La fracture scolaire

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Il existe trois principaux clivages entre les élèves et le milieu scolaire. Autrement dit, le milieu scolaire n’est pas représentatif de la réalité de ses élèves, ne rencontre pas les attentes de sa clientèle et, finalement, limite leur épanouissement alors qu’il prétend le contraire.

1. La réalité de l’élève et celle offerte par le milieu scolaire

Le milieu scolaire offre-t-il un monde qui ressemble à celui dans lequel ses élèves évoluent ? S’y adapte-t-il ? Deux exemples viennent immédiatement en tête :

A-    Dans un premier temps, l’intégration des EHDAA aux classes régulières met en relief les difficultés de cet arrimage. Les enseignants doivent éduquer, socialiser et instruire tous leurs élèves mais certains ont besoin de mesures adaptatives pour y parvenir. Où sont les ressources ? On se fie sur les enseignants qui ont peu de formation à cet égard. Faire preuve de flexibilité pédagogique est définitivement une caractéristique incontournable à développer chez les enseignants. Cependant, les ressources en support à ces enseignants et aux élèves à besoins particuliers sont nécessaires. La réalité dictée par le Programme de formation est loin d’être calquée sur la réalité des élèves à besoins particuliers. Elle relève d’ailleurs plus de l’improvisation que de l’intervention efficace !

B-    Un autre exemple éloquent symbolisant cette fracture est certainement le fait que les élèves évoluent dans un environnement numérique. Ils interagissent de plusieurs façons dont, nouvellement, via les médias sociaux. Ils accèdent à toute la connaissance du monde depuis le début de la conscience humaine via leur téléphone intelligent, localisé au creux de leur poche. Comment réagit le milieu scolaire devant cette réalité ? Il interdit ces appareils électroniques. Pourquoi ?  Deux raisons principales expliquent cette situation:

  • Parce que les enseignants ont peur de plein de choses, dont de se faire juger (ou ridiculiser), à travers des photographies, vidéos ou enregistrements sonores. Ils craignent également de perdre leur place au sein de la classe puisqu’ils perdent ce monopole du savoir qu’ils détiennent historiquement depuis des lustres. Également, leur autorité serait menacée par ces appareils. Il y a plusieurs autres appréhensions qui sont toutes autant légitimes les unes que les autres, mais qui ne justifient aucunement l’interdiction d’accéder à ces ressources technologiques personnelles.
  • Parce que le paradigme sur lequel se base l’école est dépassé. Pourquoi les élèves utiliseraient leur téléphone intelligent ? Ils auraient accès à toutes les informations ! Et alors ? Lorsqu’ils travailleront, ils auront toujours accès à toutes les informations ! Le milieu professionnel l’a compris, mais pas le milieu scolaire… Devons-nous rappeler que le Programme de formation met en relief l’enseignement par compétence alors que la culture organisationnelle du monde de l’enseignement continue à évoluer au rythme de l’enseignement des connaissances. En ce sens, il n’est pas surprenant que les TIC intégrées à la pédagogie soient perçues par plusieurs comme une menace qui plane sur le monde de l’éducation. Bien souvent, ceux qui dénoncent le virage technologique des écoles dénoncent également l’incompatibilité des appareils électroniques à leur enseignement. L’intégration des TIC nécessite un changement de paradigme. La menace en éducation, ce ne sont pas les TIC ou la nouveauté. C’est le conservatisme et l’inertie de certains acteurs du monde de l’éducation, et ce, à tous les paliers.

2. Les attentes de l’élève et celles du milieu scolaire

Le milieu scolaire est l’un de ces très rares marchés qui se soucie peu des attentes de sa clientèle pour subsister. Il est entièrement subventionné par le gouvernement, et ce, peu importe le rendement de l’école, de la commission scolaire ou du personnel en place. En fait, lorsqu’il y a un article de la Loi sur l’instruction publique qui stipule que la fréquentation scolaire est obligatoire jusqu’en juin de l’année scolaire du seizième anniversaire de naissance de l’élève, est-ce vraiment nécessaire de se soumettre aux besoins de nos élèves ? Ils sont obligés d’être présents !

En somme, la clientèle est contrainte à consommer des services scolaires. Et lorsqu’ils sont en âge légal de décider, environ 20% de notre clientèle décide de quitter le bateau.

Nous devons prendre la peine d’examiner les besoins et les attentes de nos élèves au lieu d’imposer un modèle désuet à une clientèle qui carbure à la nouveauté et à la contemporanéité. Cela passe par une redéfinition du rôle de l’enseignant dans sa classe et une révision de ses stratégies d’enseignement. L’éducation doit être plus représentative du modèle de société dans lequel elle évolue.

3. Ce à quoi l’élève aspire et les possibilités offertes par le milieu scolaire.

L’école est-elle un milieu d’épanouissement du potentiel de ses élèves ou un outil de conformisme castrant qui, en fait, permet de fixer les paramètres de réalisation de ces derniers ? Autrement dit, les possibilités d’accomplissement sont-elles prédéterminées et préréglées ?

Est-ce que notre milieu scolaire met en place toutes les conditions afin de favoriser la créativité chez ses élèves ? Et leur curiosité ? Est-elle encouragée ? Exploitée ? Valorisée ? Selon Ken Robinson, ces deux caractéristiques figurent parmi celles qui nous distinguent des animaux. Créons-nous des conditions gagnantes pour les voir émerger ?  Formons-nous des automates programmés pour affronter les mêmes problèmes de leurs parents avec les mêmes outils et les mêmes solutions ? La société se plaint souvent du manque d’imagination de ses dirigeants. Voilà qui est paradoxal, car nous formons nos futurs leaders de la même façon que nos dirigeants ont eux-mêmes été éduqués.

Qu’il s’agisse d’anciens ou de nouveaux problèmes, nous avons besoin de nouvelles solutions. Il est impératif de penser différemment pour espérer agir différemment. Le milieu scolaire est-il un terreau fertile pour l’incubation d’idées créatives et novatrices ou offre-t-il un milieu de récupération d’idées déjà éprouvées ?

Cela dit, l’élève aspire à une plus grande ouverture à la diversité idéologique dans son milieu scolaire. Si nous clamons haut et fort que les seules limites sont celles que l’élève s’impose, il est grand temps de mettre cette maxime en pratique !

Peut-on sincèrement parler de persévérance scolaire ?

Décrochage

Infographie : http://www.perseverancescolaire.com

Ce sont les journées de la persévérance scolaire au Québec. Ces journées suivent la semaine des enseignants. Est-ce une coïncidence ou un clin d’oeil à la profession enseignante ? Peu importe.

C’est en lisant Le Devoir ce matin que j’ai pu apprendre que trois décrocheurs partiront en croisade auprès des jeunes d’âge scolaire pour les inciter à persévérer sur les bancs d’école. C’est une belle histoire, pleine d’altérité. Quel éducateur ne serait pas ému par cet acte de bravoure issu du J’ai fait une grave erreur et je ne veux pas que d’autres la répètent. Malheureusement, trop de jeunes ont des parcours sinueux et sont confrontés à des problèmes d’adultes alors qu’ils ne sont toujours que des adolescents. Triste constat de la société actuelle où les enfants ont des responsabilités d’adultes dans des familles, trop souvent dysfonctionnelles.

