faire face à ces obstacles, il ne fait que reporter ces situations qu’il affrontera éventuellement dans la vie adulte, sur le marché du travail, toujours sans les outils qu’il n’aura toujours pas pris la peine d’acquérir étant jeune. Cet adulte sera malheureusement dépourvu de persévérance et sera en proie plus facilement à l’abandon face aux défis qui se dresseront devant lui. Il aura de graves difficultés à relever des défis professionnels et personnels.

Le prolongement du cordon ombilical

La relation entre le milieu scolaire et le milieu familial en est une de complémentarité. Le premier complète l’œuvre éducative familiale. C’est en ce sens que le parent doit être un allié au cadre scolaire et tous doivent travailler dans le même sens pour assurer rigueur, cohérence et cohésion entre les deux milieux de référence pour les jeunes. Il n’y a aucun lieu de s’y opposer au nom de la préservation de l’estime personnelle de son enfant. L’école travaille en parallèle à la dynamique familiale et, tout comme le parent, elle vise ce qu’il y a de mieux pour ses protégés.

Cependant, le milieu scolaire est souverain de celui des parents. Étant donné que le premier est une grande famille qui dépasse parfois 2000 enfants, il doit y avoir des règles propres à celui d’un milieu public peuplé de mineurs. Si, sur le fond, tous s’entendent sur la pertinence de ces règles de vie, il n’en demeure pas moins que le discours change souvent lorsque ces règles ont des conséquences négatives directes sur son propre enfant. Et c’est à partir de ce moment, lorsque le parent choisit de plus en plus ouvertement le camp de son enfant en s’opposant à une décision de l’école que les problèmes surviennent. Les critiques souvent virulentes d’un parent à l’endroit d’un enseignant ou d’un membre de la direction ont tendance à favoriser la reproduction du même comportement chez l’élève en plus de confirmer ce dernier dans une situation d’invulnérabilité face au support de son propre parent, et ce, même si l’enfant a tort et qu’il a commis une erreur.

Le problème, bien souvent, est le lien affectif du parent envers son enfant, que nous pouvons représenter comme étant le prolongement du cordon ombilical. Certains parents sont toujours ainsi branchés sur leur enfant et ces derniers doivent prendre un certain recul pour laisser l’élève affronter ses difficultés par lui-même. Il est clair que le rôle parental doit être celui d’accompagnateur et non celui de facilitateur.

La théorie du complot : vous n’aimez pas mon enfant

L’implication des parents dans la vie scolaire de son enfant est évidemment souhaitable.

Les raisons de son implication sont d’autant plus importantes. Le fait-il par souci du travail d’équipe, au bénéfice de son enfant ou par surveillance de ce qui se fait à l’école en s’affichant comme gardien de l’estime personnelle de son enfant ?

Malheureusement, l’équilibre de l’implication parentale dans la vie scolaire est difficile à atteindre puisque, pour ceux qui tendent à trop s’investir, la notion de confiance revêt une importance capitale alors que le parent doit comprendre que les enseignants visent le bien-être de leurs élèves en y parvenant d’une autre façon. Ils sont objectifs puisque non liés par les sentiments parentaux dans l’exercice de leur fonction. Finalement, les parents doivent respecter la souveraineté professionnelle des intervenants scolaires au lieu de s’afficher comme experts de l’école, car eux aussi ils y ont déjà séjourné.

Ce manque de confiance, jumelé à un manque de respect de l’autonomie professionnelle des intervenants, le tout conjugué à une évidente émotivité lorsqu’il est question de leur enfant, donne naissance au phénomène des parents-rois. Cette attitude impérialiste permet à ce parent de tendre à prolonger les limites de son royaume au monde scolaire. Le principe est que ce dernier s’attend à ce que le monde scolaire soit géré comme le fait ce parent dans sa famille. Et ces attentes expliquent en partie l’attitude princière de leur enfant.

Les conflits qui s’en suivent donnent souvent lieu à des aberrations qui nous démontrent bien que ces parents et ces élèves s’attendent à ce que le monde scolaire oscille autour de leurs propres besoins. Et lorsque ce n’est pas le cas, les intervenants scolaires sont à l’origine des pires brimades présumées. Les vous n’aimez pas mon enfant sont de ces arguments employés sont souvent aberrants tout en étant pathétiquement amusants.

L’antidote à cette situation est la valorisation de la profession enseignante et du monde scolaire. Bien peu de patients contestent leur médecin et encore plus rares sont les passagers qui critiquent le pilote de leur avion en plein vol. L’œuvre éducative, pilotée par les enseignants et l’équipe-école, travaille quotidiennement à produire des résultats qui seront visibles à très long terme et qui vont définitivement bien au-delà des simples résultats scolaires. Il faut donc changer notre vision de l’éducation puisque le monde scolaire participe activement à la fabrication de citoyens en devenir et cette contribution doit être reconnue socialement. Et cette reconnaissance commence avec un certain respect de l’autonomie du monde scolaire.

Crédit artistique : « Candide » d’Andrée-Anne Laberge, artiste-peintre : http://www.andreeannelaberge.com