La fracture scolaire

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Il existe trois principaux clivages entre les élèves et le milieu scolaire. Autrement dit, le milieu scolaire n’est pas représentatif de la réalité de ses élèves, ne rencontre pas les attentes de sa clientèle et, finalement, limite leur épanouissement alors qu’il prétend le contraire.

1. La réalité de l’élève et celle offerte par le milieu scolaire

Le milieu scolaire offre-t-il un monde qui ressemble à celui dans lequel ses élèves évoluent ? S’y adapte-t-il ? Deux exemples viennent immédiatement en tête :

A-    Dans un premier temps, l’intégration des EHDAA aux classes régulières met en relief les difficultés de cet arrimage. Les enseignants doivent éduquer, socialiser et instruire tous leurs élèves mais certains ont besoin de mesures adaptatives pour y parvenir. Où sont les ressources ? On se fie sur les enseignants qui ont peu de formation à cet égard. Faire preuve de flexibilité pédagogique est définitivement une caractéristique incontournable à développer chez les enseignants. Cependant, les ressources en support à ces enseignants et aux élèves à besoins particuliers sont nécessaires. La réalité dictée par le Programme de formation est loin d’être calquée sur la réalité des élèves à besoins particuliers. Elle relève d’ailleurs plus de l’improvisation que de l’intervention efficace !

B-    Un autre exemple éloquent symbolisant cette fracture est certainement le fait que les élèves évoluent dans un environnement numérique. Ils interagissent de plusieurs façons dont, nouvellement, via les médias sociaux. Ils accèdent à toute la connaissance du monde depuis le début de la conscience humaine via leur téléphone intelligent, localisé au creux de leur poche. Comment réagit le milieu scolaire devant cette réalité ? Il interdit ces appareils électroniques. Pourquoi ?  Deux raisons principales expliquent cette situation:

  • Parce que les enseignants ont peur de plein de choses, dont de se faire juger (ou ridiculiser), à travers des photographies, vidéos ou enregistrements sonores. Ils craignent également de perdre leur place au sein de la classe puisqu’ils perdent ce monopole du savoir qu’ils détiennent historiquement depuis des lustres. Également, leur autorité serait menacée par ces appareils. Il y a plusieurs autres appréhensions qui sont toutes autant légitimes les unes que les autres, mais qui ne justifient aucunement l’interdiction d’accéder à ces ressources technologiques personnelles.
  • Parce que le paradigme sur lequel se base l’école est dépassé. Pourquoi les élèves utiliseraient leur téléphone intelligent ? Ils auraient accès à toutes les informations ! Et alors ? Lorsqu’ils travailleront, ils auront toujours accès à toutes les informations ! Le milieu professionnel l’a compris, mais pas le milieu scolaire… Devons-nous rappeler que le Programme de formation met en relief l’enseignement par compétence alors que la culture organisationnelle du monde de l’enseignement continue à évoluer au rythme de l’enseignement des connaissances. En ce sens, il n’est pas surprenant que les TIC intégrées à la pédagogie soient perçues par plusieurs comme une menace qui plane sur le monde de l’éducation. Bien souvent, ceux qui dénoncent le virage technologique des écoles dénoncent également l’incompatibilité des appareils électroniques à leur enseignement. L’intégration des TIC nécessite un changement de paradigme. La menace en éducation, ce ne sont pas les TIC ou la nouveauté. C’est le conservatisme et l’inertie de certains acteurs du monde de l’éducation, et ce, à tous les paliers.

2. Les attentes de l’élève et celles du milieu scolaire

Le milieu scolaire est l’un de ces très rares marchés qui se soucie peu des attentes de sa clientèle pour subsister. Il est entièrement subventionné par le gouvernement, et ce, peu importe le rendement de l’école, de la commission scolaire ou du personnel en place. En fait, lorsqu’il y a un article de la Loi sur l’instruction publique qui stipule que la fréquentation scolaire est obligatoire jusqu’en juin de l’année scolaire du seizième anniversaire de naissance de l’élève, est-ce vraiment nécessaire de se soumettre aux besoins de nos élèves ? Ils sont obligés d’être présents !

En somme, la clientèle est contrainte à consommer des services scolaires. Et lorsqu’ils sont en âge légal de décider, environ 20% de notre clientèle décide de quitter le bateau.

Nous devons prendre la peine d’examiner les besoins et les attentes de nos élèves au lieu d’imposer un modèle désuet à une clientèle qui carbure à la nouveauté et à la contemporanéité. Cela passe par une redéfinition du rôle de l’enseignant dans sa classe et une révision de ses stratégies d’enseignement. L’éducation doit être plus représentative du modèle de société dans lequel elle évolue.

3. Ce à quoi l’élève aspire et les possibilités offertes par le milieu scolaire.

L’école est-elle un milieu d’épanouissement du potentiel de ses élèves ou un outil de conformisme castrant qui, en fait, permet de fixer les paramètres de réalisation de ces derniers ? Autrement dit, les possibilités d’accomplissement sont-elles prédéterminées et préréglées ?

