L’exploration comme véhicule extrême de la pédagogie active

Comme petite lecture de chevet, je viens d’achever le livre de l’explorateur bien connu Mike Horn. Son livre, datant de 2005, est en fait un récit d’expédition sur l’île de Bylot, dans le Grand Nord canadien. Mais ce qui fait que cette expédition m’intéresse, c’est certainement dû au fait qu’elle se déroule avec ses deux filles âgées de 11 et 12 ans ainsi qu’avec sa conjointe. Horn organise cette expédition comme étant celle où ses filles prennent les initiatives et que ce dernier, assume un rôle de conseiller en leur fournissant les informations nécessaires au bon déroulement de l’expédition de 200 kilomètres de trajet d’un bout à l’autre de l’île située au Nunavut, au large de Pond Inlet. L’explorateur de renom agit donc comme guide qui permet à ses enfants de révéler leur potentiel et leur caractère afin de repousser leurs propres limites.

Bien que plusieurs personnes de son entourage aient tourné son initiative éducative au ridicule, il demeure un apôtre de l’importance que les enfants soient placés dans le feu de l’action, au centre de différentes situations où ils devront solliciter leurs connaissances afin de les appliquer dans un contexte empirique. Il ne croyait pas si bien dire puisqu’il a transposé ces vœux pieux qui animent le monde de l’éducation occidental à un contexte extrême d’expédition sous le soleil de minuit ! Comme il l’affirme, un certain degré de prise de risques mesurés et calculés doit faire partie de l’éducation (p. 12). Malgré ces risques, avec la confiance qu’il témoigne les capacités de ses filles ainsi qu’en ses propres qualités d’éducateur, Horn comprend parfaitement que les apprentissages de qualité ont leur part de risque, donc un coût à assumer.

La société demeure le meilleur endroit pour la réalisation des apprentissages et leur validation en terrain actif. L’école demeure une pépinière à idée, un endroit un laboratoire où on fait germer les esprits de demain dans des conditions contrôlées. En regardant mes filles en pleine action, je les vois, d’heure en heure, en apprendre davantage sur la nature, sur la vie, sur elles-mêmes… et recevoir un enseignement qu’aucune école ne pourrait leur offrir (p. 83).

En contexte empirique, Horn offre deux leçons à ses filles et, de facto, à toutes les cohortes d’élèves qui fréquenteront les bancs d’école. Ces leçons prennent toutes leur essence dans un environnement hostile où la survie dépend de ses actions et de sa capacité à anticiper les défis :

  1. Ne jamais écouter aveuglément quelqu’un, même la personne en qui ont a le plus confiance, et ne jamais se départir de son esprit critique (p. 100-101). Il demeurera important d’écouter ce que les enseignants (au sens large du terme) nous transmettent comme information, mais de bien valider comment elles se transposent en pratique. Bref, le développement de l’esprit critique n’est que possible en permettant aux élèves de remettre en question l’enseignement qu’ils reçoivent. Force est d’admettre que l’école conventionnelle ne permet pas ce genre de remise en question de la part de ses élèves…
  2. Il est toujours utile rappeler aux enfants que l’on ne peut pas tout avoir, tout de suite (p. 75). À l’ère de l’instantanéité de l’information, les élèves veulent comprendre immédiatement à quoi sert le temps qu’ils consacrent à un sujet, à une matière. Tout doit être réinvesti immédiatement. Pourtant, le parcours des deux jeunes ados dans le Grand Nord nous démontre les vertus de la patience pédagogique et de la stratégie qui doit étoffer le réinvestissement de toutes ces connaissances.

Ce qui est intéressant avec le récit d’expédition de la famille Horn, ce sont les leçons de pédagogie que nous pouvons en tirer. À défaut d’être dans le Grand Nord, à remonter des glaciers, nos élèves sont néanmoins dans un milieu hostile, qui ne pardonne pas et où l’ignorance devient proie à l’exploitation. Le fait de pouvoir être actif dans ses apprentissages permet à l’élève de mesurer ses acquis et de les appliquer concrètement dans un milieu géré par un pédagogue. L’élève devient actif, tout comme son enseignant dont l’expérience et ses compétences sont enfin reconnues autrement que par les exposés magistraux au contenu livresque qu’il livre. Car, comme pour tous les enfants, l’impossible est pour elles une notion abstraite, puisqu’elles n’ont pas le sens des réalités que l’expérience donne aux adultes (p. 149).

L’expérience s’est avérée positive. Tellement, qu’Anika et Jessica Horn sont devenues, deux ans plus tard, les plus jeunes à atteindre le Pôle Nord en autonomie complète. Parallèlement, Mike Horn a créé le programme Young Explorers, permettant à des jeunes d’âge scolaire de participer ou de suivre ses expéditions.

Pour notre part, quand pourrons-nous prétendre permettre à nos élèves de conquérir leur propre Pôle Nord en leur fournissant les conditions gagnantes pour ce faire ?

HORN, Mike, À l’école du Grand Nord, Paris, XO éditions, 2005, 177p.