Donc, une fois par année, on part en croisade pour faire la promotion de la persévérance scolaire. On ne peut pas être contre la vertu. Cependant, au-delà de ces beaux mots et des ces quelques actions ici et là, prenons-nous le temps de nous questionner sincèrement ? Contribuons-nous au décrochage scolaire ? Comment ? Prenons-nous le temps de s’accorder ce petit répit pour faire sa propre analyse de pratique professionnelle ?

L’apprentissage serait favorisé par le plaisir que l’on éprouve à mener une tâche. Il faut cesser de considérer l’apprentissage par un simple processus cognitif. Nous le savons, la sphère émotive est omniprésente chez les jeunes d’âge secondaire. En faire abstraction dans notre intervention éducative quotidienne est une grave erreur. La motivation et l’engagement sont des éléments incontournables pour façonner l’apprentissage. Une pléthore de recherches existe à ce sujet et la formation des maîtres témoigne bien de cette importance lorsqu’il est question de signifiance : le pourquoi de l’apprentissage. C’est un peu comme si l’enseignant devenait un vendeur en ventant l’importance de réaliser une tâche donnée et d’en intégrer les fondements pédagogiques.

Tous connaissent les concepts de motivation extrinsèque et celui de motivation intrinsèque. Autrement dit, celle qui provient de l’environnement, donc des stimuli extérieurs et celle qui provient de l’individu, de son for intérieur, avec tout son schème de perceptions et de conceptions. S’il est relativement facile pour le milieu de modifier les conditions externes à l’élève pour espérer allumer son intérêt à apprendre, il en est tout autre en ce qui concerne sa perception de l’apprentissage à réaliser. Néanmoins, il existe une panoplie de stratégies de pédagogie active dont les effets auront comme prétention rendre l’élève actif dans ses apprentissages. Un élève actif en est souvent un qui s’engage et qui intègre une tâche donnée. Il la vit, il la fait sienne. Il y tient, il est motivé.

Les apprentissages solides sont ancrés dans l’action. L’élève y dégage un niveau d’investissement où il édifie son estime personnelle à réaliser une tâche au lieu de témoigner de la compétence d’un enseignant à y parvenir. Lorsqu’un système d’éducation est davantage basé sur les conventions et les traditions plutôt que sur le plaisir d’apprendre et sur la nécessité d’innover, il va de soi que les élèves, eux, se présentent en classe par obligation, et non par intérêt.

Bref, un élève doit être acteur et non spectateur de son propre cheminement. À cet égard, Montaigne citait, à juste titre :

(…) un enfant de maison, qui recherche les lettres,non pour le gain (…) ni tant pour les commodités externes, que pour les siennes propres et pour s’en enrichir et parer au-dedans, ayant plutôt envie d’en réussir habile homme, qu’homme savant, je voudrais aussi qu’on fût soigneux de lui choisir un conducteur, qui eût plutôt la tête bien faite, que bien pleine : et qu’on y requît tous les deux mais plus les mœurs et l’entendement que la science : et qu’il se conduisît en sa charge d’une nouvelle manière. On ne cesse de criailler à nos oreilles, comme qui verserait dans un entonnoir ; et notre charge n’est que de redire ce qu’on nous a dit.

Pour en revenir aux journées de la persévérance scolaire, l’initiative est louable quoique… hypocrite. On incite à nos élèves à persister dans un système d’éducation qui est rigide et qui refuse de se moderniser. Ils persévèrent dans un milieu qui ne leur ressemble pas et qui ne fait pas le nécessaire pour leur ressembler en profondeur. Vous connaissez d’autres entreprises qui se refusent de se modeler aux besoins de leur clientèle et qui survivent aussi longtemps ? À quoi bon souligner une semaine dans l’année scolaire alors que le reste du temps, le monde de l’éducation refuse obstinément de se mettre au diapason de la réalité des élèves ? Que fait-on concrètement et de façon durable pour favoriser la persévérance scolaire ? Quand cesserons-nous de considérer le décrochage scolaire comme un phénomène externe plutôt que le résultat de nos échecs en tant que système scolaire ?

En somme, à ce siècle, plus que jamais, l’école n’est plus le lieu consacré qui détient le monopole des conditions liées à l’apprentissage. Cette école québécoise est en compétition avec son entourage qui sait fréquemment comment stimuler la créativité et la curiosité de nos élèves. Grâce aux TIC, ces derniers peuvent accéder à tout un éventail de connaissances qu’ils détiennent au creux de leur poche, via leur téléphone intelligent. École et apprentissage ne sont donc plus intimement indissociables.

Il n’est pas trop tard pour s’inscrire dans la modernité et prendre le virage nécessaire au lieu de se lamenter sur les effets néfastes du décrochage scolaire dans notre société. Ainsi, on célèbrerait nos succès de persévérance au lieu de brandir l’épouvantail socio-économique à nos jeunes pour les convaincre de demeurer sur les bancs d’école. La peur et la contrainte n’ont jamais donné de bons résultats dans le monde de l’éducation. Les statistiques sur le décrochage sont là pour nous le rappeler cruellement.

 

 

Bonne semaine des enseignants !

Sans titre

Après près de quinze années dans le monde de l’éducation, je réalise quotidiennement à quel point la profession enseignante en est une hautement ingrate.

L’enseignement est un métier qui s’exerce au front à tous les instants, directement sur le terrain. Il faut avoir la couenne dure pour faire face à ce niveau d’action. Travailler avec des jeunes qui sont en croissance à tous les plans relève de l’exploit, et ce, quotidiennement. Rares sont les professions qui peuvent se vanter de faire une différence chez des humains tous les jours et qui requièrent un tel niveau d’altruisme et d’altérité. Rares sont les professions qui permettent à un individu de jouer un rôle direct dans l’évolution d’humains de façon aussi fréquente et directe, surtout à un moment aussi décisif de leur vie.

Vocation et devoir
Aujourd’hui, enseigner n’a rien de reposant, et ce, malgré le fait que les détracteurs cyniques de la profession aiment nous rappeler que nous avons deux mois de congé, une relâche et deux semaines à Noël. Quoi qu’il en soit, je me plais toujours à inviter ces détracteurs à venir passer une seule journée en classe avec un enseignant… À ce jour, personne n’a relevé le défi, sauf quelques étudiants de cégep ou d’université qui veulent vivre une journée typique avant de prendre la décision de faire le grand saut dans la profession.

La profession enseignante est située à mi-chemin entre la vocation et le devoir. L’appel à l’enseignement est vocationnel. Il faut évidemment aimer les jeunes et leur lot de différences. Il faut apprécier cette diversité et la valoriser et non tenter de l’aplanir afin d’en normaliser leur parcours. Cette vocation se traduit également par des habiletés d’orateur charismatique dans la plupart des cas. Il faut vouloir être créatif et curieux et surtout, accepter de continuer à apprendre pendant la durée de sa carrière. Ce ne sont pas tous les individus qui ont l’humilité d’accepter cette nécessité. À l’heure où tous les professionnels se définissent par leur expertise, certains seraient certainement insécurisés à l’idée de devoir être en formation continue… journellement !

