Montaigne et la pédagogie active

Vous avez déjà pris la peine de lire les Essais de Montaigne ? À tout le moins, ceux sur l’éducation à travers le pédantisme (chapitre 24) et l’institution des enfants (chapitre 25) ? Vous trouvez ce monsieur trop… old school ? Possiblement, puisque ses essais ont été publiés à la fin du XVIe siècle. Mais détrompez-vous. Michel de Montaigne est probablement le père de l’éducation moderne et même, d’un certain sens, du Renouveau pédagogique !

Essais, livre 1, chapitre 24 : Du pédantisme

Le pédantisme est le propre de l’être qui étale son savoir livresque de façon vaniteuse, outrecuidante et complaisante. À ce sujet, Montaigne affiche clairement ses couleurs en faisant la promotion d’un savoir utile plutôt que livresque. Il hait par sur tout un savoir pédantesque (p. 204), dénonçant que nous ne travaillons qu’à remplir la mémoire et laissons l’entendement et la conscience vide (p. 208). Nous apprenons, non pour la vie, mais pour l’école (p. 215). Autrement dit, Montaigne clame que les savoirs scolaires sont souvent sans signifiance pour les jeunes et qu’ils sont décalés face à une application pratique dans le quotidien : il faut non seulement acquérir la sagesse, mais encore en tirer profit (p. 212).

L’enseignement par connaissances étoufferait-il l’esprit ? Paradoxalement, nuirait-il à la formation des élèves ? Il faut croire que l’approche par compétence du MELS soit appropriée et qu’il n’est pas une si mauvaise idée de sonner le glas de l’approche par connaissances ! Apprendre n’est pas une fin en soi, si ce n’est pour appliquer ces apprentissages en contexte empirique ! Néanmoins, les dernières années vécues dans le monde québécois de l’éducation nous ont permis de comprendre qu’en fait, une approche par compétence n’évacue pas pour autant les connaissances des cursus scolaires. Bien au contraire. Elles doivent y être intégrées dans le but de servir le développement des compétences. Instruire non par ouï-dire, mais par l’essai de l’action, en les formant et moulant vivement, non seulement de préceptes et paroles, mais principalement d’exemples et d’œuvres (p. 219). Donc, l’apprentissage doit être réalisé dans l’action et réinvesti de la même façon. Montaigne aurait-il jeté les bases de la pédagogie active dès la fin des années 1500 ?

Essais, livre 1, chapitre 25 : De l’institution des enfants

En effet, la pédagogie active et l’approche socioconstructiviste semblent omniprésentes dans la conception de l’éducation chez le sage français : Je ne vise ici qu’à découvrir moi-même, qui serai par aventure autre demain, si nouvel apprentissage me change (p. 227). Lorsqu’il peint le paysage du monde de l’éducation de l’époque, il y a malheureusement de fortes ressemblances avec ce que nos élèves vivent aujourd’hui, près de 450 ans plus tard. Le monde de l’éducation occidental a-t-il mal vieilli ?

(…) un enfant de maison, qui recherche les lettres, non pour le gain (…) ni tant pour les commodités externes, que pour les siennes propres et pour s’en enrichir et parer au-dedans, ayant plutôt envie d’en réussir habile homme, qu’homme savant, je voudrais aussi qu’on fût soigneux de lui choisir un conducteur, qui eût plutôt la tête bien faite, que bien pleine : et qu’on y requît tous les deux mais plus les mœurs et l’entendement que la science : et qu’il se conduisît en sa charge d’une nouvelle manière. On ne cesse de criailler à nos oreilles, comme qui verserait dans un entonnoir ; et notre charge n’est que de redire ce qu’on nous a dit. Apprendre en lui faisant goûter les choses, les choisir, et discerner d’elle-même. Quelquefois lui ouvrant le chemin, quelquefois le lui laissant ouvrir. (p. 230).

Devant un tel constat, inutile d’organiser des recherches tous azimuts pour comprendre les causes profondes du désintéressement de nos élèves et leur démotivation : Notre âme ne branle qu’à crédit, soit sous l’autorité d’autrui. (…) notre vigueur et liberté est éteinte (p. 231). Qui suit un autre, il ne suit rien : Il ne trouve rien : voire il ne cherche rien. Qu’il sache qu’il sait au moins (p. 232). Sommes-nous en train de former des automates depuis tout ce temps ? L’école est-elle un lieu insipide où bon nombre d’enseignants contribuent, quotidiennement, inconsciemment, à former des têtes bien pleines conditionnées à radoter ce qu’elles y ont appris, et ce, pendant la durée de leur vie, en contexte personnel, familial, institutionnel et professionnel ? Triste constat alors que nous visons le développement du jugement critique chez nos jeunes… À ceux qui veulent apprendre nuit le plus souvent l’autorité de ceux qui enseignent (p. 231).

