Cinq obstacles à l’intégration des TIC à la pédagogie

Pour ceux qui évoluent dans le monde de l’éducation depuis quelques années, vous aurez certainement réalisé à quel point le milieu de l’éducation peut être étouffant lorsqu’il s’agit de soutenir l’innovation pédagogique ou le changement décliné dans ses multiples facettes.

Mais pourquoi un tel paradoxe ? Mandela cite que l’éducation est certainement le meilleur outil de changement. Comment peut-elle être un agent de changement alors qu’à la base, elle s’est cristallisée dans un conservatisme et une inertie peu éloquente ?

À l’heure actuelle, les nouvelles stratégies d’enseignement exploitent plus souvent qu’à leur tour les nouvelles technologies de l’information et des communications. Il est donc tout à propos d’essayer de comprendre ce qui bloque chez nos enseignants afin qu’ils fassent le grand saut…

La démagogie et le besoin de s’opposer

Les stéréotypes sont véhiculés à tous azimuts. Et si les TIC ne rehaussaient pas la qualité de l’enseignement ? Que les résultats chez les élèves n’augmentaient pas ? Pour chaque argument, il y a une recherche universitaire qui l’appuie. Sinon, les statistiques font mentir un camp ou un autre. Ces doutes justifient une adaptation éducative du principe de précaution, impliquant qu’en l’absence de certitudes scientifiques, il serait mieux de s’abstenir d’adopter une conduite pour pourrait s’avérer dommageable pour, dans ce cas-ci, le monde de l’éducation.  Pourtant, peu importe l’outil, la différence, c’est le pédagogue qui la fait ! À écouter ces oppositions biaisées, c’est un peu comme si on justifiait le besoin de demeurer dans l’inertie en s’opposant, tout simplement. N’est-ce pas le propre de la société québécoise de s’opposer sans avoir rien de vraiment mieux à proposer ?

Tout ce qui est nouveau y passe. C’est un passage obligé. Hervé Sérieyx citait de façon éloquente que toute idée neuve plongée dans une société reçoit de celle-ci une poussée verticale inverse égale à la masse de son conservatisme[1]. C’est ce qu’il appelle le principe d’Archimède. À la base, la Poussée d’Archimède, qui date de l’Antiquité grecque et porte le nom de ce grand savant, stipule qu’un corps plongé dans un fluide déplacera le volume équivalent à son propre volume. Sérieyx emprunte donc cette théorie qui remonte aux balbutiements de la science moderne pour démontrer simplement, que plus le changement à amener est important, plus le champ de résistance le sera. D’ailleurs, s’il n’y a pas de résistance, il n’y a simplement pas de changement.

Néanmoins, certains enseignants se complaisent non seulement dans le confort de leurs stratégies qui-ont-fait-leurs-preuves-depuis-des-années, mais pour justifier leur immobilisme, ils dénigrent ceux qui se démènent pour embrasser cette nouveauté. Comme quoi, pour paraphraser Carl Leblanc, certains critiques sont capables de détruire, mais incapables de créer…

Les enseignants geeks

Pour leur part, les enseignants techno-friendly doivent se battre avec les préjugés de leurs collègues, de leur direction ainsi que ceux de leurs propres élèves. Ils sont qualifiés de  geeks. Ce sont des spécialistes de l’intégration des TIC à la pédagogie. Ils sont les enseignants du futur. Leurs collègues ne se croient pas capables de rivaliser avec ces derniers. Pourtant, ces geeks ne font qu’utiliser différentes technologies qui sont conviviales et accessibles; ils n’ont bien souvent aucune compétence technique particulière et ne connaissent rien en programmation. Ce ne sont que des visionnaires qui sont aptes à se remettre en question pour le bien de leurs élèves.  Malheureusement, en catégorisant ainsi ces enseignants technos, on les place dans une catégorie à part pour se permettre d’accepter qu’il nous soit impossible d’accéder à leur niveau d’expertise. Au lieu de leur permettre de rehausser le niveau des compétences de l’ensemble du corps enseignant par un effet multiplicateur quelconque, trop d’enseignants choisissent de les exclure de leurs schèmes de référence de développement professionnel.

Le déclin des rapports humains

Plusieurs entretiennent la perception que la technologie multiplie les possibilités de communication tout en appauvrissant leur qualité. Donc, nos jeunes communiquent plus en termes quantitatifs, mais moins en terme qualitatif.   Cela dit, le raisonnement de sophiste s’impose de soi alors que plusieurs s’inscrivent en faux contre la tendance de l’intégration des TIC dans la pédagogie. Après tout, même dans Silicon Valley, certains collèges privés ont choisi de bannir les appareils électroniques de leur milieu ! Pourtant, ils sont tombés dedans lorsqu’ils étaient petits !

Les rapports humains, ça s’apprend par les humains. C’est le travail des parents et du milieu scolaire d’apprendre aux enfants comment interagir socialement. Qu’on les interdise ou non, les médias sociaux sont là pour rester; on ne fait que retarder le moment où les jeunes y gouteront. Finalement, ces médias, jumelés à la portabilité d’internet auront permis de grands moments dans l’histoire de l’humanité, entre autres lors du fameux printemps arabe alors que Facebook et Twitter ont servi de catalyseurs face à l’oppression d’un régime politique autocratique. À plus petite échelle, ils peuvent certainement être utiles au monde de l’éducation de différentes façons.

La peur de l’échec

Finalement, plusieurs enseignants craignent l’intégration des TIC à leur pédagogie, car leurs élèves en connaissent plus qu’eux à ce niveau. Cela est effectivement plausible. Cependant, un fait demeure : les élèves sont possiblement plus compétents que leurs enseignants pour utiliser les médias sociaux, les iPad ou l’internet en général, mais ils ne connaissent absolument rien en pédagogie ou en didactique. En ce début de 21e siècle, avec l’avènement des TIC, les enseignants ont perdu le monopole de la connaissance, plusieurs ont également manqué le bateau de la technologie. Toutefois, ils demeurent les seuls spécialistes de la didactique et de la pédagogie.

Développer de nouvelles stratégies d’enseignement implique une expérimentation qui force l’enseignant expérimenté à sortir de sa zone de confort pour explorer de nouvelles avenues. Contrairement à ce qu’il croit, il ne fait pas face à des possibilités d’échec. Bien au contraire. L’échec le plus lamentable pour un enseignant serait de demeurer obstinément immobile devant les perspectives offertes par les TIC en éducation. Nonobstant cela, un enseignant qui accepte de prendre des risques calculés et qui sait sortir de sa zone de confort est cela qui inspirera l’élève à reproduire ce comportement à son tour. Bref, le professionnel prêche par l’exemple et non plus seulement par ses envolées lyriques. C’est par la peur de l’échec que l’on réalise les plus grands accomplissements.

L’écoeurement, l’essoufflement…

Le problème lorsque l’on traite du changement en milieu scolaire, est le ras-le-bol de l’omniprésence du changement lié au Renouveau pédagogique qui s’est enfin étendu du primaire jusqu’au secondaire : nouveaux programmes, épreuves prototypes, bulletin unique, etc. Tous des changements qui ont été perçus négativement par les plusieurs enseignants, syndicats, cadres scolaires, etc., et dont l’apparence d’improvisation et de tâtonnement ont eu pour effet d’exaspérer bon nombre d’intervenants scolaires, pour ainsi les rendre plus sensibles et appréhensifs au changement. Ces derniers tentent d’assimiler leurs nouveaux points de repère et déjà, un autre besoin se fait sentir, celui-là très aigu et à la base de tous les autres. Il s’agit désormais de modifier et d’actualiser les pratiques pédagogiques et d’intégrer les TIC.  Il n’est donc plus vraiment question de changements à la structure du système éducatif, mais plutôt, d’une remise en question de la manière d’enseigner et de mettre en place de nouvelles stratégies gagnantes différenciées permettant de rejoindre tous les élèves de la classe, aussi différents soient-ils les uns des autres.

Ainsi, le changement en éducation est devenu un irritant majeur alors qu’il devrait être une norme admise. Ces situations répétées dans un court laps de temps auront fini par amenuiser la capacité d’adaptation des enseignants. Elles auront également fini par créer un sentiment d’insécurité tenace chez ces derniers. Le monde n’est incertain que pour ceux qui ont besoin de certitudes; pour les autres, il n’est que le monde de toujours avec les risques et les chances de ses hasards[2].