Est-ce que notre milieu scolaire met en place toutes les conditions afin de favoriser la créativité chez ses élèves ? Et leur curiosité ? Est-elle encouragée ? Exploitée ? Valorisée ? Selon Ken Robinson, ces deux caractéristiques figurent parmi celles qui nous distinguent des animaux. Créons-nous des conditions gagnantes pour les voir émerger ?  Formons-nous des automates programmés pour affronter les mêmes problèmes de leurs parents avec les mêmes outils et les mêmes solutions ? La société se plaint souvent du manque d’imagination de ses dirigeants. Voilà qui est paradoxal, car nous formons nos futurs leaders de la même façon que nos dirigeants ont eux-mêmes été éduqués.

Qu’il s’agisse d’anciens ou de nouveaux problèmes, nous avons besoin de nouvelles solutions. Il est impératif de penser différemment pour espérer agir différemment. Le milieu scolaire est-il un terreau fertile pour l’incubation d’idées créatives et novatrices ou offre-t-il un milieu de récupération d’idées déjà éprouvées ?

Cela dit, l’élève aspire à une plus grande ouverture à la diversité idéologique dans son milieu scolaire. Si nous clamons haut et fort que les seules limites sont celles que l’élève s’impose, il est grand temps de mettre cette maxime en pratique !

Peut-on sincèrement parler de persévérance scolaire ?

Décrochage

Infographie : http://www.perseverancescolaire.com

Ce sont les journées de la persévérance scolaire au Québec. Ces journées suivent la semaine des enseignants. Est-ce une coïncidence ou un clin d’oeil à la profession enseignante ? Peu importe.

C’est en lisant Le Devoir ce matin que j’ai pu apprendre que trois décrocheurs partiront en croisade auprès des jeunes d’âge scolaire pour les inciter à persévérer sur les bancs d’école. C’est une belle histoire, pleine d’altérité. Quel éducateur ne serait pas ému par cet acte de bravoure issu du J’ai fait une grave erreur et je ne veux pas que d’autres la répètent. Malheureusement, trop de jeunes ont des parcours sinueux et sont confrontés à des problèmes d’adultes alors qu’ils ne sont toujours que des adolescents. Triste constat de la société actuelle où les enfants ont des responsabilités d’adultes dans des familles, trop souvent dysfonctionnelles.

Donc, une fois par année, on part en croisade pour faire la promotion de la persévérance scolaire. On ne peut pas être contre la vertu. Cependant, au-delà de ces beaux mots et des ces quelques actions ici et là, prenons-nous le temps de nous questionner sincèrement ? Contribuons-nous au décrochage scolaire ? Comment ? Prenons-nous le temps de s’accorder ce petit répit pour faire sa propre analyse de pratique professionnelle ?

L’apprentissage serait favorisé par le plaisir que l’on éprouve à mener une tâche. Il faut cesser de considérer l’apprentissage par un simple processus cognitif. Nous le savons, la sphère émotive est omniprésente chez les jeunes d’âge secondaire. En faire abstraction dans notre intervention éducative quotidienne est une grave erreur. La motivation et l’engagement sont des éléments incontournables pour façonner l’apprentissage. Une pléthore de recherches existe à ce sujet et la formation des maîtres témoigne bien de cette importance lorsqu’il est question de signifiance : le pourquoi de l’apprentissage. C’est un peu comme si l’enseignant devenait un vendeur en ventant l’importance de réaliser une tâche donnée et d’en intégrer les fondements pédagogiques.

Tous connaissent les concepts de motivation extrinsèque et celui de motivation intrinsèque. Autrement dit, celle qui provient de l’environnement, donc des stimuli extérieurs et celle qui provient de l’individu, de son for intérieur, avec tout son schème de perceptions et de conceptions. S’il est relativement facile pour le milieu de modifier les conditions externes à l’élève pour espérer allumer son intérêt à apprendre, il en est tout autre en ce qui concerne sa perception de l’apprentissage à réaliser. Néanmoins, il existe une panoplie de stratégies de pédagogie active dont les effets auront comme prétention rendre l’élève actif dans ses apprentissages. Un élève actif en est souvent un qui s’engage et qui intègre une tâche donnée. Il la vit, il la fait sienne. Il y tient, il est motivé.

Les apprentissages solides sont ancrés dans l’action. L’élève y dégage un niveau d’investissement où il édifie son estime personnelle à réaliser une tâche au lieu de témoigner de la compétence d’un enseignant à y parvenir. Lorsqu’un système d’éducation est davantage basé sur les conventions et les traditions plutôt que sur le plaisir d’apprendre et sur la nécessité d’innover, il va de soi que les élèves, eux, se présentent en classe par obligation, et non par intérêt.

Bref, un élève doit être acteur et non spectateur de son propre cheminement. À cet égard, Montaigne citait, à juste titre :

(…) un enfant de maison, qui recherche les lettres,non pour le gain (…) ni tant pour les commodités externes, que pour les siennes propres et pour s’en enrichir et parer au-dedans, ayant plutôt envie d’en réussir habile homme, qu’homme savant, je voudrais aussi qu’on fût soigneux de lui choisir un conducteur, qui eût plutôt la tête bien faite, que bien pleine : et qu’on y requît tous les deux mais plus les mœurs et l’entendement que la science : et qu’il se conduisît en sa charge d’une nouvelle manière. On ne cesse de criailler à nos oreilles, comme qui verserait dans un entonnoir ; et notre charge n’est que de redire ce qu’on nous a dit.