Les enseignants assument un devoir social. Ils doivent éduquer nos enfants et adolescents en fonction des attentes sociales manifestées par un Programme de formation. Ils ne doivent pas seulement se contenter de rendre une matière ou de la passer, mais bien d’en incarner les valeurs qui y sont véhiculées. Les enseignants travaillent dans un laboratoire social, au temps présent, mais le résultat de leur action pédagogique s’inscrit dans le futur. Il faut donc avoir confiance en ses moyens pour accepter de ne pas constater le résultat de ses efforts dans un avenir rapproché ! Un médecin qui aide un malade pourra faire un suivi annuel. Un ingénieur qui construit un pont pourra contempler son œuvre tout au long de sa vie. Mais pour l’enseignant, son œuvre sera consommée par d’autres, ultérieurement. Il demeurera, espérons-le, un brin d’appréciation qui, bien malheureusement, dans la majorité des cas, ne sera jamais témoignée. Peut-être prenons-nous pour acquis nos enseignants ?

Deux souhaits
Il ne faut pas se leurrer; il y a une quantité importante de désagréments et d’irritants qui parsèment le parcours des enseignants : trop de groupes, classes surchargées, élèves difficiles, capricieux, dorlotés, paresseux (…), tâche lourde, parents revendicateurs et étouffants, bureaucratie scolaire interminable, manque de financement du milieu scolaire, etc. Ultimement, notre raison d’être, notre vocation, s’élève bien au-delà des déceptions qui peuvent être associées à notre emploi.

En cette semaine des enseignants, je souhaite donc que ces derniers soient fiers de leur profession. Je leur souhaite d’accepter les désagréments de leur emploi et de les contextualiser dans un cadre plus large qui fait qu’en réalité, ces désagréments sont des détails dans la grandeur de l’enseignement.

Je leur souhaite d’être solidaires également. Tous envers leur propre communauté enseignante immédiate élargie en mettant en valeur leur profession et leur milieu de travail au lieu de les dénigrer. Chez les enseignants, bien malheureusement, force est de constater qu’il soit tendancieux de critiquer sa propre profession et les orientations prises par les cadres scolaires, le MELS ou autres instances.

Tous dans le monde de l’enseignement souhaitent que la profession enseignante gagne ses lettres de noblesse au sein de l’opinion publique. Comment inspirer le respect des parents et de leur enfant si trop d’enseignants ne sont pas en mesure de respecter eux-mêmes leur propre statut professionnel pour en parler en termes élogieux ? Telle est la question.
L’idéal de la société québécoise est forgé par le système d’éducation et par les actions quotidiennes de ceux qui y évoluent. La dette sociale envers ces hommes et ces femmes est incommensurable et c’est la seule dette qui est appelée à croitre positivement.

Bonne semaine des enseignants à tout un chacun.

Comment l’enseignant peut-il prendre soin de sa voix lorsqu’il enseigne ?

Je me permets de publier un résumé d’une petite formation avec une orthophoniste. La formation était destinée à des enseignants dans le cadre d’une journée pédagogique. Cette information est particulièrement utile aux enseignants car, comme vous le savez, aucun cours de ce genre n’est offert dans la formation initiale universitaire de ces derniers. Pourtant, la voix est probablement leur plus grand outil.

Pour ceux qui sont intéressés, communiquez avec moi pour la référence de l’orthophoniste en question.

Quelques insolences

N’en déplaise à certains, je prends le loisir de poursuivre la publication de mes idées sur ce blogue. C’est que depuis que j’ai publié ma réponse à l’article publié dans La Presse, les commentaires pullulent sur ce site et bien peu sont élogieux. Ces commentaires négatifs sont, bien souvent, farfelus.

Il y a le ton. Mon ton serait condescendant et moraliste. Mes opinions seraient déconnectées du milieu. On m’a traité poliment de démagogue et lobbyiste de la Réforme. On m’a même traité de croisé (en faisant référence aux croisades chrétiennes du Moyen-Âge) et fait allusion à des bailleurs de fonds qui financeraient ce blogue. Ce dernier commentaire est assez amusant et démontre bien qu’il y a des personnes qui sont déconnectées. À l’heure du web 2.0, n’y a-t-il rien de plus facile et abordable que bloguer ? Mais la théorie du complot fait son œuvre dès qu’une voix s’élève contre celle de l’ordre établi ! Pour le reste, je ne relèverai pas les commentaires désobligeants d’une exceptionnelle bassesse de certains.

Ces commentaires, bien souvent, ne sont aucunement constructifs  sont souvent formulés de façon émotive. Quel est le but de critiquer ou remettre en question si on ne propose rien en échange ? Ou qu’on laisse nos émotions d’une dure semaine prendre le dessus ? Je peux croire que mes idées sont tranchées, qu’elles dérangent et qu’elles remettent en doute la conception que plusieurs ont de leur profession. C’est justement le but de ce blogue !

Les Insolences du frère Untel

Vous souvenez-vous du frère Untel et de sa citation assommante je pense qu’il faudrait fermer le Département (de l’Instruction publique) pendant deux ans, au moins, et envoyer tout le personnel enseignant à l’école ? Des mots lourds à l’époque qui ont contribué, croyez-le ou non, à la fonction enseignante. Quoi qu’il en soit, le frère Untel avait envoyé son manuscrit aux Éditions de L’Homme avec l’avertissement suivant : Attention ! Contenu explosif ! Ce dernier avait dû publier anonymement ses Insolences probablement par crainte de représailles dans un milieu où le regard des autres peut miner une carrière… En éducation, les critiques de l’intérieur sont mal vues, surtout si elles vont contre l’opinion générale. Toutefois, l’auteur avait bien compris qu’un contenu explosif est bel et bien nécessaire pour amorcer un changement qui, avec plus d’un demi-siècle de recul, nous permet de l’apprécier comme étant l’un des précurseurs de la Révolution tranquille. Aujourd’hui, l’internet permet à tout un chacun, s’ils en ont envie, de pouvoir s’exprimer. Les médias sociaux relaient l’information à tous azimuts à une vitesse qui aurait étourdi le frère Untel ! Cependant, malgré que les mœurs en éducation ont peu changé à certains égards depuis, il n’en demeure pas moins que les textes anonymes n’ont plus leur raison d’être, car, de nos jours, il paraît peu pertinent de partager sa vision si l’auteur qui l’énonce ne peut les appuyer par sa propre image et crédibilité. Mais, ironiquement et paradoxalement, en même temps, les critiques saisissent cette même image pour s’évertuer à en démolir la crédibilité. Ainsi, on évite la création d’un espace-débat qui peut permettre au monde de l’éducation d’évoluer à l’extérieur de l’immobilisme trop prêché par les mœurs établies et l’opinion dominante.

Néanmoins, je me permets de reprendre une citation d’André Laurendeau en préface des Insolences du frère Untel. Elle éclaire mon action sur ce blogue et celle de plusieurs éducateurs qui, comme moi, en ont plus qu’assez de constater que nous formons des cohortes d’automates: La déception, qu’il ressent très vivement, ne le rend pas amer, et s’il a parfois des mots lestes, c’est sans perdre le sens du sacré.

La Réforme

Peut-on cesser de référer au Programme de formation de l’école québécoise comme étant la Réforme ?  C’est terminé, les programmes ont été réformés il y a plus près de quinze années déjà (malgré que les dernières dispositions aient été adoptées il y a quelques années). Peut-on passer à autre chose ? Le terme Réforme, en ce qui me concerne, lorsqu’il est ainsi utilisé, au terme de son utilité temporelle, a une connotation péjorative. Si plusieurs enseignants ont toujours cette Réforme dans la gorge, c’est qu’ils ne veulent toujours pas prendre le temps de l’avaler pour la digérer. Peut-être veulent-ils poser en tant que résistants ? En victimes ? À les écouter (ou plutôt à les lire), rien dans le Programme ne vaut la peine d’être adopté. C’est le début de la fin du monde de l’éducation. Pourtant, lors d’une éventuelle prochaine réforme, censément dans une quarantaine d’années, on fera l’apologie du système actuellement en place. L’histoire n’est-elle pas une cruelle répétition d’une succession d’événements ?