Les enseignants se sentent donc bousculés dans ce monde de changement qui, faut-on le rappeler, est appelé à redéfinir le monde de l’enseignement et, par ricochet, la fonction enseignante.

Voilà donc les principaux obstacles au changement identifiables dans l’intégration des TIC à la pédagogie. Évidemment, il y a fort à parier qu’il y en a plusieurs autres.



[1] Sérieyx, H., Boussoles pour temps de brume. Site téléaccessible à l’adresse http://www.forum-events.com/amphi/synthese-herve-serieyx-76-33.html. Consulté le 25 juin 2013.

[2] Sérieyx, H., Boussoles pour temps de brume, Pearson Éducation, Paris, 2003, p. 5.

L’exploration comme véhicule extrême de la pédagogie active

Comme petite lecture de chevet, je viens d’achever le livre de l’explorateur bien connu Mike Horn. Son livre, datant de 2005, est en fait un récit d’expédition sur l’île de Bylot, dans le Grand Nord canadien. Mais ce qui fait que cette expédition m’intéresse, c’est certainement dû au fait qu’elle se déroule avec ses deux filles âgées de 11 et 12 ans ainsi qu’avec sa conjointe. Horn organise cette expédition comme étant celle où ses filles prennent les initiatives et que ce dernier, assume un rôle de conseiller en leur fournissant les informations nécessaires au bon déroulement de l’expédition de 200 kilomètres de trajet d’un bout à l’autre de l’île située au Nunavut, au large de Pond Inlet. L’explorateur de renom agit donc comme guide qui permet à ses enfants de révéler leur potentiel et leur caractère afin de repousser leurs propres limites.

Bien que plusieurs personnes de son entourage aient tourné son initiative éducative au ridicule, il demeure un apôtre de l’importance que les enfants soient placés dans le feu de l’action, au centre de différentes situations où ils devront solliciter leurs connaissances afin de les appliquer dans un contexte empirique. Il ne croyait pas si bien dire puisqu’il a transposé ces vœux pieux qui animent le monde de l’éducation occidental à un contexte extrême d’expédition sous le soleil de minuit ! Comme il l’affirme, un certain degré de prise de risques mesurés et calculés doit faire partie de l’éducation (p. 12). Malgré ces risques, avec la confiance qu’il témoigne les capacités de ses filles ainsi qu’en ses propres qualités d’éducateur, Horn comprend parfaitement que les apprentissages de qualité ont leur part de risque, donc un coût à assumer.

La société demeure le meilleur endroit pour la réalisation des apprentissages et leur validation en terrain actif. L’école demeure une pépinière à idée, un endroit un laboratoire où on fait germer les esprits de demain dans des conditions contrôlées. En regardant mes filles en pleine action, je les vois, d’heure en heure, en apprendre davantage sur la nature, sur la vie, sur elles-mêmes… et recevoir un enseignement qu’aucune école ne pourrait leur offrir (p. 83).

En contexte empirique, Horn offre deux leçons à ses filles et, de facto, à toutes les cohortes d’élèves qui fréquenteront les bancs d’école. Ces leçons prennent toutes leur essence dans un environnement hostile où la survie dépend de ses actions et de sa capacité à anticiper les défis :

  1. Ne jamais écouter aveuglément quelqu’un, même la personne en qui ont a le plus confiance, et ne jamais se départir de son esprit critique (p. 100-101). Il demeurera important d’écouter ce que les enseignants (au sens large du terme) nous transmettent comme information, mais de bien valider comment elles se transposent en pratique. Bref, le développement de l’esprit critique n’est que possible en permettant aux élèves de remettre en question l’enseignement qu’ils reçoivent. Force est d’admettre que l’école conventionnelle ne permet pas ce genre de remise en question de la part de ses élèves…
  2. Il est toujours utile rappeler aux enfants que l’on ne peut pas tout avoir, tout de suite (p. 75). À l’ère de l’instantanéité de l’information, les élèves veulent comprendre immédiatement à quoi sert le temps qu’ils consacrent à un sujet, à une matière. Tout doit être réinvesti immédiatement. Pourtant, le parcours des deux jeunes ados dans le Grand Nord nous démontre les vertus de la patience pédagogique et de la stratégie qui doit étoffer le réinvestissement de toutes ces connaissances.

Ce qui est intéressant avec le récit d’expédition de la famille Horn, ce sont les leçons de pédagogie que nous pouvons en tirer. À défaut d’être dans le Grand Nord, à remonter des glaciers, nos élèves sont néanmoins dans un milieu hostile, qui ne pardonne pas et où l’ignorance devient proie à l’exploitation. Le fait de pouvoir être actif dans ses apprentissages permet à l’élève de mesurer ses acquis et de les appliquer concrètement dans un milieu géré par un pédagogue. L’élève devient actif, tout comme son enseignant dont l’expérience et ses compétences sont enfin reconnues autrement que par les exposés magistraux au contenu livresque qu’il livre. Car, comme pour tous les enfants, l’impossible est pour elles une notion abstraite, puisqu’elles n’ont pas le sens des réalités que l’expérience donne aux adultes (p. 149).

L’expérience s’est avérée positive. Tellement, qu’Anika et Jessica Horn sont devenues, deux ans plus tard, les plus jeunes à atteindre le Pôle Nord en autonomie complète. Parallèlement, Mike Horn a créé le programme Young Explorers, permettant à des jeunes d’âge scolaire de participer ou de suivre ses expéditions.

Pour notre part, quand pourrons-nous prétendre permettre à nos élèves de conquérir leur propre Pôle Nord en leur fournissant les conditions gagnantes pour ce faire ?

HORN, Mike, À l’école du Grand Nord, Paris, XO éditions, 2005, 177p.

 

 

Montaigne et la pédagogie active

Vous avez déjà pris la peine de lire les Essais de Montaigne ? À tout le moins, ceux sur l’éducation à travers le pédantisme (chapitre 24) et l’institution des enfants (chapitre 25) ? Vous trouvez ce monsieur trop… old school ? Possiblement, puisque ses essais ont été publiés à la fin du XVIe siècle. Mais détrompez-vous. Michel de Montaigne est probablement le père de l’éducation moderne et même, d’un certain sens, du Renouveau pédagogique !

Essais, livre 1, chapitre 24 : Du pédantisme

Le pédantisme est le propre de l’être qui étale son savoir livresque de façon vaniteuse, outrecuidante et complaisante. À ce sujet, Montaigne affiche clairement ses couleurs en faisant la promotion d’un savoir utile plutôt que livresque. Il hait par sur tout un savoir pédantesque (p. 204), dénonçant que nous ne travaillons qu’à remplir la mémoire et laissons l’entendement et la conscience vide (p. 208). Nous apprenons, non pour la vie, mais pour l’école (p. 215). Autrement dit, Montaigne clame que les savoirs scolaires sont souvent sans signifiance pour les jeunes et qu’ils sont décalés face à une application pratique dans le quotidien : il faut non seulement acquérir la sagesse, mais encore en tirer profit (p. 212).

L’enseignement par connaissances étoufferait-il l’esprit ? Paradoxalement, nuirait-il à la formation des élèves ? Il faut croire que l’approche par compétence du MELS soit appropriée et qu’il n’est pas une si mauvaise idée de sonner le glas de l’approche par connaissances ! Apprendre n’est pas une fin en soi, si ce n’est pour appliquer ces apprentissages en contexte empirique ! Néanmoins, les dernières années vécues dans le monde québécois de l’éducation nous ont permis de comprendre qu’en fait, une approche par compétence n’évacue pas pour autant les connaissances des cursus scolaires. Bien au contraire. Elles doivent y être intégrées dans le but de servir le développement des compétences. Instruire non par ouï-dire, mais par l’essai de l’action, en les formant et moulant vivement, non seulement de préceptes et paroles, mais principalement d’exemples et d’œuvres (p. 219). Donc, l’apprentissage doit être réalisé dans l’action et réinvesti de la même façon. Montaigne aurait-il jeté les bases de la pédagogie active dès la fin des années 1500 ?

