La fracture scolaire

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Il existe trois principaux clivages entre les élèves et le milieu scolaire. Autrement dit, le milieu scolaire n’est pas représentatif de la réalité de ses élèves, ne rencontre pas les attentes de sa clientèle et, finalement, limite leur épanouissement alors qu’il prétend le contraire.

1. La réalité de l’élève et celle offerte par le milieu scolaire

Le milieu scolaire offre-t-il un monde qui ressemble à celui dans lequel ses élèves évoluent ? S’y adapte-t-il ? Deux exemples viennent immédiatement en tête :

A-    Dans un premier temps, l’intégration des EHDAA aux classes régulières met en relief les difficultés de cet arrimage. Les enseignants doivent éduquer, socialiser et instruire tous leurs élèves mais certains ont besoin de mesures adaptatives pour y parvenir. Où sont les ressources ? On se fie sur les enseignants qui ont peu de formation à cet égard. Faire preuve de flexibilité pédagogique est définitivement une caractéristique incontournable à développer chez les enseignants. Cependant, les ressources en support à ces enseignants et aux élèves à besoins particuliers sont nécessaires. La réalité dictée par le Programme de formation est loin d’être calquée sur la réalité des élèves à besoins particuliers. Elle relève d’ailleurs plus de l’improvisation que de l’intervention efficace !

B-    Un autre exemple éloquent symbolisant cette fracture est certainement le fait que les élèves évoluent dans un environnement numérique. Ils interagissent de plusieurs façons dont, nouvellement, via les médias sociaux. Ils accèdent à toute la connaissance du monde depuis le début de la conscience humaine via leur téléphone intelligent, localisé au creux de leur poche. Comment réagit le milieu scolaire devant cette réalité ? Il interdit ces appareils électroniques. Pourquoi ?  Deux raisons principales expliquent cette situation:

  • Parce que les enseignants ont peur de plein de choses, dont de se faire juger (ou ridiculiser), à travers des photographies, vidéos ou enregistrements sonores. Ils craignent également de perdre leur place au sein de la classe puisqu’ils perdent ce monopole du savoir qu’ils détiennent historiquement depuis des lustres. Également, leur autorité serait menacée par ces appareils. Il y a plusieurs autres appréhensions qui sont toutes autant légitimes les unes que les autres, mais qui ne justifient aucunement l’interdiction d’accéder à ces ressources technologiques personnelles.
  • Parce que le paradigme sur lequel se base l’école est dépassé. Pourquoi les élèves utiliseraient leur téléphone intelligent ? Ils auraient accès à toutes les informations ! Et alors ? Lorsqu’ils travailleront, ils auront toujours accès à toutes les informations ! Le milieu professionnel l’a compris, mais pas le milieu scolaire… Devons-nous rappeler que le Programme de formation met en relief l’enseignement par compétence alors que la culture organisationnelle du monde de l’enseignement continue à évoluer au rythme de l’enseignement des connaissances. En ce sens, il n’est pas surprenant que les TIC intégrées à la pédagogie soient perçues par plusieurs comme une menace qui plane sur le monde de l’éducation. Bien souvent, ceux qui dénoncent le virage technologique des écoles dénoncent également l’incompatibilité des appareils électroniques à leur enseignement. L’intégration des TIC nécessite un changement de paradigme. La menace en éducation, ce ne sont pas les TIC ou la nouveauté. C’est le conservatisme et l’inertie de certains acteurs du monde de l’éducation, et ce, à tous les paliers.

2. Les attentes de l’élève et celles du milieu scolaire

Le milieu scolaire est l’un de ces très rares marchés qui se soucie peu des attentes de sa clientèle pour subsister. Il est entièrement subventionné par le gouvernement, et ce, peu importe le rendement de l’école, de la commission scolaire ou du personnel en place. En fait, lorsqu’il y a un article de la Loi sur l’instruction publique qui stipule que la fréquentation scolaire est obligatoire jusqu’en juin de l’année scolaire du seizième anniversaire de naissance de l’élève, est-ce vraiment nécessaire de se soumettre aux besoins de nos élèves ? Ils sont obligés d’être présents !

En somme, la clientèle est contrainte à consommer des services scolaires. Et lorsqu’ils sont en âge légal de décider, environ 20% de notre clientèle décide de quitter le bateau.

Nous devons prendre la peine d’examiner les besoins et les attentes de nos élèves au lieu d’imposer un modèle désuet à une clientèle qui carbure à la nouveauté et à la contemporanéité. Cela passe par une redéfinition du rôle de l’enseignant dans sa classe et une révision de ses stratégies d’enseignement. L’éducation doit être plus représentative du modèle de société dans lequel elle évolue.

3. Ce à quoi l’élève aspire et les possibilités offertes par le milieu scolaire.

L’école est-elle un milieu d’épanouissement du potentiel de ses élèves ou un outil de conformisme castrant qui, en fait, permet de fixer les paramètres de réalisation de ces derniers ? Autrement dit, les possibilités d’accomplissement sont-elles prédéterminées et préréglées ?

Est-ce que notre milieu scolaire met en place toutes les conditions afin de favoriser la créativité chez ses élèves ? Et leur curiosité ? Est-elle encouragée ? Exploitée ? Valorisée ? Selon Ken Robinson, ces deux caractéristiques figurent parmi celles qui nous distinguent des animaux. Créons-nous des conditions gagnantes pour les voir émerger ?  Formons-nous des automates programmés pour affronter les mêmes problèmes de leurs parents avec les mêmes outils et les mêmes solutions ? La société se plaint souvent du manque d’imagination de ses dirigeants. Voilà qui est paradoxal, car nous formons nos futurs leaders de la même façon que nos dirigeants ont eux-mêmes été éduqués.

Qu’il s’agisse d’anciens ou de nouveaux problèmes, nous avons besoin de nouvelles solutions. Il est impératif de penser différemment pour espérer agir différemment. Le milieu scolaire est-il un terreau fertile pour l’incubation d’idées créatives et novatrices ou offre-t-il un milieu de récupération d’idées déjà éprouvées ?

Cela dit, l’élève aspire à une plus grande ouverture à la diversité idéologique dans son milieu scolaire. Si nous clamons haut et fort que les seules limites sont celles que l’élève s’impose, il est grand temps de mettre cette maxime en pratique !