Probablement que cette mauvaise tradition qui s’est perpétuée jusqu’ici a su maintenir son rythme grâce à une certaine noirceur due à la dictature de la connaissance exercée par le monde scolaire, alors que l’accès à la connaissance passait obligatoirement par l’enseignant. Désormais, l’accès à la connaissance s’est démocratisé avec l’avènement de la technologie et surtout, grâce à ses multiples possibilités de portabilité. Actuellement, un fort nombre d’élèves tient dans sa poche, bien souvent contre les règles de vie de leur école, la somme des connaissances produites par l’humanité. Les téléphones intelligents donnent un accès immédiat à Google et à tous ces géants permettant la libre circulation de l’information.

Actuellement, la connaissance est accessible dans son immensité. Aucun enseignant ne peut rivaliser avec l’internet. S’il tente de le faire, il s’empêtrera certainement dans son savoir qu’il dispensera de façon livresque et pédantesque : fâcheuse suffisance, qu’une suffisance pure livresque (p. 234). Ce que les élèves d’aujourd’hui nécessitent, c’est l’aspect didactique et pédagogique de la gestion des connaissances, ce que seul un enseignant peut leur assurer. L’enseignant est plus que jamais un didacticien, un pédagogue et un éducateur dans le sens le plus noble du terme. Enseigner, au 21e siècle, nécessite d’être un stratège de la connaissance puisqu’on vise son intégration de façon complexe chez l’élève, à travers différentes compétences à être réinvesties dans l’action afin d’être intégrées de façon durable. Pour ce faire, il importe que l’enseignant descende de sa traditionnelle tribune pour être directement actif auprès de ses protégés : Et est l’effet d’une haute âme et bien forte, savoir condescendre à ses allures puériles, et les guider (p. 231).  

Le monde de l’éducation est définitivement en pleine mouvance. L’intégration des technologies est l’étincelle qui permette à ce conservatisme d’être évacué au profit des nouvelles stratégies d’enseignement. Cette révolution bat actuellement son plein et quotidiennement, de nouveaux enseignants joignent les rangs de cette force de changement, et ce, au bénéfice des élèves que nous formons. Car, comme le cite si bien Montaigne, humide et molle est l’argile; c’est maintenant, maintenant qu’il faut se hâter et la façonner indéfiniment sur la roue agile (p. 251).

**Les citations de Montaigne sont extraites telles quelles, en ancien français, et sont tirées de : DE MONTAIGNE, Michel, Les Essais, Paris, Librairie Générale Française, 2001, 1853 p.

Élémentaire, mon cher Watson ! Apologie de la créativité chez l’enseignant

Peut-être avez vous déjà remarqué qu’il existe très peu de ressources qui mettent en relief l’importance de la créativité chez les enseignants. Non pas que les enseignants ne soient pas créatifs en tant que tel, mais trop de ces derniers se bornent à suivre des manuels scolaires ou des cahiers d’exercices plutôt qu’élaborer eux-mêmes le matériel qu’ils utilisent.

Trois raisons principales expliquent ce fait. Dans un premier temps, c’est une question de temps. Les enseignants sont surchargés par la nature d’une tâche qui augmente sans cesse. Désormais, nos enseignants sont aussi des psychologues, travailleurs sociaux et, récemment, ils sont aussi des techniciens en éducation spécialisée. On leur demande de faire des suivis, remplir des rapports et même, de donner des sessions de récupération personnalisées pour des élèves qui prennent des vacances pendant l’année scolaire. Tous reconnaissent que l’enseignement aux jeunes (et à leurs parents…) à l’aube du 21e siècle se complexifie. Cependant, s’il est vrai que la création de son propre matériel est une entreprise chronophage, il n’en demeure pas moins qu’elle s’avère un investissement d’une rentabilité appréciable, car, une fois que le tout est complété, il ne reste qu’à faire des mises à jour pour en bonifier le contenu ou l’adapter aux différentes situations qui se présentent en cours d’année scolaire. Ce matériel est partageable et ce que l’on donne d’une main sera récupéré de l’autre, bien souvent au centuple.