Essais, livre 1, chapitre 25 : De l’institution des enfants

En effet, la pédagogie active et l’approche socioconstructiviste semblent omniprésentes dans la conception de l’éducation chez le sage français : Je ne vise ici qu’à découvrir moi-même, qui serai par aventure autre demain, si nouvel apprentissage me change (p. 227). Lorsqu’il peint le paysage du monde de l’éducation de l’époque, il y a malheureusement de fortes ressemblances avec ce que nos élèves vivent aujourd’hui, près de 450 ans plus tard. Le monde de l’éducation occidental a-t-il mal vieilli ?

(…) un enfant de maison, qui recherche les lettres, non pour le gain (…) ni tant pour les commodités externes, que pour les siennes propres et pour s’en enrichir et parer au-dedans, ayant plutôt envie d’en réussir habile homme, qu’homme savant, je voudrais aussi qu’on fût soigneux de lui choisir un conducteur, qui eût plutôt la tête bien faite, que bien pleine : et qu’on y requît tous les deux mais plus les mœurs et l’entendement que la science : et qu’il se conduisît en sa charge d’une nouvelle manière. On ne cesse de criailler à nos oreilles, comme qui verserait dans un entonnoir ; et notre charge n’est que de redire ce qu’on nous a dit. Apprendre en lui faisant goûter les choses, les choisir, et discerner d’elle-même. Quelquefois lui ouvrant le chemin, quelquefois le lui laissant ouvrir. (p. 230).

Devant un tel constat, inutile d’organiser des recherches tous azimuts pour comprendre les causes profondes du désintéressement de nos élèves et leur démotivation : Notre âme ne branle qu’à crédit, soit sous l’autorité d’autrui. (…) notre vigueur et liberté est éteinte (p. 231). Qui suit un autre, il ne suit rien : Il ne trouve rien : voire il ne cherche rien. Qu’il sache qu’il sait au moins (p. 232). Sommes-nous en train de former des automates depuis tout ce temps ? L’école est-elle un lieu insipide où bon nombre d’enseignants contribuent, quotidiennement, inconsciemment, à former des têtes bien pleines conditionnées à radoter ce qu’elles y ont appris, et ce, pendant la durée de leur vie, en contexte personnel, familial, institutionnel et professionnel ? Triste constat alors que nous visons le développement du jugement critique chez nos jeunes… À ceux qui veulent apprendre nuit le plus souvent l’autorité de ceux qui enseignent (p. 231).

Probablement que cette mauvaise tradition qui s’est perpétuée jusqu’ici a su maintenir son rythme grâce à une certaine noirceur due à la dictature de la connaissance exercée par le monde scolaire, alors que l’accès à la connaissance passait obligatoirement par l’enseignant. Désormais, l’accès à la connaissance s’est démocratisé avec l’avènement de la technologie et surtout, grâce à ses multiples possibilités de portabilité. Actuellement, un fort nombre d’élèves tient dans sa poche, bien souvent contre les règles de vie de leur école, la somme des connaissances produites par l’humanité. Les téléphones intelligents donnent un accès immédiat à Google et à tous ces géants permettant la libre circulation de l’information.

Actuellement, la connaissance est accessible dans son immensité. Aucun enseignant ne peut rivaliser avec l’internet. S’il tente de le faire, il s’empêtrera certainement dans son savoir qu’il dispensera de façon livresque et pédantesque : fâcheuse suffisance, qu’une suffisance pure livresque (p. 234). Ce que les élèves d’aujourd’hui nécessitent, c’est l’aspect didactique et pédagogique de la gestion des connaissances, ce que seul un enseignant peut leur assurer. L’enseignant est plus que jamais un didacticien, un pédagogue et un éducateur dans le sens le plus noble du terme. Enseigner, au 21e siècle, nécessite d’être un stratège de la connaissance puisqu’on vise son intégration de façon complexe chez l’élève, à travers différentes compétences à être réinvesties dans l’action afin d’être intégrées de façon durable. Pour ce faire, il importe que l’enseignant descende de sa traditionnelle tribune pour être directement actif auprès de ses protégés : Et est l’effet d’une haute âme et bien forte, savoir condescendre à ses allures puériles, et les guider (p. 231).  

Le monde de l’éducation est définitivement en pleine mouvance. L’intégration des technologies est l’étincelle qui permette à ce conservatisme d’être évacué au profit des nouvelles stratégies d’enseignement. Cette révolution bat actuellement son plein et quotidiennement, de nouveaux enseignants joignent les rangs de cette force de changement, et ce, au bénéfice des élèves que nous formons. Car, comme le cite si bien Montaigne, humide et molle est l’argile; c’est maintenant, maintenant qu’il faut se hâter et la façonner indéfiniment sur la roue agile (p. 251).

**Les citations de Montaigne sont extraites telles quelles, en ancien français, et sont tirées de : DE MONTAIGNE, Michel, Les Essais, Paris, Librairie Générale Française, 2001, 1853 p.

Élémentaire, mon cher Watson ! Apologie de la créativité chez l’enseignant

Peut-être avez vous déjà remarqué qu’il existe très peu de ressources qui mettent en relief l’importance de la créativité chez les enseignants. Non pas que les enseignants ne soient pas créatifs en tant que tel, mais trop de ces derniers se bornent à suivre des manuels scolaires ou des cahiers d’exercices plutôt qu’élaborer eux-mêmes le matériel qu’ils utilisent.

Trois raisons principales expliquent ce fait. Dans un premier temps, c’est une question de temps. Les enseignants sont surchargés par la nature d’une tâche qui augmente sans cesse. Désormais, nos enseignants sont aussi des psychologues, travailleurs sociaux et, récemment, ils sont aussi des techniciens en éducation spécialisée. On leur demande de faire des suivis, remplir des rapports et même, de donner des sessions de récupération personnalisées pour des élèves qui prennent des vacances pendant l’année scolaire. Tous reconnaissent que l’enseignement aux jeunes (et à leurs parents…) à l’aube du 21e siècle se complexifie. Cependant, s’il est vrai que la création de son propre matériel est une entreprise chronophage, il n’en demeure pas moins qu’elle s’avère un investissement d’une rentabilité appréciable, car, une fois que le tout est complété, il ne reste qu’à faire des mises à jour pour en bonifier le contenu ou l’adapter aux différentes situations qui se présentent en cours d’année scolaire. Ce matériel est partageable et ce que l’on donne d’une main sera récupéré de l’autre, bien souvent au centuple.

Secundo, la précarité du statut professionnel des enseignants est également à la base du problème. Ces derniers ont souvent des conditions instables, ce qui implique qu’il y a de fortes chances qu’ils doivent changer de planification d’une année à une autre ou qu’ils doivent en assumer plusieurs dans la même année. Il est alors rassurant de savoir que les manuels scolaires sont toujours là. Cependant, dans un monde de l’éducation idéal, tous les enseignants auraient accès à toutes les activités créées par leurs collègues de partout au Québec et, pourquoi pas, de partout dans le monde. Le partage ne serait plus qu’une valeur théorique purement dispensée dans nos milieux; elle serait vécue par les tous enseignants entre eux. Tristement, ce ne sont qu’une poignée d’enseignants qui prônent cette orientation. Mais heureusement, ils sont de plus en plus à joindre un mouvement de partage de matériel pédagogique en adoptant une ouverture au réseautage.

Finalement, certains enseignants préfèrent suivre à la lettre la séquence des manuels scolaires ou des cahiers d’exercices qui y sont attachés pour mieux suivre les prescriptions du programme de formation.  La référence, en éducation au Québec, est et demeurera toujours le Programme de formation de l’école québécoise ainsi que la Progression des apprentissages. Les manuels scolaires ont certainement été rédigés en fonction de ces documents, mais il n’en demeure pas moins que le vrai spécialiste, c’est le pédagogue, l’enseignant dans sa classe. Ce n’est pas pour rien que les programmes ministériels y réfèrent comme étant le maitre dans sa classe. C’est lui qui jouit d’un jugement ultime dans le feu de l’action et qui sait ce qui est le mieux pour ses élèves. C’est l’essence même de la flexibilité pédagogique qui, elle-même, est la pierre angulaire de toute approche de différentiation pédagogique. Les manuels scolaires ne sont pas très flexibles pédagogiquement, car ils sont des outils s’adressant à tous. À l’heure d’un monde de l’éducation animé par les mesures adaptatives, il semble important de développer des outils adaptés à la personnalité (ou aux difficultés) des élèves ou, à tout de moins, à celle d’un groupe.