Pour en revenir aux journées de la persévérance scolaire, l’initiative est louable quoique… hypocrite. On incite à nos élèves à persister dans un système d’éducation qui est rigide et qui refuse de se moderniser. Ils persévèrent dans un milieu qui ne leur ressemble pas et qui ne fait pas le nécessaire pour leur ressembler en profondeur. Vous connaissez d’autres entreprises qui se refusent de se modeler aux besoins de leur clientèle et qui survivent aussi longtemps ? À quoi bon souligner une semaine dans l’année scolaire alors que le reste du temps, le monde de l’éducation refuse obstinément de se mettre au diapason de la réalité des élèves ? Que fait-on concrètement et de façon durable pour favoriser la persévérance scolaire ? Quand cesserons-nous de considérer le décrochage scolaire comme un phénomène externe plutôt que le résultat de nos échecs en tant que système scolaire ?

En somme, à ce siècle, plus que jamais, l’école n’est plus le lieu consacré qui détient le monopole des conditions liées à l’apprentissage. Cette école québécoise est en compétition avec son entourage qui sait fréquemment comment stimuler la créativité et la curiosité de nos élèves. Grâce aux TIC, ces derniers peuvent accéder à tout un éventail de connaissances qu’ils détiennent au creux de leur poche, via leur téléphone intelligent. École et apprentissage ne sont donc plus intimement indissociables.

Il n’est pas trop tard pour s’inscrire dans la modernité et prendre le virage nécessaire au lieu de se lamenter sur les effets néfastes du décrochage scolaire dans notre société. Ainsi, on célèbrerait nos succès de persévérance au lieu de brandir l’épouvantail socio-économique à nos jeunes pour les convaincre de demeurer sur les bancs d’école. La peur et la contrainte n’ont jamais donné de bons résultats dans le monde de l’éducation. Les statistiques sur le décrochage sont là pour nous le rappeler cruellement.

 

 

Bonne semaine des enseignants !

Sans titre

Après près de quinze années dans le monde de l’éducation, je réalise quotidiennement à quel point la profession enseignante en est une hautement ingrate.

L’enseignement est un métier qui s’exerce au front à tous les instants, directement sur le terrain. Il faut avoir la couenne dure pour faire face à ce niveau d’action. Travailler avec des jeunes qui sont en croissance à tous les plans relève de l’exploit, et ce, quotidiennement. Rares sont les professions qui peuvent se vanter de faire une différence chez des humains tous les jours et qui requièrent un tel niveau d’altruisme et d’altérité. Rares sont les professions qui permettent à un individu de jouer un rôle direct dans l’évolution d’humains de façon aussi fréquente et directe, surtout à un moment aussi décisif de leur vie.

Vocation et devoir
Aujourd’hui, enseigner n’a rien de reposant, et ce, malgré le fait que les détracteurs cyniques de la profession aiment nous rappeler que nous avons deux mois de congé, une relâche et deux semaines à Noël. Quoi qu’il en soit, je me plais toujours à inviter ces détracteurs à venir passer une seule journée en classe avec un enseignant… À ce jour, personne n’a relevé le défi, sauf quelques étudiants de cégep ou d’université qui veulent vivre une journée typique avant de prendre la décision de faire le grand saut dans la profession.

La profession enseignante est située à mi-chemin entre la vocation et le devoir. L’appel à l’enseignement est vocationnel. Il faut évidemment aimer les jeunes et leur lot de différences. Il faut apprécier cette diversité et la valoriser et non tenter de l’aplanir afin d’en normaliser leur parcours. Cette vocation se traduit également par des habiletés d’orateur charismatique dans la plupart des cas. Il faut vouloir être créatif et curieux et surtout, accepter de continuer à apprendre pendant la durée de sa carrière. Ce ne sont pas tous les individus qui ont l’humilité d’accepter cette nécessité. À l’heure où tous les professionnels se définissent par leur expertise, certains seraient certainement insécurisés à l’idée de devoir être en formation continue… journellement !

Les enseignants assument un devoir social. Ils doivent éduquer nos enfants et adolescents en fonction des attentes sociales manifestées par un Programme de formation. Ils ne doivent pas seulement se contenter de rendre une matière ou de la passer, mais bien d’en incarner les valeurs qui y sont véhiculées. Les enseignants travaillent dans un laboratoire social, au temps présent, mais le résultat de leur action pédagogique s’inscrit dans le futur. Il faut donc avoir confiance en ses moyens pour accepter de ne pas constater le résultat de ses efforts dans un avenir rapproché ! Un médecin qui aide un malade pourra faire un suivi annuel. Un ingénieur qui construit un pont pourra contempler son œuvre tout au long de sa vie. Mais pour l’enseignant, son œuvre sera consommée par d’autres, ultérieurement. Il demeurera, espérons-le, un brin d’appréciation qui, bien malheureusement, dans la majorité des cas, ne sera jamais témoignée. Peut-être prenons-nous pour acquis nos enseignants ?