Et qu’en est-il de ceux qui ont avalé le morceau ? Ces enseignants qui acceptent de travailler dans une atmosphère positive et qui se disent qu’en dépit des nombreuses imperfections du système, il y a possibilité de mener à terme son action éducative sur une base quotidienne. Ces mêmes enseignants réalisent qu’ils accomplissent de petits miracles chaque jour. Ils sont fiers d’eux, de leurs élèves et de leur profession. Ils s’investissent dans leur travail, accèdent à des formations via différents médias, réseautent, échangent, partagent, etc. Ils sont des agents multiplicateurs.

Ne pas désespérer

Rien n’est parfait dans le monde de l’éducation, c’est évident. C’est un monde humain, géré et organisé par des humains. Si parfois nous pouvons croire qu’il manque de solidarité entre les acteurs de ce réseau, il n’en demeure pas moins que tous aspirent aux mêmes objectifs. Dans cette perspective, je crois que le débat du changement en éducation est fondé, n’en déplaise aux apôtres du traditionalisme pédagogique et éducationnel. Avez-vous déjà remarqué qu’il existe bien peu de professions dans lesquelles les travailleurs se plaignent autant que nous, les enseignants ? Il ne faut pas se surprendre que les élèves se plaignent également de leur sort et que les parents nous critiquent autant !

Parce qu’en fin de compte, il est préférable d’amorcer une démarche de changement professionnel par sa propre initiative, plutôt que de se le faire imposer par autrui. Mais la situation n’est pas désespérée; une fois de plus, Laurendeau aurait consolé le frère Untel de façon diserte : il y a trop de monde qui désespère pour que la situation soit désespérée[1]. Autrement dit, il y a trop d’enseignants désespérés de constater l’effet des forces restrictives dans le milieu de l’éducation pour abandonner et s’y résigner. C’est ainsi que s’entreprend le changement dans le monde de l’éducation à l’aube du XXIe siècle.

 


Le diplôme d’études secondaires est toujours bien vivant !

 

Ce qui est trop clair, n’est pas intéressant (Soljénitsyne).

Vous avez certainement lu le texte de monsieur Stéphane Lévesque, lequel a été publié dans La Presse hier. Du moins, sur les réseaux sociaux, il se retrouve sur tous les fils d’actualité des enseignants. Certains, soulagés qu’un brave de la profession ose enfin prendre la parole, n’ont même pas pris la peine de vérifier les allégations. Cet article a pour but de rectifier certaines affirmations véhiculées par l’auteur.

Comme ce dernier le cite lui-même dès la première ligne de son texte, après avoir alarmé le lecteur, ce n’est pas la vraie fin du DES. Ne soyez pas inquiet. Cependant, dans un monde où l’immédiateté règne, le surfeur-de-titre-qui-tire-des-conclusions-hâtives a partagé cet article démagogique, truffé d’informations fallacieuses via les réseaux sociaux. Autrement dit, la mission de l’auteur a été atteinte : sonner l’alarme et rallier plusieurs collègues ou néophytes du monde de l’éducation à sa théorie du complot et émouvoir quelques nostalgiques du bon vieux temps et du c’était tellement mieux avant la Réforme.

Selon l’article 2 du Régime pédagogique de l’éducation préscolaire, de l’enseignement primaire et de l’enseignement secondaire, les services d’enseignement secondaire ont pour but de poursuivre le développement intégral de l’élève, de favoriser son insertion sociale et de faciliter son orientation personnelle et professionnelle. Ils complètent et consolident la formation de base de l’élève en vue d’obtenir un diplôme d’études secondaires ou une autre qualification et, le cas échéant, de poursuivre des études supérieures. Comme vous pouvez le lire, en date du 1er janvier 2014, le Diplôme d’études secondaire est toujours la finalité des études d’ordre secondaire.

Le changement de cap, de vision, de philosophie que l’auteur suppose a déjà été amorcé il y a au moins une décennie. À moins que la tête de ce dernier vienne d’émerger hors du sable. Si tel est le cas, cela explique le ton alarmiste de son article. Peu importe la raison qui a motivé la rédaction de cet article, voici quelques rectifications afin de démystifier certains faits qui ont été tronqués .

Première rectification : le redoublement

Il est faux de prétendre qu’un élève qui échoue tous ses cours en première secondaire est automatiquement promu en deuxième secondaire. Il est cependant vrai que les apprentissages dans les cours s’échelonnent les deux années du premier cycle. Il n’est plus question d’avoir une vision annuelle, mais bien une de cycle, échelonnée sur deux ans. Néanmoins, en cours de route, si le milieu scolaire constate que l’élève progresse avec d’importantes difficultés, et ce, malgré les mesures d’aide apportées et un suivi parental serré, il y a possibilité de recommander le redoublement de l’élève en question. C’est à l’équipe-école de monter un dossier en ce sens.

Lorsque je lis que l’auteur, qui  est enseignant, n’évalue vraiment qu’à la fin du premier cycle, j’espère sincèrement qu’il n’enseigne pas en première secondaire, car je me questionne vraiment sur sa compétence de pédagogue et sur sa réelle compréhension du Programme de formation de l’école québécoise.

Seconde rectification : le nivellement vers le bas

Est-ce aussi clairement que l’auteur le prétend, que le niveau de performance minimal exigé a été abaissé ? La question du nombre d’unités requises pour passer du premier au deuxième cycle appartient à l’autorité locale, donc à la commission scolaire. L’article 28 du Régime pédagogique est très clair à ce sujet : la décision du passage d’un élève d’un cycle à l’autre s’appuie sur son dernier bulletin de la dernière année scolaire et sur les règles de passage établies par l’école ou par la commission scolaire, selon leurs responsabilités respectives.

Une chose est certaine, ces règles locales sont fixées selon la réalité socioéconomique du milieu dans lequel l’élève évolue. Vous avez déjà entendu de la mission d’égalité des chances en éducation ? De la démocratisation de l’accessibilité à l’éducation ? Les écoles ou commissions scolaires ont cette latitude. Il ne faudrait pas se plaindre d’avoir plus d’autonomie !

Finalement, Monsieur Lévesque estime que l’on a décidé de sacrifier la qualité pour la quantité. C’est faux. On évalue différemment la qualité. Les schèmes de référence ont changé et on se base sur d’autres critères pour déterminer la qualité de nos élèves.

Troisième rectification : les élèves à besoins particuliers

En parlant d’égalité des chances, les élèves à besoins particuliers sont intégrés dans les classes régulières depuis belle lurette. Cela modifie clairement le travail quotidien de l’enseignant et crée une certaine gymnastique organisationnelle pour tous, y compris les élèves eux-mêmes ! Malheureusement, certains enseignants rêvent toujours de pouvoir enseigner à une classe homogène alors que la réalité actuelle nous impose d’enseigner à des élèves. Cela implique qu’il faut faire preuve de flexibilité pédagogique. Vous avez déjà entendu parler de différenciation pédagogique ? D’ailleurs, comme le prescrit la septième compétence du référentiel des compétences professionnelles des enseignants, ce dernier doit savoir adapter ses interventions aux besoins et aux caractéristiques des élèves présentant des difficultés d’apprentissage, d’adaptation ou un handicap.