Les manuels scolaires ont, en fait, l’effet contraire de celui qu’ils prétendent accomplir. Ils n’élèvent certainement pas le niveau d’enthousiasme estudiantin dans les classes et n’encouragent assurément pas  la motivation et la persévérance scolaire. Ils ne sortent aucunement de l’ordinaire, et ce, malgré les efforts en ce sens des rédacteurs et éditeurs. Ce que les manuels proposent, c’est une certaine forme de sécurité et de confort. Ils permettent de s’en tenir au cadre établi et de ne pas en déroger. Ils ne permettent pas d’enseigner autrement et de faire avancer la pratique enseignante en tant que professionnel autonome. Il s’agit de refuser d’être de simples passeurs de matières pour devenir des créateurs de contenus pédagogiques. Il s’agit d’assumer son autonomie professionnelle. Rien de moins. Ainsi, pourquoi emprunter le matériel qu’une entreprise quelconque a confectionné ?

Quotidiennement, nos enseignants aspirent à développer l’esprit créateur de leurs élèves. Ils veulent cultiver la curiosité et, pour reprendre l’expression consacrée, former les décideurs de demain. Comme le disait une collègue sur Twitter, la curiosité propulse l’innovation. Or, la même recette s’applique pour les enseignants. Un pédagogue innovateur, curieux, qui sait prendre des risques calculés dans sa pratique quotidienne saura former des élèves à cette image, en plus de développer des habiletés-clés chez ces derniers : adaptation, polyvalence, résilience et ouverture au changement.

Si la citation de Nelson Mandela qui tourne en boucle sur les réseaux sociaux des individus issus du monde de l’éducation, laquelle clame que l’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde, force est de réaliser que ce n’est certainement pas à coup de manuel scolaire ou de cahier d’exercices qu’on y arrivera !

Je me permets de faire un lien qui, à mes yeux est évident. En tant qu’éducateur, cette entrevue m’a frappé. Elle est rapportée dans un article du Soleil de Québec avec Patrick Watson, auteur-compositeur-interprète bien connu au Québec. Le titre de l’article met en relief une citation de l’artiste : Mon job à moi, c’est d’être créatif.  Cette citation m’a tout simplement chavirée. Pour ceux qui connaissent la scène musicale montréalaise, son groupe est à l’avant-garde de l’expérimentation musicale et peu importe quelle direction il prend, les salles de spectacle demeurent toujours bondées.  Il interprète ses propres chansons de différentes façons. Si bien, que, pour l’avoir vu en spectacle au moins cinq fois ces trois dernières années, on ne sait jamais quel lapin il sortira de son sac. Ce sont les mêmes chansons que l’on connaît, mais interprétées différemment et souvent, avec des instruments différents et même cocasses : égoïne, différentes percussions, orchestre symphonique, etc. Cet homme vit de sa créativité. Dans l’article, il fait référence à son éthique de travail et au fait que sa survie dépend justement de sa capacité à créer et sortir des sentiers battus :

Mon job à moi, c’est d’être créatif pour trouver des histoires flyées et des sons flyés. J’adore ce job et je vais tout faire pour le garder! Quand tu es musicien, il faut que tu vises haut. Il n’y a pas de place pour les chansons moyennes, surtout aujourd’hui alors que tu dois rivaliser avec tous les artistes qui ont enregistré depuis 100 ans. Tu peux m’écouter ou tu peux écouter Bob Dylan! Ma compétition, c’est aussi les Doors, les Beatles, Michael Jackson, Pink Floyd… C’est la réalité!

S’il était enseignant, Watson dirait peut-être :

Mon job à moi, c’est d’être créatif pour trouver des activités pédagogiques flyées. J’adore ce job. Quand tu es enseignant, il faut que tu vises haut. il n’y a pas de place pour les cours moyens, surtout qu’aujourd’hui, tu dois rivaliser avec tous les enseignants qui enseignent depuis 2000 ans. Tu dois rivaliser avec Socrate, Rousseau, Google, Youtube… C’est la réalité!

Comme le confie le musicien, il puise son inspiration de toute la musique qu’il écoute. Et nous ? Peut-on dire que nous puisons toute notre inspiration de ce que les autres enseignants créent comme contenu ? Y a-t-il un tel partage possible, qui serait à la base d’un réseau d’influences axé sur la réciprocité et l’incitation à toujours créer plus ?

Les stéréotypes véhiculés face à l’intégration des iPad à la pédagogie

Cette semaine, le gourou québécois de l’intégration des TIC  à la pédagogie a publié les résultats de son enquête sur l’intégration des iPad à l’école. En effet, Thierry Karsenti, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les technologies en éducation a publié L’iPad à l’école: usages, avantages et défis : résultats d’une enquête auprès de 6057 élèves et 302 enseignants du Québec.

Plusieurs points retiennent mon attention, à commencer par le fait que l’ouvrage a été publié lundi dernier et que le jour même, plusieurs acteurs du monde de l’éducation l’avaient déjà lu dans son entièreté. Cela démontre l’aspect toujours plus rapide de l’instantané. Comme si ce qui pouvait être immédiat, pouvait l’être davantage… Néanmoins, cela prouve que l’amalgame de l’édition numérique et des médias sociaux a une force de frappe efficace et surtout, efficiente.

Le rapport, en tant que tel, donne des munitions à tous les intervenants dans le monde de l’éducation; autant aux détracteurs de l’intégration des TIC à la pédagogie qu’aux technopédagogues. Le meilleur exemple est certainement l’article paru dans La Presse deux jours après la parution des résultats de recherche de l’étude. Le journaliste Michael Oliviera a eu la brillante idée de titrer son court article de la façon suivante : Un élève sur trois joue sur son iPad en classe. À défaut de nous informer adéquatement sur la recherche de Monsieur Karsenti, le journaliste nous donne une leçon de journalisme sur l’art de relever les informations évidentes pour les publier hors contexte de façon perfides, tendancieuses, démagogiques et fallacieuses.

(…) une étonnante proportion de 99% [des élèves] a dit avoir trouvé l’outil technologique distrayant (…)

Il est évident que la presque totalité des élèves trouve l’iPad distrayant. C’est le principe même de l’outil ! Avec son intégration à l’enseignement, on vise, entre autres, la combinaison d’un outil personnel d’un élève pour l’en faire découvrir les aspects « professionnels » qui lui seront utiles dans sa profession d’élève. On vise l’intégration du scolaire directement dans sa sphère personnelle d’élève. C’est évident qu’il sera distrait ! Non seulement peut-il utiliser ses manuels scolaires sur son iPad en plus d’utiliser différentes applications propres à une matière, mais aussi, il peut aller sur Facebook, texter ses amis, etc. Nul besoin de rappeler que l’adolescence est particulièrement marquée par le besoin de socialiser chez les élèves, il est donc évident que l’iPad en classe sera utilisé à cette fin. L’élève trouvera toujours un outil pour communiquer avec son voisin de classe. Il n’y a qu’à penser au petit papier qui circulait à l’époque où nous étions élèves. Malheureusement, l’article de La Presse ne traite pas de l’importance de la formation des enseignants en gestion de classe avec un tel appareil, information pourtant omniprésente dans le rapport Karsenti.

Un tiers des étudiants du Québec sondés sur l’usage du iPad en classe ont admis pratiquer des jeux durant les heures d’école (…)

C’est probablement le commentaire le plus insignifiant qu’il m’ait été donné de lire dans un article portant sur l’intégration des TIC à la pédagogie. Cette lapalissade met en relief la première utilisation que les élèves ont  reconnue au iPad : le jeu. Il ne faut pas s’étonner du fait qu’ils veulent jouer avec l’appareil. Cependant, l’affirmation laisse fallacieusement croire que le tiers des élèves ne fait que ça ! Comme s’ils jouaient tout le temps de leur quotidien scolaire… Les heures d’école incluent des pauses et les élèves jouent principalement à ce moment. Cela ne veut pas dire qu’ils jouent en classe pour autant. Cependant, soyons réalistes. Il est évident que plusieurs élèves jouent pendant la classe et y perdent leur temps. Mais, dans les classes sans iPad, ces mêmes élèves crayonneraient ou dessineraient dans leurs cahiers, rêvasseraient ou perdraient leur temps de différentes façons. Le problème n’est pas l’iPad mais bien les stratégies d’enseignement peu motivantes employées par certains enseignants. Il m’apparait important de bien recentrer la problématique.