Deux souhaits
Il ne faut pas se leurrer; il y a une quantité importante de désagréments et d’irritants qui parsèment le parcours des enseignants : trop de groupes, classes surchargées, élèves difficiles, capricieux, dorlotés, paresseux (…), tâche lourde, parents revendicateurs et étouffants, bureaucratie scolaire interminable, manque de financement du milieu scolaire, etc. Ultimement, notre raison d’être, notre vocation, s’élève bien au-delà des déceptions qui peuvent être associées à notre emploi.

En cette semaine des enseignants, je souhaite donc que ces derniers soient fiers de leur profession. Je leur souhaite d’accepter les désagréments de leur emploi et de les contextualiser dans un cadre plus large qui fait qu’en réalité, ces désagréments sont des détails dans la grandeur de l’enseignement.

Je leur souhaite d’être solidaires également. Tous envers leur propre communauté enseignante immédiate élargie en mettant en valeur leur profession et leur milieu de travail au lieu de les dénigrer. Chez les enseignants, bien malheureusement, force est de constater qu’il soit tendancieux de critiquer sa propre profession et les orientations prises par les cadres scolaires, le MELS ou autres instances.

Tous dans le monde de l’enseignement souhaitent que la profession enseignante gagne ses lettres de noblesse au sein de l’opinion publique. Comment inspirer le respect des parents et de leur enfant si trop d’enseignants ne sont pas en mesure de respecter eux-mêmes leur propre statut professionnel pour en parler en termes élogieux ? Telle est la question.
L’idéal de la société québécoise est forgé par le système d’éducation et par les actions quotidiennes de ceux qui y évoluent. La dette sociale envers ces hommes et ces femmes est incommensurable et c’est la seule dette qui est appelée à croitre positivement.

Bonne semaine des enseignants à tout un chacun.

Quelques insolences

N’en déplaise à certains, je prends le loisir de poursuivre la publication de mes idées sur ce blogue. C’est que depuis que j’ai publié ma réponse à l’article publié dans La Presse, les commentaires pullulent sur ce site et bien peu sont élogieux. Ces commentaires négatifs sont, bien souvent, farfelus.

Il y a le ton. Mon ton serait condescendant et moraliste. Mes opinions seraient déconnectées du milieu. On m’a traité poliment de démagogue et lobbyiste de la Réforme. On m’a même traité de croisé (en faisant référence aux croisades chrétiennes du Moyen-Âge) et fait allusion à des bailleurs de fonds qui financeraient ce blogue. Ce dernier commentaire est assez amusant et démontre bien qu’il y a des personnes qui sont déconnectées. À l’heure du web 2.0, n’y a-t-il rien de plus facile et abordable que bloguer ? Mais la théorie du complot fait son œuvre dès qu’une voix s’élève contre celle de l’ordre établi ! Pour le reste, je ne relèverai pas les commentaires désobligeants d’une exceptionnelle bassesse de certains.

Ces commentaires, bien souvent, ne sont aucunement constructifs  sont souvent formulés de façon émotive. Quel est le but de critiquer ou remettre en question si on ne propose rien en échange ? Ou qu’on laisse nos émotions d’une dure semaine prendre le dessus ? Je peux croire que mes idées sont tranchées, qu’elles dérangent et qu’elles remettent en doute la conception que plusieurs ont de leur profession. C’est justement le but de ce blogue !

Les Insolences du frère Untel

Vous souvenez-vous du frère Untel et de sa citation assommante je pense qu’il faudrait fermer le Département (de l’Instruction publique) pendant deux ans, au moins, et envoyer tout le personnel enseignant à l’école ? Des mots lourds à l’époque qui ont contribué, croyez-le ou non, à la fonction enseignante. Quoi qu’il en soit, le frère Untel avait envoyé son manuscrit aux Éditions de L’Homme avec l’avertissement suivant : Attention ! Contenu explosif ! Ce dernier avait dû publier anonymement ses Insolences probablement par crainte de représailles dans un milieu où le regard des autres peut miner une carrière… En éducation, les critiques de l’intérieur sont mal vues, surtout si elles vont contre l’opinion générale. Toutefois, l’auteur avait bien compris qu’un contenu explosif est bel et bien nécessaire pour amorcer un changement qui, avec plus d’un demi-siècle de recul, nous permet de l’apprécier comme étant l’un des précurseurs de la Révolution tranquille. Aujourd’hui, l’internet permet à tout un chacun, s’ils en ont envie, de pouvoir s’exprimer. Les médias sociaux relaient l’information à tous azimuts à une vitesse qui aurait étourdi le frère Untel ! Cependant, malgré que les mœurs en éducation ont peu changé à certains égards depuis, il n’en demeure pas moins que les textes anonymes n’ont plus leur raison d’être, car, de nos jours, il paraît peu pertinent de partager sa vision si l’auteur qui l’énonce ne peut les appuyer par sa propre image et crédibilité. Mais, ironiquement et paradoxalement, en même temps, les critiques saisissent cette même image pour s’évertuer à en démolir la crédibilité. Ainsi, on évite la création d’un espace-débat qui peut permettre au monde de l’éducation d’évoluer à l’extérieur de l’immobilisme trop prêché par les mœurs établies et l’opinion dominante.

Néanmoins, je me permets de reprendre une citation d’André Laurendeau en préface des Insolences du frère Untel. Elle éclaire mon action sur ce blogue et celle de plusieurs éducateurs qui, comme moi, en ont plus qu’assez de constater que nous formons des cohortes d’automates: La déception, qu’il ressent très vivement, ne le rend pas amer, et s’il a parfois des mots lestes, c’est sans perdre le sens du sacré.