Quatrième rectification : les connaissances…

L’approche par compétences, vous connaissez ? Lorsqu’un enseignant clame haut et fort que l’on diplômera des élèves qui connaitront moins de choses, qui auront compris moins de notions (…), je ne peux que m’interroger sur le niveau de compréhension que cet enseignant a de ses propres outils de travail. Le Programme de formation est basé prioritairement sur le niveau de maîtrise des compétences et non celui des connaissances. Malheureusement, force est d’admettre que certains enseignants ont manqué ce virage et que leur pratique professionnelle s’inscrit dans des temps révolus.

Intervention publique déplacée

Il est évident que des enseignants comprennent toujours mal les fondements du Renouveau pédagogique, et ce, même s’il est en vigueur au secondaire depuis quelques années. C’est une situation normale dans les circonstances. Possiblement n’ont-ils pas eu accès à une formation continue en ce sens ? Ce qui est plus inquiétant, c’est de voir que certains de ceux-là affichent publiquement leur incompréhension et leur ignorance dans les médias avides d’histoires alarmistes pour mousser le cynisme social qui anime malheureusement les conversations axées autour du monde de l’éducation. Autrement dit, l’intervention de l’enseignant en question, dans La Presse, n’a absolument rien de positif pour la profession ni pour le monde de l’éducation.

En constatant que l’auteur publie sa vision des choses, laquelle est basée sur une compréhension d’une réunion de 40 minutes qu’il a eue avec ses collègues, nous en concluons que ce qui est véhiculé dans l’article de La Presse est fallacieux et démagogique. Bien que nous n’ayons pas assisté à cette fameuse réunion, que nous ne sachions pas de quelle école ou commission scolaire il s’agit, nous nous permettons cependant d’en venir à une conclusion : il y a les événements, il y a la perception que l’on s’en fait et il y a ce que l’on veut bien comprendre.

Crédit artistique : Andrée-Anne Laberge, artiste-peintre : http://www.andreeannelaberge.com

Quand le cordon ombilical s’étire jusqu’à l’école…

 Avez-vous déjà été accusé ou blâmé par, un parent, de brimer l’estime personnelle de son enfant ? Peut-être êtes-vous trop sévère ? Intransigeant ? Inflexible ?

L’estime personnelle de l’élève

De nos jours, les parents agissent souvent dans le milieu scolaire en accusant les intervenants scolaires qui interagissent avec celui-ci, comme quoi leur intervention menace l’estime personnelle de leur enfant. À écouter parler ces parents, tout porte à croire que l’estime de soi est une petite porcelaine que porte l’enfant quotidiennement entre ses mains et les chocs malencontreusement subis en milieu scolaire sont une menace à son intégrité. Pourtant, le développement de l’estime de soi de l’enfant est l’affaire de toute une vie. Il est évident qu’à l’adolescence, ce soit un élément fragile du développement personnel de l’élève. Cependant, il ne faut pas négliger que l’école est une première véritable microsociété dans laquelle il est plongé et que cette estime sera façonnée tout au courant de son parcours scolaire. Et elle le sera au gré de moments facilitants, mais aussi, elle sera fabriquée grâce à des moments plus difficiles. Notez que le mot grâce est bel et bien approprié : les obstacles sont bel et bien souhaités en milieu scolaire et ils ne sont pas pour autant des entraves au développement de l’estime personnelle de l’enfant.

Est-il nécessaire de rappeler que l’estime de soi est un acquis qui se développe de façon complexe dans divers milieux à la fois ? Effectivement, il se développe autant en famille qu’à l’école en passant par les sports et le réseau social ou amical. Il ne s’agit pas d’un élément inné à l’enfant. Bien au contraire, car il est le résultat d’une multitude de facteurs extérieurs et intérieurs à l’enfant.

Aplanir le parcours de l’enfant ?

Trop souvent, le parent estime qu’en aplanissant le parcours de l’élève et en purgeant le cheminement scolaire de l’enfant des défis qu’il risque de rencontrer, on évite les écueils qui pourraient abimer la sacrosainte estime personnelle de leur protégé. En réalité, c’est tout le contraire qui risque de se produire. Un élève qui se bute à des obstacles dans son parcours scolaire développe des aptitudes de résilience et développe des outils qui lui seront utiles durant toute son existence. De plus, une saine confiance en ses moyens s’établit petit à petit. L’élève prend conscience de ses forces, de ses faiblesses. Pour ce faire, il peut compter sur l’aide de ses enseignants et de tous les intervenants en milieu scolaire qui sont à sa disposition.

Si l’élève ne confronte pas ses propres limites et qu’il n’apprend pas à développer des outils pour faire face à ces obstacles, il ne fait que reporter ces situations qu’il affrontera éventuellement dans la vie adulte, sur le marché du travail, toujours sans les outils qu’il n’aura toujours pas pris la peine d’acquérir étant jeune. Cet adulte sera malheureusement dépourvu de persévérance et sera en proie plus facilement à l’abandon face aux défis qui se dresseront devant lui. Il aura de graves difficultés à relever des défis professionnels et personnels.

Le prolongement du cordon ombilical

La relation entre le milieu scolaire et le milieu familial en est une de complémentarité. Le premier complète l’œuvre éducative familiale. C’est en ce sens que le parent doit être un allié au cadre scolaire et tous doivent travailler dans le même sens pour assurer rigueur, cohérence et cohésion entre les deux milieux de référence pour les jeunes. Il n’y a aucun lieu de s’y opposer au nom de la préservation de l’estime personnelle de son enfant. L’école travaille en parallèle à la dynamique familiale et, tout comme le parent, elle vise ce qu’il y a de mieux pour ses protégés.

Cependant, le milieu scolaire est souverain de celui des parents. Étant donné que le premier est une grande famille qui dépasse parfois 2000 enfants, il doit y avoir des règles propres à celui d’un milieu public peuplé de mineurs. Si, sur le fond, tous s’entendent sur la pertinence de ces règles de vie, il n’en demeure pas moins que le discours change souvent lorsque ces règles ont des conséquences négatives directes sur son propre enfant. Et c’est à partir de ce moment, lorsque le parent choisit de plus en plus ouvertement le camp de son enfant en s’opposant à une décision de l’école que les problèmes surviennent. Les critiques souvent virulentes d’un parent à l’endroit d’un enseignant ou d’un membre de la direction ont tendance à favoriser la reproduction du même comportement chez l’élève en plus de confirmer ce dernier dans une situation d’invulnérabilité face au support de son propre parent, et ce, même si l’enfant a tort et qu’il a commis une erreur.

Le problème, bien souvent, est le lien affectif du parent envers son enfant, que nous pouvons représenter comme étant le prolongement du cordon ombilical. Certains parents sont toujours ainsi branchés sur leur enfant et ces derniers doivent prendre un certain recul pour laisser l’élève affronter ses difficultés par lui-même. Il est clair que le rôle parental doit être celui d’accompagnateur et non celui de facilitateur.

La théorie du complot : vous n’aimez pas mon enfant

L’implication des parents dans la vie scolaire de son enfant est évidemment souhaitable.