(…) bien que seulement quelques élèves ont dit avoir eu l’impression qu’une tablette informatique les aidait à mieux apprendre (…)

Ce qui est magique en éducation, c’est lorsque les élèves apprennent sans s’en rendre compte. Souvent, les élèves associent l’apprentissage à un processus ennuyeux, douloureux et souffrant alors qu’il y a une pléthore de façon de favoriser l’apprentissage par différentes formes de jeu. L’apprentissage ludique, par le plaisir, l’humour, ça existe. Il semble que plusieurs l’ignorent, à commencer par les journalistes. Avant d’écrire une telle phrase dans un journal à tirage national, n’y aurait-il pas lieu de clarifier quels apprentissages sont favorisés ? Et pour moi, l’apprentissage passe par la créativité, la curiosité, etc., et non pas seulement par l’assimilation ou l’ingurgitation de contenus disciplinaires. Malheureusement, le grand public ne reconnaît pas cela et, une fois de plus, les journaux entretiennent leurs lecteurs dans une certaine ignorance (sic). L’iPad permet l’apprentissages de maintes compétences de divers ordres transcendant les compétences transversales et disciplinaires au programme. C’est à ne pas négliger. 

Selon l’enquête, 70% des enseignants sondés n’avaient «jamais ou très rarement» utilisé l’iPad avant que leur usage ne soit instauré dans leurs classes, contre 53,6% du côté de leurs élèves sondés.

Le premier iPad est sorti sur le marché canadien en mai 2010. La collecte des données des chercheurs dans les milieux scolaires a été effectuée à partir de l’automne 2012 (p. 8). Un an et demi s’est écoulé entre la mise en marché de l’appareil et cette mesure de son intégration en classe. Il n’est donc pas surprenant qu’une aussi grande proportion d’élèves ou d’enseignant ne l’ait jamais utilisé, surtout compte tenu de son prix de vente qui n’en fait pas l’appareil le plus accessible aux familles québécoises. Si cette information est pertinente dans la recherche, quelle en est l’importance de la relever dans un tel article de journal ?

L’avènement des technologies en éducation, c’est une révolution dans le monde de l’éducation. Comme le cite la recherche, cela se compare à l’invention de l’imprimerie (p. 4). Je comprends qu’une révolution, ça dérange les forces conservatrices établies qui, bien malheureusement, détiennent le monopole de l’opinion dans le monde de l’éducation. L’article de Monsieur Oliviera ne fait que renforcer les stéréotypes négatifs de l’utilisation du iPad en classe en relevant principalement les défis posés par son intégration pédagogique plutôt que mettre en relief ses avantages. S’il est vrai que cette intégration est à parfaire, il y a lieu de réaliser que, en bien peu de temps, certaines écoles visionnaires ont fait le nécessaire pour prendre le virage technologique qui s’impose, en toute imperfection, certes, mais au moins, ils l’ont pris. Car au 21e siècle, la pire façon que le monde de l’éducation peut réagir face aux défis qui se posent dans la société, c’est par l’immobilisme.

 

Références :

Karsenti, T. et Fievez, A. (2013). L’iPad à l’école: usages, avantages et défis : résultats d’une enquête auprès de 6057 élèves et 302 enseignants du Québec (Canada). Montréal, QC : CRIFPE.

Le rapport est disponible sur le site Internet de Thierry Karsenti.

 

OLIVIERA, M., Un élève sur trois joue sur son iPad en classe. Site téléaccessible au http://techno.lapresse.ca/nouvelles/produits-electroniques/201312/11/01-4720088-un-eleve-sur-trois-joue-sur-son-ipad-en-classe.php. Site consulté le 11 décembre 2013.

Technopédagogie et pédagogie active

Les TIC et la motivation scolaire
La technopédagogie est un néologisme adopté par le monde de l’éducation, lequel traduit une réalité incontournable au XXIe siècle : l’intégration des TIC à la pédagogie. Au Québec, nous réalisons honteusement que le taux de décrochage scolaire oscille autour de 30% et ce, en dépit du fait que les gouvernements prétendent  vouloir le faire diminuer et prennent une série de mesures pour y parvenir, lesquelles, bien tristement, s’avèrent peu fructueuses.

Également, il existe un clivage important entre les natifs numériques, cette nouvelle génération d’élèves branchés et compétents au niveau technologique. Ces derniers sont tombés dans la potion et adoptent un mode de vie numérique pour ne pas dire virtuel. À l’opposé, on trouve des enseignants, des parents qui utilisent leur appareils, dans bien des cas, de façon incomplète. Ils les utilisent pour leur fonction première (une caméra pour prendre une photo, un téléphone cellulaire pour téléphoner, etc). Ils considèrent d’ailleurs souvent ces appareils comme étant des gadgets. Ces immigrants numériques intègrent partiellement les TIC à leur vie, mais sans plus, contrairement aux plus jeunes qui les exploitent à fond.

La technopédagogie se veut ainsi le rapprochement de ces deux solitudes autour d’une stratégie pédagogique rassembleuse, maximisé par des enseignants soucieux de renouveler leur pratique professionnelle en vue de l’adapter aux nouvelles réalités de leur clientèle, constituée d’élèves motivés à apprendre différemment.

Selon les études de Thierry Karsenti, titulaire de la Chaire de recherche sur les TIC en éducation, il existe un lien positif direct entre l’intégration des TIC à la pédagogie et la motivation scolaire. Il appert que la modification du contexte scolaire a effectivement un rôle important à jouer avec la persévérance scolaire. Entre autres, on parle de :

  • Réalisation d’apprentissages mobilisateurs plaçant l’élève au coeur de l’action;
  • Création d’un espace créatif renouvelé autant chez l’élève que chez l’enseignant. C’est en quelque sorte, le retour de la valorisation de la créativité pédagogique, sur laquelle s’appuie une nouvelle dimension de la flexibilité pédagogique;
  • Retour de l’aspect ludique de l’enseignement. Oui, il est possible d’avoir du plaisir en classe et ce n’est pas vrai que l’apprentissage doit être ennuyeux ou même douloureux. Les recherches démontrent clairement qu’un élève qui s’amuse en classe en est un qui réussit mieux;
  • L’importance du réseautage. Les élèves connectent étroitement entre eux. Cela fait partie de leur vie. Ils le font virtuellement, ce qui explique entre autres l’importance qu’ils accordent à leurs appareils électroniques portatifs. Ils communiquent virtuellement dans plusieurs sphères de leur vie désormais numérique : autant dans leurs travaux scolaires, qu’au niveau des médias sociaux qu’au niveau des jeux vidéos.

Le retour du ludique et du créatif dans un monde pédagogique en proie à l’ennui et à l’inertie
À la suite de ces constats, on se rend compte que les TIC nous permettent d’apprendre à mieux apprendre. Nous réalisons également que la technopédagogie est impossible à réaliser sans une pédagogie active. Il est donc pertinent de prétendre que l’amalgame de la pédagogie conventionnelle combinée à l’utilisation d’outils technologiques en classe est carrément un désastre. Afin d’intégrer les TIC à la pédagogie, cela vise indubitablement un virage.