La Réforme

Peut-on cesser de référer au Programme de formation de l’école québécoise comme étant la Réforme ?  C’est terminé, les programmes ont été réformés il y a plus près de quinze années déjà (malgré que les dernières dispositions aient été adoptées il y a quelques années). Peut-on passer à autre chose ? Le terme Réforme, en ce qui me concerne, lorsqu’il est ainsi utilisé, au terme de son utilité temporelle, a une connotation péjorative. Si plusieurs enseignants ont toujours cette Réforme dans la gorge, c’est qu’ils ne veulent toujours pas prendre le temps de l’avaler pour la digérer. Peut-être veulent-ils poser en tant que résistants ? En victimes ? À les écouter (ou plutôt à les lire), rien dans le Programme ne vaut la peine d’être adopté. C’est le début de la fin du monde de l’éducation. Pourtant, lors d’une éventuelle prochaine réforme, censément dans une quarantaine d’années, on fera l’apologie du système actuellement en place. L’histoire n’est-elle pas une cruelle répétition d’une succession d’événements ?

Et qu’en est-il de ceux qui ont avalé le morceau ? Ces enseignants qui acceptent de travailler dans une atmosphère positive et qui se disent qu’en dépit des nombreuses imperfections du système, il y a possibilité de mener à terme son action éducative sur une base quotidienne. Ces mêmes enseignants réalisent qu’ils accomplissent de petits miracles chaque jour. Ils sont fiers d’eux, de leurs élèves et de leur profession. Ils s’investissent dans leur travail, accèdent à des formations via différents médias, réseautent, échangent, partagent, etc. Ils sont des agents multiplicateurs.

Ne pas désespérer

Rien n’est parfait dans le monde de l’éducation, c’est évident. C’est un monde humain, géré et organisé par des humains. Si parfois nous pouvons croire qu’il manque de solidarité entre les acteurs de ce réseau, il n’en demeure pas moins que tous aspirent aux mêmes objectifs. Dans cette perspective, je crois que le débat du changement en éducation est fondé, n’en déplaise aux apôtres du traditionalisme pédagogique et éducationnel. Avez-vous déjà remarqué qu’il existe bien peu de professions dans lesquelles les travailleurs se plaignent autant que nous, les enseignants ? Il ne faut pas se surprendre que les élèves se plaignent également de leur sort et que les parents nous critiquent autant !

Parce qu’en fin de compte, il est préférable d’amorcer une démarche de changement professionnel par sa propre initiative, plutôt que de se le faire imposer par autrui. Mais la situation n’est pas désespérée; une fois de plus, Laurendeau aurait consolé le frère Untel de façon diserte : il y a trop de monde qui désespère pour que la situation soit désespérée[1]. Autrement dit, il y a trop d’enseignants désespérés de constater l’effet des forces restrictives dans le milieu de l’éducation pour abandonner et s’y résigner. C’est ainsi que s’entreprend le changement dans le monde de l’éducation à l’aube du XXIe siècle.

 


Montaigne et la pédagogie active

Vous avez déjà pris la peine de lire les Essais de Montaigne ? À tout le moins, ceux sur l’éducation à travers le pédantisme (chapitre 24) et l’institution des enfants (chapitre 25) ? Vous trouvez ce monsieur trop… old school ? Possiblement, puisque ses essais ont été publiés à la fin du XVIe siècle. Mais détrompez-vous. Michel de Montaigne est probablement le père de l’éducation moderne et même, d’un certain sens, du Renouveau pédagogique !

Essais, livre 1, chapitre 24 : Du pédantisme

Le pédantisme est le propre de l’être qui étale son savoir livresque de façon vaniteuse, outrecuidante et complaisante. À ce sujet, Montaigne affiche clairement ses couleurs en faisant la promotion d’un savoir utile plutôt que livresque. Il hait par sur tout un savoir pédantesque (p. 204), dénonçant que nous ne travaillons qu’à remplir la mémoire et laissons l’entendement et la conscience vide (p. 208). Nous apprenons, non pour la vie, mais pour l’école (p. 215). Autrement dit, Montaigne clame que les savoirs scolaires sont souvent sans signifiance pour les jeunes et qu’ils sont décalés face à une application pratique dans le quotidien : il faut non seulement acquérir la sagesse, mais encore en tirer profit (p. 212).

L’enseignement par connaissances étoufferait-il l’esprit ? Paradoxalement, nuirait-il à la formation des élèves ? Il faut croire que l’approche par compétence du MELS soit appropriée et qu’il n’est pas une si mauvaise idée de sonner le glas de l’approche par connaissances ! Apprendre n’est pas une fin en soi, si ce n’est pour appliquer ces apprentissages en contexte empirique ! Néanmoins, les dernières années vécues dans le monde québécois de l’éducation nous ont permis de comprendre qu’en fait, une approche par compétence n’évacue pas pour autant les connaissances des cursus scolaires. Bien au contraire. Elles doivent y être intégrées dans le but de servir le développement des compétences. Instruire non par ouï-dire, mais par l’essai de l’action, en les formant et moulant vivement, non seulement de préceptes et paroles, mais principalement d’exemples et d’œuvres (p. 219). Donc, l’apprentissage doit être réalisé dans l’action et réinvesti de la même façon. Montaigne aurait-il jeté les bases de la pédagogie active dès la fin des années 1500 ?

