Changer de paradigme en éducation

Photo : http://www.reussir-loi-attraction.com/wp-content/uploads/2013/05/2012-nouveau-paradigme.jpg

Les TED Talks sont des sources inépuisables d’idées, particulièrement dans le domaine de l’éducation. C’est ainsi que j’ai fait la connaissance virtuelle de Will Richardson, un auteur et blogueur reconnu dans le monde de l’éducation américain.

Il part d’un postulat que plusieurs d’entre nous partagent, alors qu’il affirme que le monde de l’éducation est actuellement à la croisée des chemins et en pleine mutation. Il y va que quelques affirmations très intéressantes. Je vous en fais un rapport où j’y ajoute de mes impressions, le tout mélangé à la sauce « tempête d’idées ».

Le clivage

Nous partons d’un monde de rareté (pour ne pas dire de pauvreté), en terme de ressources didactiques et pédagogiques, pour évoluer au milieu d’un monde d’abondance (pour ne pas dire de surabondance). À l’heure actuelle, les enseignants peuvent de fier à un puits sans fond de la genèse de la connaissance humaine depuis le début des temps. Simultanément, leurs élèves accèdent également à cette manne, grâce à une évidente démocratisation des savoirs. Les enseignants se sont habitués à cette rareté. Cependant, les élèves ont été élevés dans cette abondance. Il en résulte une brèche opposant deux visions :

  1. Les habitudes pédagogiques des enseignants et les attentes de leurs élèves sont asynchrones. Ces derniers veulent avoir accès immédiatement et directement à l’information. L’école fait l’éloge de la lenteur et leur impose un certain ralenti principalement explicable par le décalage du milieu scolaire entier face aux changements technologiques animant la société.
  2. L’élève a accès à la somme des connaissances de l’humanité au bout de ses doigts ou dans ses poches alors que son enseignant et son manuel scolaire proposent un modèle de limitation des connaissances. C’est le modèle humain qui affronte le modèle internet, une « machine » qui est formée des savoirs des tous les humains.

C’est, en fait, des générations de jeunes plongés dans l’accessibilité et qui veulent être formés pour les défis des prochaines décennies qui s’opposent à des générations d’enseignants formés par un modèle scolaire datant, principalement, du Rapport Parent des années 60.

Le paradigme perdu

Le mode de l’éducation occident en est un qui lutte pour sa survie de son modèle. Lorsqu’il y a des dysfonctions, on s’évertue à réparer le modèle. On le rénove ou on le bonifie au lieu de simplement le changer en adoptant un nouveau paradigme. Voici trois réalités qui doivent permettre au monde de l’éducation de changer de paradigme :

  1. L’information est ubiquiste. Pourtant, l’école, c’est la seule place que les jeunes ne peuvent amener l’outil TIC pour aller la chercher. Les téléphones intelligents contiennent une encyclopédie des connaissances mondiales. Quel paradoxe ! Nous préparons les jeunes au monde du travail où on encourage l’accès aux meilleures technologies pour réaliser leurs tâches quotidiennes alors que nous les brimons dans l’utilisation de la même technologie. Et nous nous vantons de préparer nos jeunes au marché du travail ? Vraiment ? L’école orientante québécoise vient d’en prendre pour son rhume !
  2. L’éducation, l’enseignement et la pédagogie ne sont plus soumis au monopole de l’école. Les nouvelles plateformes pullulent : MOOC, médias sociaux, Didacti, etc. Le nouveau monde de l’éducation, c’est ce que l’on appelle désormais le knowledge just in time ou, ce que je qualifierais d’éducation ergonomique. Elle s’accomplit en se modelant à l’emploi du temps de l’élève, au moment où il le désire, à l’endroit qu’il choisit : dans le transport scolaire, entre deux matchs de hockey, chez un ami. Les possibilités sont immenses, pourvu qu’internet soit disponible. Encore une fois, la portabilité des appareils de communication personnels branchés en permanence sur les ondes de données cellulaires simplifie l’opération.
  3. Bien que l’école ne détienne plus le monopole de l’enseignement et de l’éducation, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’un milieu qui a le potentiel évident de faciliter la démarche éducative. En fait, le réseautage scolaire ou extrascolaire est la nouvelle salle de classe. Cela est l’apprentissage collaboratif et coopératif à l’échelle planétaire. Rien de moins. Pourtant, il existe encore un indéniable paradoxe : nos classes empêchent le réseautage et l’ouverture sur le monde en focalisant l’attention autour d’un enseignant qui se cantonne trop souvent dans ses stratégies pédagogiques désuètes. Pourtant, à l’heure des médias sociaux et des forums de discussion, les conditions gagnantes sont réunies pour encourager les échanges et la correspondance entre les élèves de divers milieux ou différents intervenants qui gravitent autour de l’école afin d’offrir une offre de services éducatifs éclatée, originale et totalement éducative. Le tout, sous la houlette avertie de l’enseignant.

Force est d’admettre que sous peu, nous n’aurons plus besoin des écoles pour instruire nos élèves. L’école demeure irremplaçable pour les éduquer et les socialiser, mais pas pour les instruire et les éduquer. D’où l’importance d’adopter un nouveau paradigme qui resitue le rôle de l’école, donc des enseignants, au lieu de perdurer à en prolonger indument la durée de vie.

Le monde de l’éducation dans sa totalité doit se décentrer pour s’ouvrir à la réalité des jeunes qui, pour leur part, doivent s’ouvrir aux défis mondiaux du 21e siècle. Malheureusement, force est d’admettre que ce monde tente plutôt de faire perdurer un modèle vieillot et dépassé. Pendant ce temps, le taux de décrochage demeure alarmant et les jeunes se désinvestissent de plus en plus de leur milieu scolaire et de leurs études.

Pour terminer, plusieurs enseignants ne sont pas excités par rapport aux changements mondiaux qui se répercutent dans leurs classes. C’est compréhensible, car, pour plusieurs, ils ressentent de la colère, car ces derniers ont passé plusieurs décennies à travailler pour devenir compétents dans un système qui les définissait d’une façon donnée. Et là, soudainement, il faut tout changer. Il y a perte de repères et, fort probablement aussi, l’estime professionnelle de l’enseignant est affectée. Il s’emploie donc à tenter de préserver ses acquis au lieu de les redéfinir. Donc, certains enseignants sont en deuil !

Les enseignants d’aujourd’hui sont des co-apprenants. Ils expérimentent, ils créent. Ils ne sont plus des spécialistes d’un sujet. Google en saura toujours plus qu’eux. Tous doivent devenir des apprenants et accepter cette réalité. Avant d’être enseignant, on est d’abord et avant tout apprenant.

Nous devons être des agents de changement. C’est notre travail, c’est notre vocation.

 

(Texte inspire des idées véhiculées par la conférence TED de Will Richardson : http://www.youtube.com/watch?v=9ekcWQxgk3k).