La pédagogie active implique donc une action directe et soutenue auprès de l’élève, ce qui pave la voie à la pédagogie différenciée. Cette dernière sort un peu de son contexte habituel. Sans nécessairement renier la nécessité de différencier ses interventions pédagogiques en fonction des élèves sous la responsabilité de l’enseignant, cette différentiation est surtout orientée vers la stimulation de la créativité chez l’élève en lui permettant de réaliser un travail dans la forme qui l’intéresse. Les objectifs à atteindre et les consignes sont indiqués. Le reste appartient à l’élève qui utilise sa créativité et les outils mis à sa disposition afin de réaliser la tâche que l’enseignant lui a soumise. C’est le type de différentiation pédagogique qui devient possible avec les perspectives technopédagogiques qui s’offrent désormais au monde de l’éducation. Mais, à première vue, cela peut faire peur aux enseignants. Comment cette pédagogie active peut-elle être applicable dans l’état actuel des choses où les classes sont bondées ? Impossible pour un enseignant d’être actif auprès de tous en même temps. D’où l’importance d’instaurer les conditions idéales d’enseignement coopératif. La classe contemporaine n’est plus le terrain d’exécution de la dictature du savoir où l’enseignant a le monopole de la connaissance. C’est un terrain fertile de coconstruction des savoirs. L’enseignant, certes connaissant, est surtout un stratège de cette connaissance, car il oriente l’élève vers sa découverte. Mon collègue Sébastien Stasse illustre la situation de cette façon sur son compte Twitter: L’arrivée des appareils mobiles en éducation ne peut que conduire à transformer le rôle de l’enseignant soliste à celui de chef d’orchestre.

Si l’élève est sous-stimulé ou qu’il s’ennuie, il éprouvera le besoin de se distraire. C’est inévitable. Et cela n’est pas seulement propre à l’adolescent, mais bien à l’ensemble de l’humanité. L’impression de faire du temps est la pire perception qui doit être évacuée hors du monde de l’éducation, car elle est à la base du désengagement scolaire, cette forme de décrochage scolaire de l’esprit.

Parallèlement, on entend souvent les mêmes critiques. Les technologies sont en fait des jeux pour les élèves. Et puis ? C’est bien tant mieux si les élèves peuvent combiner jeu, plaisir et apprentissage. Les apprentissages réalisés dans une atmosphère de plaisir sont plus durables et signifiants pour les apprenants, petits et grands. C’est une occasion de perdre du temps. Effectivement, un élève en proie à l’ennui en est un qui perdra son temps avec ce qui l’occupe ou le passionne : réseaux sociaux, jeux, sites web d’intérêt, etc. Dans ce cas, deux solutions peu imaginatives s’imposent : soit que l’on interdise ces appareils en classe ou que les élèves ferment leur appareil. A priori, on réalise que la contrainte n’a jamais donné de résultats probants en milieu scolaire. Secundo, à quoi sert d’avoir ces outils sur les pupitres s’ils sont fermés ? En fait, ce n’est pas les TIC en classe qui sont une perte de temps. C’est l’ennui causé par des cours peu stimulants et mobilisateurs qui incite à des élèves à faire autre chose et à décrocher de ce qui se fait en classe. N’est-ce pas une facette de la nature humaine de s’ennuyer lorsque peu actif, stimulé ou intéressé ?

Des connaissances au bout des doigts… dans les poches !
Plus que jamais, le rôle de l’enseignant est d’enseigner des compétences liées au traitement de l’information puisque les connaissances sont disponibles au bout de nos doigts, dans nos poches. Nous assistons à une explosion de la disponibilité de l’information et à une surexposition des médias facilitant et façonnant nos communications. Mais, alors que nous communiquons de plus en plus, la qualité de ces rapports est discutable. L’enseignant éduque donc l’élève à se servir convenablement de ces connaissances en plus de l’éduquer à l’éthique de la recherche de sources convenables et crédibles. C’est, en quelque sorte, contribuer à développer esprit critique.

L’enseignant n’est plus l’unique pôle de connaissance et il doit céder sa place à l’affluence des connaissances en circulation grâce à Google, Wikipedia et leurs milliers d’émules. L’enseignant qui se sent diminué professionnellement face à ce fait ne réalise pas qu’en fait, c’est plutôt la nature de son travail qui évolue.

Également, ces enseignants accros au contrôle de toutes les facettes de leur classe sont inquiets : cette démocratisation des savoirs a de quoi menacer leur gestion de classe et la conduite de leurs activités pédagogiques quotidiennes. Les TIC sont une perte de contrôle sur les orientations que peut prendre un cours. Étant donné que les horizons sont illimités, les chemins de la connaissance que peuvent emprunter les élèves sont certainement hors du contrôle de l’enseignant qui n’a possiblement toutes les réponses à ces éventuelles questions. Si pour certain, c’est un dur rappel à l’humilité que de réaliser que l’on ne sait pas tout, il n’en demeure pas moins que les élèves ont le droit de réaliser des apprentissages hors de ceux déjà réalisés par leur enseignant. De plus, pour d’autres enseignants, les perspectives de coconstruction des savoirs et de coproduction de contenus sont des situations haletantes et motivantes. Ne faut-il pas simplement lâcher prise et accepter de simplement guider et orienter les élèves en acceptant de découvrir des connaissances avec eux ? Finalement, si on enseigne aujourd’hui de la même façon qu’il y a 10 ans, il se peut effectivement qu’on perde le contrôle de la classe. C’est à ce moment que l’attention des élèves se fixe sur une panoplie de sujets complètement hors propos, facilités par les TIC.

Ce qui est fascinant avec la technopédagogie c’est qu’autant pour les enseignants que pour les élèves, le tout en est à ses balbutiements et que tous découvrent en même temps et ensemble les rudiments de ce qui n’a plus de limites. C’est en quelque sorte la transformation du milieu scolaire en immense laboratoire de collaboration et de réseautage tous azimuts avec des individus qui, bien qu’ils maitrisent les TIC à différents niveaux, visent tous les mêmes objectifs. Prendre le virage de la révolution du monde de l’éducation du XXIe siècle.

 

 

 

 

 

Les sept caractéristiques des technopédagogues hautement efficaces

Nous venons de lire un court article sur un blogue américain intitulé AlwaysPrepped, ou toujours préparé (dans le sens de préparation ou planification pédagogique). Court, mais plein de bons sens car on y fait référence à 7 caractéristiques incontournables chez l’enseignant technopédagogue. Également, nous vous rappelons que, selon le référentiel des 12 compétences professionnelles chez les enseignants québécois, la compétence #8 est sans équivoque : intégrer les technologies de l’information et des communications aux fins de préparation et de pilotage d’activités d’enseignement-apprentissage, de gestion de l’enseignement et de développement professionnel. 

Voici ces sept caractéristiques, traduites en français et augmentées au goût du jour :

1. Ils visent un but précis en utilisant les outils technologiques

En aucun temps, ils n’utilisent la technologie simplement pour l’utiliser. Ils le font avec un but en tête ou s’en servent pour déployer une stratégie. La technologie est un outil au service de la pédagogie et de son pédagogue et non pas l’inverse.
 

2. Ils sont flexibles et démontrent une bonne capacité d’adaptation

Évidemment, ils sont flexibles et sont en mesure de s’adapter aux nouveautés technologiques. Ils savent pertinemment qu’ils devront s’adapter encore dans deux ou trois ans à de nouveaux outils. Mais cette perspective ne les effraie pas, au contraire. Ils sont stimulés par cette situation puisqu’ils entrevoient les possibilités d’être des enseignants plus performants, dispensant un enseignement de qualité supérieure.

Jamais l’idée de devoir réviser leur planification de cours ainsi que leurs leçons ne les effraie puisqu’ils n’ont jamais entretenu une perception de l’enseignement comme étant statique et à l’abri d’inévitables mises à jour de leur propre développement professionnel.

3. Ils sont ouverts au changement

Pour eux, le changement est une occasion enivrante de faire les choses différentes et c’est une nouvelle occasion de se dépasser. Ils ne subissent pas le changement, ils le génèrent. En période d’instabilité, ils sont des forces motrices et influencent positivement les forces restrictives, plus réfractaires au changement. Ces enseignants sont donc les premiers à adopter de nouveaux outils alors que leurs collègues se complaisent souvent dans leur confort routinier. Le monde a beau détester le changement, il n’en demeure pas moins que c’est ce même changement qui apporte l’innovation et le progrès.