Essais, livre 1, chapitre 25 : De l’institution des enfants

En effet, la pédagogie active et l’approche socioconstructiviste semblent omniprésentes dans la conception de l’éducation chez le sage français : Je ne vise ici qu’à découvrir moi-même, qui serai par aventure autre demain, si nouvel apprentissage me change (p. 227). Lorsqu’il peint le paysage du monde de l’éducation de l’époque, il y a malheureusement de fortes ressemblances avec ce que nos élèves vivent aujourd’hui, près de 450 ans plus tard. Le monde de l’éducation occidental a-t-il mal vieilli ?

(…) un enfant de maison, qui recherche les lettres, non pour le gain (…) ni tant pour les commodités externes, que pour les siennes propres et pour s’en enrichir et parer au-dedans, ayant plutôt envie d’en réussir habile homme, qu’homme savant, je voudrais aussi qu’on fût soigneux de lui choisir un conducteur, qui eût plutôt la tête bien faite, que bien pleine : et qu’on y requît tous les deux mais plus les mœurs et l’entendement que la science : et qu’il se conduisît en sa charge d’une nouvelle manière. On ne cesse de criailler à nos oreilles, comme qui verserait dans un entonnoir ; et notre charge n’est que de redire ce qu’on nous a dit. Apprendre en lui faisant goûter les choses, les choisir, et discerner d’elle-même. Quelquefois lui ouvrant le chemin, quelquefois le lui laissant ouvrir. (p. 230).

Devant un tel constat, inutile d’organiser des recherches tous azimuts pour comprendre les causes profondes du désintéressement de nos élèves et leur démotivation : Notre âme ne branle qu’à crédit, soit sous l’autorité d’autrui. (…) notre vigueur et liberté est éteinte (p. 231). Qui suit un autre, il ne suit rien : Il ne trouve rien : voire il ne cherche rien. Qu’il sache qu’il sait au moins (p. 232). Sommes-nous en train de former des automates depuis tout ce temps ? L’école est-elle un lieu insipide où bon nombre d’enseignants contribuent, quotidiennement, inconsciemment, à former des têtes bien pleines conditionnées à radoter ce qu’elles y ont appris, et ce, pendant la durée de leur vie, en contexte personnel, familial, institutionnel et professionnel ? Triste constat alors que nous visons le développement du jugement critique chez nos jeunes… À ceux qui veulent apprendre nuit le plus souvent l’autorité de ceux qui enseignent (p. 231).

Probablement que cette mauvaise tradition qui s’est perpétuée jusqu’ici a su maintenir son rythme grâce à une certaine noirceur due à la dictature de la connaissance exercée par le monde scolaire, alors que l’accès à la connaissance passait obligatoirement par l’enseignant. Désormais, l’accès à la connaissance s’est démocratisé avec l’avènement de la technologie et surtout, grâce à ses multiples possibilités de portabilité. Actuellement, un fort nombre d’élèves tient dans sa poche, bien souvent contre les règles de vie de leur école, la somme des connaissances produites par l’humanité. Les téléphones intelligents donnent un accès immédiat à Google et à tous ces géants permettant la libre circulation de l’information.

Actuellement, la connaissance est accessible dans son immensité. Aucun enseignant ne peut rivaliser avec l’internet. S’il tente de le faire, il s’empêtrera certainement dans son savoir qu’il dispensera de façon livresque et pédantesque : fâcheuse suffisance, qu’une suffisance pure livresque (p. 234). Ce que les élèves d’aujourd’hui nécessitent, c’est l’aspect didactique et pédagogique de la gestion des connaissances, ce que seul un enseignant peut leur assurer. L’enseignant est plus que jamais un didacticien, un pédagogue et un éducateur dans le sens le plus noble du terme. Enseigner, au 21e siècle, nécessite d’être un stratège de la connaissance puisqu’on vise son intégration de façon complexe chez l’élève, à travers différentes compétences à être réinvesties dans l’action afin d’être intégrées de façon durable. Pour ce faire, il importe que l’enseignant descende de sa traditionnelle tribune pour être directement actif auprès de ses protégés : Et est l’effet d’une haute âme et bien forte, savoir condescendre à ses allures puériles, et les guider (p. 231).  

Le monde de l’éducation est définitivement en pleine mouvance. L’intégration des technologies est l’étincelle qui permette à ce conservatisme d’être évacué au profit des nouvelles stratégies d’enseignement. Cette révolution bat actuellement son plein et quotidiennement, de nouveaux enseignants joignent les rangs de cette force de changement, et ce, au bénéfice des élèves que nous formons. Car, comme le cite si bien Montaigne, humide et molle est l’argile; c’est maintenant, maintenant qu’il faut se hâter et la façonner indéfiniment sur la roue agile (p. 251).

**Les citations de Montaigne sont extraites telles quelles, en ancien français, et sont tirées de : DE MONTAIGNE, Michel, Les Essais, Paris, Librairie Générale Française, 2001, 1853 p.