Les raisons de son implication sont d’autant plus importantes. Le fait-il par souci du travail d’équipe, au bénéfice de son enfant ou par surveillance de ce qui se fait à l’école en s’affichant comme gardien de l’estime personnelle de son enfant ?

Malheureusement, l’équilibre de l’implication parentale dans la vie scolaire est difficile à atteindre puisque, pour ceux qui tendent à trop s’investir, la notion de confiance revêt une importance capitale alors que le parent doit comprendre que les enseignants visent le bien-être de leurs élèves en y parvenant d’une autre façon. Ils sont objectifs puisque non liés par les sentiments parentaux dans l’exercice de leur fonction. Finalement, les parents doivent respecter la souveraineté professionnelle des intervenants scolaires au lieu de s’afficher comme experts de l’école, car eux aussi ils y ont déjà séjourné.

Ce manque de confiance, jumelé à un manque de respect de l’autonomie professionnelle des intervenants, le tout conjugué à une évidente émotivité lorsqu’il est question de leur enfant, donne naissance au phénomène des parents-rois. Cette attitude impérialiste permet à ce parent de tendre à prolonger les limites de son royaume au monde scolaire. Le principe est que ce dernier s’attend à ce que le monde scolaire soit géré comme le fait ce parent dans sa famille. Et ces attentes expliquent en partie l’attitude princière de leur enfant.

Les conflits qui s’en suivent donnent souvent lieu à des aberrations qui nous démontrent bien que ces parents et ces élèves s’attendent à ce que le monde scolaire oscille autour de leurs propres besoins. Et lorsque ce n’est pas le cas, les intervenants scolaires sont à l’origine des pires brimades présumées. Les vous n’aimez pas mon enfant sont de ces arguments employés sont souvent aberrants tout en étant pathétiquement amusants.

L’antidote à cette situation est la valorisation de la profession enseignante et du monde scolaire. Bien peu de patients contestent leur médecin et encore plus rares sont les passagers qui critiquent le pilote de leur avion en plein vol. L’œuvre éducative, pilotée par les enseignants et l’équipe-école, travaille quotidiennement à produire des résultats qui seront visibles à très long terme et qui vont définitivement bien au-delà des simples résultats scolaires. Il faut donc changer notre vision de l’éducation puisque le monde scolaire participe activement à la fabrication de citoyens en devenir et cette contribution doit être reconnue socialement. Et cette reconnaissance commence avec un certain respect de l’autonomie du monde scolaire.

Crédit artistique : « Candide » d’Andrée-Anne Laberge, artiste-peintre : http://www.andreeannelaberge.com

Le deuil chez les enseignants via le modèle Kübler-Ross

Elizabeth Kübler-Ross est une psychiatre et psychologue helvético-américaine qui a travaillé auprès de patients à l’article de la mort. Cette dernière s’est intéressée à la façon dont les individus gèrent l’annonce de leur mort imminente et elle a ainsi développé une série de stades que ces derniers traversent. La pertinence des travaux de Kübler-Ross (1985)[1] s’intègre à la gestion du changement en milieu institutionnel, car l’annonce d’une mort prochaine est considérée comme étant le changement ultime[2].  En fait, cette théorie a été reprise dans une panoplie de champs d’étude humains, entre autres en coaching et en analyse managériale.

Le processus de gestion du changement par un individu, peu importe la circonstance, suit une séquence prévisible, mais qui se manifeste de différentes façons. Voici ce qui est aussi appelé les cinq étapes du deuil :

  • La négation  (choc initial);
  • La colère et la peur ;
  • Le marchandage ;
  • Le lâcher-prise ;
  • Le dépassement.

Car un deuil est bel et bien présent et il peut être paralysant, causant, dans une certaine mesure, un immobilisme en éducation? Ces endeuillés, comme l’explique Jacques Cool, blogueur bien connu dans le monde de l’éducation canadien-français, refusent d’accepter que l’éducation ne peut plus être ce qu’elle était.

 

Mais à travers ces analyses, questionnements, préoccupations, réactions émotives, etc., une chose demeure. La complainte de cette périlleuse incertitude créée par un temps de tourmente en exaspère plusieurs aujourd’hui, mais ce même moment les fera bien rire dans quelques mois ou quelques années et souvent, ces derniers relativiseront l’ampleur du changement en soulignant d’eux-mêmes que leur réaction était disproportionnée face à la modification apportée à l’organisation de leur travail.

La coévolution

En conclusion, les individus au sein d’une institution doivent apprendre à développer une attitude réflexive sur leur réaction face au changement afin de demeurer dans une perception objective de la situation en évacuant l’aspect émotif de ces réactions aux situations de changement. Bien évidemment, il s’agit ici d’un long apprentissage chez les humains qui n’arrivera jamais à terme. Mais néanmoins, cette attitude réflexive permettra le développement d’une perspective de détachement métacognitif.  Il en va de la survie de l’humain en pleine évolution.

Or, parallèlement à cette évolution humaine, il ne faut pas négliger l’aspect évolutif de l’institution elle-même qui doit faire le même exercice réflexif que ses employés. Elle doit voir à sa démarche stratégique et à son mode de communication avec les membres de son organisation. C’est le principe de l’organisation apprenante qui se place en situation de coévolution[3]. Ainsi, dans le but de coévoluer, cette organisation oriente sa démarche de changement en tenant compte, non seulement des enjeux qui justifient ses nouvelles orientations, mais aussi :

  • Des acteurs variés : parents, élèves, enseignants, personnel de soutien, cadres, etc.;
  • De son environnement immédiat et des défis régionaux;
  • De la création de conditions récursives de génération d’idées et expériences novatrices;
  • De la nécessité de susciter des conditions optimales d’apprentissage de toute sorte pour ses acteurs.

Il y a donc une urgence inéluctable de favoriser les contradictions fécondes, au sens où il y a lieu de distinguer et conjuguer au lieu de séparer et d’exclure [pour ainsi] reconnaitre que tout mouvement, tout progrès et combinaison incessante de contradictions d’ordre et de désordre, de rigueur et de chaleur, de cerveau gauche et de cerveau droit[4]. Ces contradictions nous font évoluer par la richesse de leur contenu et elles nous permettent d’obtenir une meilleure compréhension d’une situation grâce à sa valeur ajoutée.



[1] Kübler-Ross, E., La mort, dernière étape de la croissance, Éditions du Rocher, Parsi, 1985, p. 239.

[2] Maletto, M. La gestion du changement, Éditions Saint-Martin, Anjou, 2009, p. 35.

[3] Sérieyx, Boussoles pour temps de brume, Pearson Éducation, Paris, 2003,  p. 122-129.

[4] Ibid., p. 123.

Lettre ouverte à un enseignant-technophile

J’ai l’habitude de bloguer en utilisant un style de rédaction surtout axé sur l’essai ou le texte argumentatif. J’essaie d’être objectif, dans la majorité des cas, même si mes opinions reflètent indubitablement mes propres valeurs. Cette fois-ci, je me permets de m’adresser au lecteur de façon plus personnelle, en délaissant le vous de politesse pour employer un je, introspectif et, totalement assumé. Je me permets d’être plus direct et incisif.