4. Ils partagent à outrance

Ces enseignants sont de la trempe de ceux qui donnent sans compter et qui partagent autant leurs découvertes que le matériel qu’ils créent. Ils savent pertinemment qu’ils ont beau partager, ils empruntent probablement autant. Ils travaillent en réseau et non en silo et ce réseautage s’effectue autant à travers des colloques ou ateliers divers qu’au niveau du partage grâce aux réseaux sociaux, entre autres Twitter et Facebook. Ces pédagogues exportent leurs pratiques gagnantes vers d’autres collègues issus de contrées lointaines ou non et importent celles de ces mêmes collègues pour apprêter le tout à leur style d’enseignement et à la culture de leur établissement.

5. Ils sont des ambassadeurs

Ils savent convaincre l’administration de débloquer les ressources nécessaires pour supporter leurs stratégies d’enseignement avec des outils technologiques. Également, ils sont en mesure de rendre ces mêmes outils faciles à utiliser pour leurs élèves et d’en expliquer quels avantages ils peuvent en tirer. C’est la même chose pour les parents de ces élèves qui peuvent parfois se sentir inquiétés de voir les TIC envahir l’espace éducatif. Ces enseignants sont des agents multiplicateurs positifs et transmettent l’envie aux autres enseignants de travailler à se dépasser professionnellement.

6. Ils sont prévoyants et clairvoyants

Ils planifient d’avance et son rarement à la dernière minute. Ils savent quel outil utiliser pour chaque situation d’apprentissage ou d’évaluation et ne laissent aucun détail au hasard.

7. Ils sont impliqués et actifs

Leur enthousiasme pour l’utilisation d’un nouvel outil est facilement décelable et cette excitation est à la base de l’appréciation de l’élève qui se sent stimulé et actif dans ses apprentissages. Comment se sentir autrement lorsque l’élève est en contact avec un enseignant stimulant et actif ? C’est contagieux !

 

Bien que l’article fasse état de sept caractéristiques, nous estimons que l’on pourrait en ajouter une huitième. En effet, plusieurs craignent, avec l’avènement des TIC en éducation, que les relations entre les différents acteurs du monde scolaire se déshumanisent au profit d’une certaine virtualité relationnelle. Les enseignants-technopédagogues utilisent les TIC comme outil et non comme une fin en soi. Cette technologie est au service de l’enseignement et non le contraire. Cela dit, bien au contraire de la crainte souvent répandue, les TIC, sous l’emprise de ces enseignants, favorisent les relations constructives entre les humains.

Popplet et son potentiel pédagogique

 

Expliquer efficacement, avec peu de mots

Voici un outil intéressant qui permet de travailler autrement pour les élèves et enseignants. Grâce à Popplet, les élèves peuvent organiser leur pensée de façon différente en utilisant des images, dessins, vidéos pour démontrer des concepts propres à une thématique. L’expression populaire soutient qu’une image vaut mille mots. Popplet l’a compris. Pour chaque image ou bulle, il y a possibilité d’ajouter  quelques mots qui peuvent venir justifier l’idée ou préciser les liens entre deux bulles.

Ce que je vois comme potentiel, en premier lieu, est certainement la diminution de la nécessité d’écrire et d’utiliser des mots pour décrire un concept, un situation. C’est l’art de lier le schématique et le concis et de l’appliquer à toutes les sauces pédagogiques possibles et imaginables. Parce qu’aujourd’hui, il n’est plus vrai que les élèves doivent rédiger des travaux qui, pages après pages,  décrivent une réalité.

Comprenez bien, Popplet permet de donner une réelle importance aux mots sans toutefois les utiliser. Est-ce que cette application internet se doit de remplacer les bonnes vieilles dissertations ou rédactions plus théoriques ? NON ! C’est comme dans n’importe quel outil ou stratégie pédagogique. On doit l’utiliser en alternance et avec parcimonie afin que l’intérêt et la pertinence de l’utiliser avec les élèves demeure élevé.

 

Apprendre à travailler en équipe

Au-delà de la question de l’organisation graphique de l’information, il y a toute la question du partage et de la possibilité d’accomplir un véritable travail collaboratif chez les élèves (et chez les profs). En créant un Popplet, on peut y donner accès à des collègues qui contribuent au travail en les invitant. Chaque contribution est identifiée au nom de l’usager ayant ajouté ton grain de sel. C’est fantastique! Plus de j’ai tout fait le travail tout seul ou de il n’a rien fait ! Facilement, il est possible de transférer et éditer le document afin qu’il reste toujours actuel et pertinent. Popplet permet de devenir l’outil technopédagogique par excellence, avec Prezi, pour permettre aux élèves de développer une compétence non disciplinaire du Programme de formation du MELS : Apprendre à travailler en équipe. Bref, favoriser l’utilisation de Popplet en classe n’est pas seulement une façon de prézenter un contenu disciplinaire mais c’est surtout une façon d’apprendre à collaborer en situation d’apprentissage.

Également, il y a possibilité de consulter la fonction Time Warp qui équivaut à la transformation du fichier dans le temps, étape par étape avec l’heure précise de chacun des modifications !

 

Intégration multimédia

Finalement, comme toute bonne application web, il y a une possibilité d’y intégrer ou de partager de l’info qui provient des médias sociaux d’envergure : Flikr, YouTube, Facebook, Twitter. Idem pour Google Maps qui nous permet d’insérer des cartes. Il est évidemment possible d’exporter le tout en format .jpg ou .pdf et d’envoyer le tout par courriel.

Finalement, il y a un mode de présentation qui est très intéressant et qui permet de centrer clairement l’attention de l’auditoire sur les images ou brides de textes de chacune des bulles. Le principe ressemble étrangement à celui de Prezi. Vous pouvez d’ailleurs consulter notre billet sur ce service via notre site.

 

Voir un exemple simple (et pas très pédagogique) de notre premier contact avec Popplet :

Cependant, on ne peut faire que 5 popplet avec la version gratuite. Sinon, il en coute 30$ annuellement. Il existe des licences éducationnelles disponibles mais, triste constat, le rabais n’est pas substantiel. Pour de plus amples informations sur les rabais pour le monde scolaire, cliquez ici.

Finalement, n’oubliez pas que Popplet est une application web. Il se peut donc que, lorsque vous l’utiliserez en classe, le site ne soit pas accessible ou que votre réseau sans-fil soit en panne.

 

Mieux comprendre l’impulsivité et l’égocentrisme adolescent

Les professionnels de l’éducation secondaire en témoignent quotidiennement : les adolescents repoussent les limites de l’égocentrisme et des variations comportements extrêmes.

Nous savons tous que l’adolescence est marquée par de profonds changements physiques, hormonaux et psychologiques liés à la puberté. Les nouvelles technologies médicales permettent une nouvelle cartographie du cerveau et la neurologue, professeure et chercheuse en neurosciences cognitives, Sarah-Jayne de Blakemore de Université College of London (UCL) a quelques éléments d’explication pour nous.

Ses recherches, menées grâce à une nouvelle technique d’imagerie par résonance magnétique, révèlent plusieurs conclusions intéressantes que tous les enseignants et parents évoluant en compagnie d’ados devraient connaître :

  • Diminution de la matière grise dans le cortex préfrontal explicable par une certaine épuration de l’activité synaptique où le lobe se débarrasse de certaines synapse dans une perspective de renouvellement en vue de l’accomplissement de nouvelles activités cérébrales. Le cerveau est, en fait, en train de muer pour se préparer à délaisser les tâches enfantines pour accomplir des tâches plus complexes destinées à la vie adulte;
  • L’étude du cerveau dit social révèle que l’activité cérébrale du cortex préfrontal médian est diminuée par rapport à la même région chez un adulte, ce qui explique que les cerveaux des ados et ceux adultes emploient des stratégies différentes lors d’interactions sociales diverses.
  • Les perspectives sociales, dues au développement du cerveau, sont donc essentiellement altérées chez les adolescents. Cela explique donc que les ados ne peuvent réagir de la même façon que les adultes face à des situations de la vie commune.
  • Il en résulte une difficulté marquée à prendre en compte une perspective provenant d’autrui, laquelle a pour but de guider leur propre comportement et ce, dans tous les sens du terme.
  • Le jugement social de l’adolescent est donc altéré par un ralentissement de certaines zones cérébrales.