Mieux comprendre l’impulsivité et l’égocentrisme adolescent

Les professionnels de l’éducation secondaire en témoignent quotidiennement : les adolescents repoussent les limites de l’égocentrisme et des variations comportements extrêmes.

Nous savons tous que l’adolescence est marquée par de profonds changements physiques, hormonaux et psychologiques liés à la puberté. Les nouvelles technologies médicales permettent une nouvelle cartographie du cerveau et la neurologue, professeure et chercheuse en neurosciences cognitives, Sarah-Jayne de Blakemore de Université College of London (UCL) a quelques éléments d’explication pour nous.

Ses recherches, menées grâce à une nouvelle technique d’imagerie par résonance magnétique, révèlent plusieurs conclusions intéressantes que tous les enseignants et parents évoluant en compagnie d’ados devraient connaître :

  • Diminution de la matière grise dans le cortex préfrontal explicable par une certaine épuration de l’activité synaptique où le lobe se débarrasse de certaines synapse dans une perspective de renouvellement en vue de l’accomplissement de nouvelles activités cérébrales. Le cerveau est, en fait, en train de muer pour se préparer à délaisser les tâches enfantines pour accomplir des tâches plus complexes destinées à la vie adulte;
  • L’étude du cerveau dit social révèle que l’activité cérébrale du cortex préfrontal médian est diminuée par rapport à la même région chez un adulte, ce qui explique que les cerveaux des ados et ceux adultes emploient des stratégies différentes lors d’interactions sociales diverses.
  • Les perspectives sociales, dues au développement du cerveau, sont donc essentiellement altérées chez les adolescents. Cela explique donc que les ados ne peuvent réagir de la même façon que les adultes face à des situations de la vie commune.
  • Il en résulte une difficulté marquée à prendre en compte une perspective provenant d’autrui, laquelle a pour but de guider leur propre comportement et ce, dans tous les sens du terme.
  • Le jugement social de l’adolescent est donc altéré par un ralentissement de certaines zones cérébrales.

Les résultats de la recherche expliqueraient donc, en partie du moins, les comportements qui sont habituellement dénoncés par les adultes à propos des adolescents :

  • Ils sont écervelés et prennent des risque inutiles, sans égard aux conséquences de leurs actes;
  • On observe des variation d’humeur fréquentes qui peuvent paraître injustifiées;
  • Ils sont impulsifs et peuvent adopter un comportement ou un langage excessif;
  • Semblent à avoir de la difficulté à s’autocensurer;
  • Ils sont égocentriques et absorbés par leur propre personne.
Pour de plus amples informations, consultez le site du Pr. Blakemore.

 

La conciliation travail-études chez les élèves au secondaire

Le deuxième cycle au secondaire du milieu scolaire québécois a de plus en plus de difficultés à concurrencer le monde du travail. À vrai dire, il est engagé dans une lutte sans merci contre un monde qui lui vole des cerveaux pour les aguerrir à diverses tâches payées un peu plus qu’au salaire minimum. Récemment, il était question, dans les quotidiens, des inquiétudes des enseignants qui constatent que les élèves étudient de moins en moins. Ils n’ont plus le temps !

Pourtant, les bienfaits du monde du travail pour les jeunes sont indéniables. Cela permet de développer le sens de l’organisation et des responsabilités de nos élèves en plus de contribuer à stimuler l’émergence de qualités essentielles chez un adulte en devenir : entregent, autonomie, ouverture, etc. À 16 ans, il est souhaitable, voire essentiel qu’un élève apprenne à gérer différentes facettes de sa vie : amis, famille, amour, travail, école. La clé du succès est cependant l’équilibre et actuellement, nous avons des raisons de croire que trop d’élèves s’investissent aveuglement et exagérément dans leurs activités dites « professionnelles ».

« Si le travail nuit à tes études, lâche l’école ! »

Alors que nous parlons depuis longtemps de la conciliation travail-famille pour les adultes québécois qui allient tant bien que mal leur vie familiale et leur vie professionnelle, nous faisons face à une nouvelle réalité : la conciliation travail-études chez nos jeunes en milieu scolaire. Déjà, aussitôt qu’en quatrième année du secondaire, soit à 15 ans, ils apprennent à jongler avec les horaires de travail et leurs obligations scolaires.

Prenons le cas d’un élève qui travaille trente heures dans une entreprise quelconque. À ses heures de travail, on en ajoute trente-cinq passées à travailler en milieu scolaire. Au total, sur les 168 heures hebdomadaires, il a déjà passé près de 40% de son temps à travailler à l’école ou ailleurs. À cela, si on ajoute les neuf heures de sommeil quotidien recommandées pour les adolescents par la Société canadienne du sommeil, 75% du temps de l’élève dans une semaine est ainsi occupé. Il reste bien peu de temps pour les études et leçons à la maison ainsi que pour les activités sociales et familiales. Le stratagème estudiantin est alors simple : sommeiller à l’école, négliger devoirs et leçons au détriment du rendement académique, négliger la vie familiale. Autrement dit, pour l’appât du gain immédiat, l’élève hypothèque son futur puisque le cercle vicieux s’enclenche : trop de travail, baisse du temps investi dans ses études, baisse des résultats, baisse des possibilités d’admission au cégep dans un programme contingenté, etc. Le monde du travail devient donc la solution en bout de ligne puisque l’élève a épuisé ses possibilités et son ambition pour les études postsecondaires. Dans plusieurs cas, il restera de façon permanente sur le marché du travail aux mêmes conditions que lorsqu’il était aux études. Sans compter que ce surmenage n’est probablement pas étranger à la recrudescence des cas de mononucléose ou de dépression chez nos élèves. Quel gaspillage de talents !