Mon texte qui a été publié dans Le Devoir du 9 janvier dernier aura permis de créer un petit débat d’idées à même le site web où il a été publié : Pour ou contre l’intégration des iPad à la pédagogie ? D’ailleurs, Le Devoir a publié aujourd’hui un texte qui réfute mon argumentaire. Je vous invite à le lire et à le commenter directement sur le site du Devoir. En lisant les commentaires, qui jouxtent mon texte, cela nous permet de mettre en relief les résistances qui, de facto, corroborent directement mon argumentaire. Nous pouvons y lire des critiques essentiellement fondées sur :

  • La gloire du classicisme ou la peur d’avoir peur

Si j’étais parieur, j’aurais gagé que la première critique proviendrait d’intellos nostalgiques qui font l’apologie des grands penseurs qui ont marqué notre culture. Le raisonnement sophiste du c’était bien mieux avant ou surtout le on le faisait comme ça avant et ça fonctionnait. Pourquoi changer? plombe les perspectives éducationnelles qui permettent au monde de l’éducation, non seulement de s’adapter à la société dans lequel il évolue, mais aussi agir en tant que leader au sein de cette même société. Bien qu’il ne faille pas pour autant renier nos racines et les fondements de notre culture occidentale, il n’en demeure pas moins que ces grands penseurs étaient ancrés eux aussi dans leur société de l’époque avec les moyens dont ils disposaient. Et si Socrate avait inventé internet, peut-être leur discours aurait été différent ?

Cette nostalgie est si forte chez certains qu’elle dénigre l’avènement des technologies. Un peu comme si elles nous empêchent de penser ou de développer notre esprit critique et surtout, d’éduquer nos élèves à en faire un bon usage. Tout ce qui se faisait avant était mieux, forcément…

Ce qui est certainement d’autant plus frustrant, c’est qu’il semble qu’il y ait nécessité d’opposer les nouvelles stratégies pédagogies aux anciennes alors qu’en réalité, on ne vise qu’une intégration des TIC aux approches existantes et non une annihilation de ce qui se fait depuis des lunes !

  • L’éphémérité de la technologie ou l’art de pelleter vers l’avant

Il est juste de prétendre que la technologie actuelle est éphémère. Le problème, qui n’en est pas tout à fait un, c’est qu’elle évolue rapidement. C’est en fait une caractéristique d’une société en plein essor. Face à ce constat, que devons-nous faire ? Il y a deux possibilités :

  1. Attendre que toutes ces innovations technologiques ralentissent ou cessent. Ainsi, nous pourrons faire un choix sûr parmi ce qui est sur le marché.
  2. Faire un choix parmi ce qui est disponible et l’assumer. Ce choix se fait en consultation avec les enseignants et les activités de réseautage avec les autres écoles font que le partage des hauts et des bas des choix qui ont été faits par des partenaires ou des compétiteurs permettent à une institution d’éviter les écueils.

Il est évident que le premier choix est impossible. Dans un premier temps, les innovations technologies se succèdent à un rythme effarant et c’est tant mieux ! Ensuite, permettre aux enseignants de travailler avec une technologie qui n’existe pas encore ou qui n’est pas à point, permet à leurs élèves de développer un certain confort dans ce qui les attend sur le marché du travail, où ils seront constamment appelés à utiliser de nouvelles technologies, dans des emplois qui, bien souvent, n’existent toujours pas.

Le tout, bien évidemment, au lieu de reporter à plus tard le besoin de faire des choix technologiques en laissant cette prérogative à nos successeurs, ce qui, par la même occasion, expose au grand jour le manque de leadership de plusieurs enseignants ou cadres scolaires actuels. Et, cette situation sous-entend implicitement et étrangement que les successeurs de ces derniers seront aptes à prendre les décisions qui s’imposent.

Enfin, il est clair que plusieurs technologies ne sont pas à la pointe des attentes du milieu scolaire à l’heure actuelle. C’est pour cette raison que nous avons besoin de faire preuve de patience et d’accommodement pour contribuer à rendre le tout plus fonctionnel. Les enseignants sont des spécialistes de la pédagogie. Avec une bonne dose de créativité, ils sauront rendre ces technologies pertinentes et utiles pour leurs élèves afin de varier leurs approches pédagogiques.

  • L’invasion du milieu éducatif par le milieu corporatif ou le désir de laver plus blanc que blanc

Certains commentateurs appréciant particulièrement la critique sans rien apporter de différent ou pertinent au débat s’inquiètent de l’omniprésence de l’image de marque dans nos écoles. Je comprends bien que le iPad est une marque de commerce, mais comme Frigidaire, Frisbee, Kleenex et j’en passe, ils sont devenus des noms propres de fréquente utilité. Possiblement qu’on y réfère trop. Et alors ? Est-ce le plus grand enjeu dans le monde de l’éducation actuellement ? Est-ce que cela diminuera le décrochage scolaire ? Augmentera la mobilisation étudiante et professorale ? Est-ce que cela améliorera le financement de nos écoles ? Je ne crois pas.

Ce désir de laver plus blanc que blanc ou de se fermer à des ouvertures de développement professionnel sur la simple et unique base qu’on refuse de laisser une marque faire son entrée au sein de notre vie scolaire m’exaspère. Je trouve ce débat stérile, car par le désir de certains de protéger les élèves de toutes ces méchantes multinationales qui veulent l’âme de nos jeunes en les fidélisant dès la maternelle n’est pas fondé. Si vous aviez une idée géniale en développant un produit et que son nom de commerce devenait une sommité dans le domaine de l’éducation, vous seriez certainement fier de votre accomplissement et de cette reconnaissance. Lorsque l’on parle d’Epson, d’Apple, d’IBM, de Dell, de Didacti ou de Moodle, faut-il nécessairement en censurer l’appellation pour préserver l’innocence de nos petits ? Pourtant, personne ne s’insurge de l’utilisation des crayons Sharpie, Bic ou Papermate ! Et que dire des Cahiers Canada. Nous lancerons-nous dans un débat sur l’impérialisme canadien ?

On s’inquiète de nos élèves et de leurs parents qui sont rapides sur le recours à la théorie du complot pour expliquer un bon nombre de situations scolaires. Est-ce nécessaire que nos enseignants adoptent la même attitude et qu’ils voient un complot nécessairement capitaliste ?

L’éducation est certainement un des  derniers domaines qui résiste à intégrer les TIC. Pourtant, il devrait y faire figure de leader et ouvrir la voie aux autres domaines. La technologie est bien accueillie dans la majorité des sphères de la société. Sur la scène judiciaire, les progrès du domaine médicolégal a complètement révolutionné la pratique professionnelle des avocats, des policiers et des juges. En médecine, vous n’accepteriez pas que votre médecin vous propose une lobotomie comme remède à vos migraines aiguës. Dans le domaine de l’automobile, les nouveaux moteurs plus performants et moins énergivores suscitent votre envie. Mais en éducation, tout cela nous effraie ! Paradoxe : c’est un peu comme si nous étions conscients que des perspectives illimitées que nous offrent nos nouveaux outils, mais que l’on s’entête à continuer d’utiliser des moyens qui ont été élaborés il y a des décennies, des centenaires et même, dans certains cas, des millénaires.

Enseignants-technophiles de tous les pays, unissez-vous !