Les résultats de la recherche expliqueraient donc, en partie du moins, les comportements qui sont habituellement dénoncés par les adultes à propos des adolescents :

  • Ils sont écervelés et prennent des risque inutiles, sans égard aux conséquences de leurs actes;
  • On observe des variation d’humeur fréquentes qui peuvent paraître injustifiées;
  • Ils sont impulsifs et peuvent adopter un comportement ou un langage excessif;
  • Semblent à avoir de la difficulté à s’autocensurer;
  • Ils sont égocentriques et absorbés par leur propre personne.
Pour de plus amples informations, consultez le site du Pr. Blakemore.

 

La conciliation travail-études chez les élèves au secondaire

Le deuxième cycle au secondaire du milieu scolaire québécois a de plus en plus de difficultés à concurrencer le monde du travail. À vrai dire, il est engagé dans une lutte sans merci contre un monde qui lui vole des cerveaux pour les aguerrir à diverses tâches payées un peu plus qu’au salaire minimum. Récemment, il était question, dans les quotidiens, des inquiétudes des enseignants qui constatent que les élèves étudient de moins en moins. Ils n’ont plus le temps !

Pourtant, les bienfaits du monde du travail pour les jeunes sont indéniables. Cela permet de développer le sens de l’organisation et des responsabilités de nos élèves en plus de contribuer à stimuler l’émergence de qualités essentielles chez un adulte en devenir : entregent, autonomie, ouverture, etc. À 16 ans, il est souhaitable, voire essentiel qu’un élève apprenne à gérer différentes facettes de sa vie : amis, famille, amour, travail, école. La clé du succès est cependant l’équilibre et actuellement, nous avons des raisons de croire que trop d’élèves s’investissent aveuglement et exagérément dans leurs activités dites « professionnelles ».

« Si le travail nuit à tes études, lâche l’école ! »

Alors que nous parlons depuis longtemps de la conciliation travail-famille pour les adultes québécois qui allient tant bien que mal leur vie familiale et leur vie professionnelle, nous faisons face à une nouvelle réalité : la conciliation travail-études chez nos jeunes en milieu scolaire. Déjà, aussitôt qu’en quatrième année du secondaire, soit à 15 ans, ils apprennent à jongler avec les horaires de travail et leurs obligations scolaires.

Prenons le cas d’un élève qui travaille trente heures dans une entreprise quelconque. À ses heures de travail, on en ajoute trente-cinq passées à travailler en milieu scolaire. Au total, sur les 168 heures hebdomadaires, il a déjà passé près de 40% de son temps à travailler à l’école ou ailleurs. À cela, si on ajoute les neuf heures de sommeil quotidien recommandées pour les adolescents par la Société canadienne du sommeil, 75% du temps de l’élève dans une semaine est ainsi occupé. Il reste bien peu de temps pour les études et leçons à la maison ainsi que pour les activités sociales et familiales. Le stratagème estudiantin est alors simple : sommeiller à l’école, négliger devoirs et leçons au détriment du rendement académique, négliger la vie familiale. Autrement dit, pour l’appât du gain immédiat, l’élève hypothèque son futur puisque le cercle vicieux s’enclenche : trop de travail, baisse du temps investi dans ses études, baisse des résultats, baisse des possibilités d’admission au cégep dans un programme contingenté, etc. Le monde du travail devient donc la solution en bout de ligne puisque l’élève a épuisé ses possibilités et son ambition pour les études postsecondaires. Dans plusieurs cas, il restera de façon permanente sur le marché du travail aux mêmes conditions que lorsqu’il était aux études. Sans compter que ce surmenage n’est probablement pas étranger à la recrudescence des cas de mononucléose ou de dépression chez nos élèves. Quel gaspillage de talents !

Une lutte inégale

Voici ce que propose le monde du travail à nos jeunes. Un salaire alléchant oscillant autour de 10$ de l’heure avec des horaires flexibles. Pour un élève travaillant 25 heures, cela signifie des paies bimensuelles de 500$ dont sans les impôts sont remboursés immédiatement ou au printemps suivant. Les déductions salariales se limitent donc aux cotisations d’assurance-emploi et aux cotisations syndicales. Le monde du travail apporte ce que les jeunes recherchent : une gratification immédiate permettant de jouir immédiatement des bienfaits d’un argent de poche. Sans compter que les élèves ont déjà des comptes à payer ! Les factures de téléphonie cellulaire sont souvent salées et, comme cela a toujours été le cas, l’accès à une voiture, indubitable signe de liberté, implique des dépenses considérables.

Parallèlement, le milieu scolaire québécois offre des promesses à long terme. Pour une génération d’adolescents vivant dans le présent, le choix est facile à faire. On a beau promettre que dans une dizaine d’années ces jeunes seront des citoyens complets, en moyens, avec une tête bien faite et bien pleine, on ne peut le faire impunément car il manque un ingrédient important que le milieu scolaire peut difficilement contrôler : la persévérance. Car c’est définitivement un véritable modèle de persévérance, pour ne pas dire d’opiniâtreté, où le gain s’échelonne sur plusieurs années qui est proposé par l’École québécoise.

Nous ne sommes pas de calibre; nous proposons une solution à long terme qui s’oppose à une gratification à court terme qui s’inscrit pourtant exactement dans les valeurs sociales actuellement véhiculées. Cela veut tout dire. Comment ainsi blâmer nos élèves ? Ils ne veulent que jouir des avantages d’être adulte. D’ailleurs, le monde du travail est tellement puissant et omniprésent qu’il exige, à l’occasion, une lettre de l’école pour motiver l’absence au travail de nos élèves, leurs employés, lors d’un voyage scolaire ou d’une semaine d’examens. Cependant, il y a lieu de tourner cette lutte inégale à l’avantage du milieu scolaire, donc des élèves.

La solution ?

Il est évident, en premier lieu, que les parents doivent s’impliquer dans les choix des élèves d’évoluer sur le marché du travail. Ils doivent déterminer dans quelle mesure et de quelle façon les besoins de leurs enfants doivent être comblés. De plus, le rôle de l’école en est un de sensibilisation et d’éducation face au phénomène. Le milieu scolaire doit expliquer quelles sont les conséquences mesurables de l’investissement exagéré des élèves dans leurs activités « professionnelles ». D’ailleurs, pourquoi ne pas imposer un contrat de travail avec les élèves de la quatrième et de la cinquième année du secondaire où ces derniers s’engagent à limiter leurs heures travaillées dans d’autres milieux que l’école. Ce contrat serait également un outil de sensibilisation garni de statistiques et faisant l’éventail des conséquences mesurables du phénomène, dans les milieux scolaires, au niveau de la diplomation, du décrochage scolaire ou de l’effet sur les notes.

Également, le gouvernement devrait s’impliquer dans le dossier. Pourquoi ne pas légiférer en limitant les heures de travail des élèves inscrits à temps-plein au secondaire ? Y aurait-il lieu d’imposer des pénalités fiscales aux élèves afin qu’il y ait d’autres déductions qui s’appliquent sur leur salaire ? Idem pour les entreprises : peut-on les pénaliser en ce sens ?

Finalement, il y a lieu de souligner une belle initiative. Le Réseau réussite Montréal est un organisme de réseautage et de mobilisation d’institutions (et d’employeurs) adhérant aux valeurs scolaires et priorisant la réussite scolaire de leurs employés. C’est  un lieu de convergence des actions ayant une influence positive sur les jeunes, les parents et les intervenants dans le but d’accroître la persévérance, la réussite et le raccrochage scolaire. Il est évident que le succès d’une telle mesure passe par la sensibilisation des entreprises face au phénomène. L’école, d’ailleurs, peut être plus active à cet égard en sollicitant l’appui des entreprises environnantes quant aux horaires de travail des élèves.

Il importe de cesser d’exploiter la naïveté des élèves et de nourrir leurs aspirations en gratifiant immédiatement leur désir d’affranchissement. En leur permettant de se lancer tête baissée dans le monde de l’emploi, nous leur permettons de courir à leur perte alors que nous prétextons que ce monde contribue à leur essor personnel. Il ne devrait y avoir aucune conciliation travail-études. Rien ne devrait entraver le travail scolaire de nos élèves de deuxième cycle du secondaire. Nous avons tous la responsabilité de leur faire comprendre que la vraie richesse est celle de l’investissement en leurs capacités, leurs passions et en leur futur. Rien de moins.