Une lutte inégale

Voici ce que propose le monde du travail à nos jeunes. Un salaire alléchant oscillant autour de 10$ de l’heure avec des horaires flexibles. Pour un élève travaillant 25 heures, cela signifie des paies bimensuelles de 500$ dont sans les impôts sont remboursés immédiatement ou au printemps suivant. Les déductions salariales se limitent donc aux cotisations d’assurance-emploi et aux cotisations syndicales. Le monde du travail apporte ce que les jeunes recherchent : une gratification immédiate permettant de jouir immédiatement des bienfaits d’un argent de poche. Sans compter que les élèves ont déjà des comptes à payer ! Les factures de téléphonie cellulaire sont souvent salées et, comme cela a toujours été le cas, l’accès à une voiture, indubitable signe de liberté, implique des dépenses considérables.

Parallèlement, le milieu scolaire québécois offre des promesses à long terme. Pour une génération d’adolescents vivant dans le présent, le choix est facile à faire. On a beau promettre que dans une dizaine d’années ces jeunes seront des citoyens complets, en moyens, avec une tête bien faite et bien pleine, on ne peut le faire impunément car il manque un ingrédient important que le milieu scolaire peut difficilement contrôler : la persévérance. Car c’est définitivement un véritable modèle de persévérance, pour ne pas dire d’opiniâtreté, où le gain s’échelonne sur plusieurs années qui est proposé par l’École québécoise.

Nous ne sommes pas de calibre; nous proposons une solution à long terme qui s’oppose à une gratification à court terme qui s’inscrit pourtant exactement dans les valeurs sociales actuellement véhiculées. Cela veut tout dire. Comment ainsi blâmer nos élèves ? Ils ne veulent que jouir des avantages d’être adulte. D’ailleurs, le monde du travail est tellement puissant et omniprésent qu’il exige, à l’occasion, une lettre de l’école pour motiver l’absence au travail de nos élèves, leurs employés, lors d’un voyage scolaire ou d’une semaine d’examens. Cependant, il y a lieu de tourner cette lutte inégale à l’avantage du milieu scolaire, donc des élèves.

La solution ?

Il est évident, en premier lieu, que les parents doivent s’impliquer dans les choix des élèves d’évoluer sur le marché du travail. Ils doivent déterminer dans quelle mesure et de quelle façon les besoins de leurs enfants doivent être comblés. De plus, le rôle de l’école en est un de sensibilisation et d’éducation face au phénomène. Le milieu scolaire doit expliquer quelles sont les conséquences mesurables de l’investissement exagéré des élèves dans leurs activités « professionnelles ». D’ailleurs, pourquoi ne pas imposer un contrat de travail avec les élèves de la quatrième et de la cinquième année du secondaire où ces derniers s’engagent à limiter leurs heures travaillées dans d’autres milieux que l’école. Ce contrat serait également un outil de sensibilisation garni de statistiques et faisant l’éventail des conséquences mesurables du phénomène, dans les milieux scolaires, au niveau de la diplomation, du décrochage scolaire ou de l’effet sur les notes.

Également, le gouvernement devrait s’impliquer dans le dossier. Pourquoi ne pas légiférer en limitant les heures de travail des élèves inscrits à temps-plein au secondaire ? Y aurait-il lieu d’imposer des pénalités fiscales aux élèves afin qu’il y ait d’autres déductions qui s’appliquent sur leur salaire ? Idem pour les entreprises : peut-on les pénaliser en ce sens ?

Finalement, il y a lieu de souligner une belle initiative. Le Réseau réussite Montréal est un organisme de réseautage et de mobilisation d’institutions (et d’employeurs) adhérant aux valeurs scolaires et priorisant la réussite scolaire de leurs employés. C’est  un lieu de convergence des actions ayant une influence positive sur les jeunes, les parents et les intervenants dans le but d’accroître la persévérance, la réussite et le raccrochage scolaire. Il est évident que le succès d’une telle mesure passe par la sensibilisation des entreprises face au phénomène. L’école, d’ailleurs, peut être plus active à cet égard en sollicitant l’appui des entreprises environnantes quant aux horaires de travail des élèves.

Il importe de cesser d’exploiter la naïveté des élèves et de nourrir leurs aspirations en gratifiant immédiatement leur désir d’affranchissement. En leur permettant de se lancer tête baissée dans le monde de l’emploi, nous leur permettons de courir à leur perte alors que nous prétextons que ce monde contribue à leur essor personnel. Il ne devrait y avoir aucune conciliation travail-études. Rien ne devrait entraver le travail scolaire de nos élèves de deuxième cycle du secondaire. Nous avons tous la responsabilité de leur faire comprendre que la vraie richesse est celle de l’investissement en leurs capacités, leurs passions et en leur futur. Rien de moins.