Tout cela qui me permet de conclure que, par mon expérience et mes observations, que l’espace pédagogique est occupé davantage par les enseignants réfractaires au changement plutôt que par ceux qui le soutiennent. Ces derniers sont principalement à l’œuvre sur différents forums virtuels ou dans des colloques ou congrès où leur clientèle est déjà acquise. Ce que je suggère est de poursuivre ce réseautage, mais surtout, se lancer sur des tribunes où les enseignants réfractaires se cantonnent ! Il faut contaminer positivement ces professionnels et agir en tant qu’effet multiplicateur.

Bref, pour paraphraser Marx, enseignants-technophiles de tous les pays, unissez-vous ! pour ainsi convaincre vos collègues du bien-fondé de votre démarche professionnelle !

Changer de paradigme en éducation

Photo : http://www.reussir-loi-attraction.com/wp-content/uploads/2013/05/2012-nouveau-paradigme.jpg

Les TED Talks sont des sources inépuisables d’idées, particulièrement dans le domaine de l’éducation. C’est ainsi que j’ai fait la connaissance virtuelle de Will Richardson, un auteur et blogueur reconnu dans le monde de l’éducation américain.

Il part d’un postulat que plusieurs d’entre nous partagent, alors qu’il affirme que le monde de l’éducation est actuellement à la croisée des chemins et en pleine mutation. Il y va que quelques affirmations très intéressantes. Je vous en fais un rapport où j’y ajoute de mes impressions, le tout mélangé à la sauce « tempête d’idées ».

Le clivage

Nous partons d’un monde de rareté (pour ne pas dire de pauvreté), en terme de ressources didactiques et pédagogiques, pour évoluer au milieu d’un monde d’abondance (pour ne pas dire de surabondance). À l’heure actuelle, les enseignants peuvent de fier à un puits sans fond de la genèse de la connaissance humaine depuis le début des temps. Simultanément, leurs élèves accèdent également à cette manne, grâce à une évidente démocratisation des savoirs. Les enseignants se sont habitués à cette rareté. Cependant, les élèves ont été élevés dans cette abondance. Il en résulte une brèche opposant deux visions :

  1. Les habitudes pédagogiques des enseignants et les attentes de leurs élèves sont asynchrones. Ces derniers veulent avoir accès immédiatement et directement à l’information. L’école fait l’éloge de la lenteur et leur impose un certain ralenti principalement explicable par le décalage du milieu scolaire entier face aux changements technologiques animant la société.
  2. L’élève a accès à la somme des connaissances de l’humanité au bout de ses doigts ou dans ses poches alors que son enseignant et son manuel scolaire proposent un modèle de limitation des connaissances. C’est le modèle humain qui affronte le modèle internet, une « machine » qui est formée des savoirs des tous les humains.

C’est, en fait, des générations de jeunes plongés dans l’accessibilité et qui veulent être formés pour les défis des prochaines décennies qui s’opposent à des générations d’enseignants formés par un modèle scolaire datant, principalement, du Rapport Parent des années 60.

Le paradigme perdu

Le mode de l’éducation occident en est un qui lutte pour sa survie de son modèle. Lorsqu’il y a des dysfonctions, on s’évertue à réparer le modèle. On le rénove ou on le bonifie au lieu de simplement le changer en adoptant un nouveau paradigme. Voici trois réalités qui doivent permettre au monde de l’éducation de changer de paradigme :

  1. L’information est ubiquiste. Pourtant, l’école, c’est la seule place que les jeunes ne peuvent amener l’outil TIC pour aller la chercher. Les téléphones intelligents contiennent une encyclopédie des connaissances mondiales. Quel paradoxe ! Nous préparons les jeunes au monde du travail où on encourage l’accès aux meilleures technologies pour réaliser leurs tâches quotidiennes alors que nous les brimons dans l’utilisation de la même technologie. Et nous nous vantons de préparer nos jeunes au marché du travail ? Vraiment ? L’école orientante québécoise vient d’en prendre pour son rhume !
  2. L’éducation, l’enseignement et la pédagogie ne sont plus soumis au monopole de l’école. Les nouvelles plateformes pullulent : MOOC, médias sociaux, Didacti, etc. Le nouveau monde de l’éducation, c’est ce que l’on appelle désormais le knowledge just in time ou, ce que je qualifierais d’éducation ergonomique. Elle s’accomplit en se modelant à l’emploi du temps de l’élève, au moment où il le désire, à l’endroit qu’il choisit : dans le transport scolaire, entre deux matchs de hockey, chez un ami. Les possibilités sont immenses, pourvu qu’internet soit disponible. Encore une fois, la portabilité des appareils de communication personnels branchés en permanence sur les ondes de données cellulaires simplifie l’opération.
  3. Bien que l’école ne détienne plus le monopole de l’enseignement et de l’éducation, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’un milieu qui a le potentiel évident de faciliter la démarche éducative. En fait, le réseautage scolaire ou extrascolaire est la nouvelle salle de classe. Cela est l’apprentissage collaboratif et coopératif à l’échelle planétaire. Rien de moins. Pourtant, il existe encore un indéniable paradoxe : nos classes empêchent le réseautage et l’ouverture sur le monde en focalisant l’attention autour d’un enseignant qui se cantonne trop souvent dans ses stratégies pédagogiques désuètes. Pourtant, à l’heure des médias sociaux et des forums de discussion, les conditions gagnantes sont réunies pour encourager les échanges et la correspondance entre les élèves de divers milieux ou différents intervenants qui gravitent autour de l’école afin d’offrir une offre de services éducatifs éclatée, originale et totalement éducative. Le tout, sous la houlette avertie de l’enseignant.

Force est d’admettre que sous peu, nous n’aurons plus besoin des écoles pour instruire nos élèves. L’école demeure irremplaçable pour les éduquer et les socialiser, mais pas pour les instruire et les éduquer. D’où l’importance d’adopter un nouveau paradigme qui resitue le rôle de l’école, donc des enseignants, au lieu de perdurer à en prolonger indument la durée de vie.

Le monde de l’éducation dans sa totalité doit se décentrer pour s’ouvrir à la réalité des jeunes qui, pour leur part, doivent s’ouvrir aux défis mondiaux du 21e siècle. Malheureusement, force est d’admettre que ce monde tente plutôt de faire perdurer un modèle vieillot et dépassé. Pendant ce temps, le taux de décrochage demeure alarmant et les jeunes se désinvestissent de plus en plus de leur milieu scolaire et de leurs études.

Pour terminer, plusieurs enseignants ne sont pas excités par rapport aux changements mondiaux qui se répercutent dans leurs classes. C’est compréhensible, car, pour plusieurs, ils ressentent de la colère, car ces derniers ont passé plusieurs décennies à travailler pour devenir compétents dans un système qui les définissait d’une façon donnée. Et là, soudainement, il faut tout changer. Il y a perte de repères et, fort probablement aussi, l’estime professionnelle de l’enseignant est affectée. Il s’emploie donc à tenter de préserver ses acquis au lieu de les redéfinir. Donc, certains enseignants sont en deuil !

Les enseignants d’aujourd’hui sont des co-apprenants. Ils expérimentent, ils créent. Ils ne sont plus des spécialistes d’un sujet. Google en saura toujours plus qu’eux. Tous doivent devenir des apprenants et accepter cette réalité. Avant d’être enseignant, on est d’abord et avant tout apprenant.

Nous devons être des agents de changement. C’est notre travail, c’est notre vocation.

 

(Texte inspire des idées véhiculées par la conférence TED de Will Richardson : http://www.youtube.com/watch?v=9ekcWQxgk3k).