Secundo, la précarité du statut professionnel des enseignants est également à la base du problème. Ces derniers ont souvent des conditions instables, ce qui implique qu’il y a de fortes chances qu’ils doivent changer de planification d’une année à une autre ou qu’ils doivent en assumer plusieurs dans la même année. Il est alors rassurant de savoir que les manuels scolaires sont toujours là. Cependant, dans un monde de l’éducation idéal, tous les enseignants auraient accès à toutes les activités créées par leurs collègues de partout au Québec et, pourquoi pas, de partout dans le monde. Le partage ne serait plus qu’une valeur théorique purement dispensée dans nos milieux; elle serait vécue par les tous enseignants entre eux. Tristement, ce ne sont qu’une poignée d’enseignants qui prônent cette orientation. Mais heureusement, ils sont de plus en plus à joindre un mouvement de partage de matériel pédagogique en adoptant une ouverture au réseautage.

Finalement, certains enseignants préfèrent suivre à la lettre la séquence des manuels scolaires ou des cahiers d’exercices qui y sont attachés pour mieux suivre les prescriptions du programme de formation.  La référence, en éducation au Québec, est et demeurera toujours le Programme de formation de l’école québécoise ainsi que la Progression des apprentissages. Les manuels scolaires ont certainement été rédigés en fonction de ces documents, mais il n’en demeure pas moins que le vrai spécialiste, c’est le pédagogue, l’enseignant dans sa classe. Ce n’est pas pour rien que les programmes ministériels y réfèrent comme étant le maitre dans sa classe. C’est lui qui jouit d’un jugement ultime dans le feu de l’action et qui sait ce qui est le mieux pour ses élèves. C’est l’essence même de la flexibilité pédagogique qui, elle-même, est la pierre angulaire de toute approche de différentiation pédagogique. Les manuels scolaires ne sont pas très flexibles pédagogiquement, car ils sont des outils s’adressant à tous. À l’heure d’un monde de l’éducation animé par les mesures adaptatives, il semble important de développer des outils adaptés à la personnalité (ou aux difficultés) des élèves ou, à tout de moins, à celle d’un groupe.

Les manuels scolaires ont, en fait, l’effet contraire de celui qu’ils prétendent accomplir. Ils n’élèvent certainement pas le niveau d’enthousiasme estudiantin dans les classes et n’encouragent assurément pas  la motivation et la persévérance scolaire. Ils ne sortent aucunement de l’ordinaire, et ce, malgré les efforts en ce sens des rédacteurs et éditeurs. Ce que les manuels proposent, c’est une certaine forme de sécurité et de confort. Ils permettent de s’en tenir au cadre établi et de ne pas en déroger. Ils ne permettent pas d’enseigner autrement et de faire avancer la pratique enseignante en tant que professionnel autonome. Il s’agit de refuser d’être de simples passeurs de matières pour devenir des créateurs de contenus pédagogiques. Il s’agit d’assumer son autonomie professionnelle. Rien de moins. Ainsi, pourquoi emprunter le matériel qu’une entreprise quelconque a confectionné ?

Quotidiennement, nos enseignants aspirent à développer l’esprit créateur de leurs élèves. Ils veulent cultiver la curiosité et, pour reprendre l’expression consacrée, former les décideurs de demain. Comme le disait une collègue sur Twitter, la curiosité propulse l’innovation. Or, la même recette s’applique pour les enseignants. Un pédagogue innovateur, curieux, qui sait prendre des risques calculés dans sa pratique quotidienne saura former des élèves à cette image, en plus de développer des habiletés-clés chez ces derniers : adaptation, polyvalence, résilience et ouverture au changement.

Si la citation de Nelson Mandela qui tourne en boucle sur les réseaux sociaux des individus issus du monde de l’éducation, laquelle clame que l’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde, force est de réaliser que ce n’est certainement pas à coup de manuel scolaire ou de cahier d’exercices qu’on y arrivera !

Je me permets de faire un lien qui, à mes yeux est évident. En tant qu’éducateur, cette entrevue m’a frappé. Elle est rapportée dans un article du Soleil de Québec avec Patrick Watson, auteur-compositeur-interprète bien connu au Québec. Le titre de l’article met en relief une citation de l’artiste : Mon job à moi, c’est d’être créatif.  Cette citation m’a tout simplement chavirée. Pour ceux qui connaissent la scène musicale montréalaise, son groupe est à l’avant-garde de l’expérimentation musicale et peu importe quelle direction il prend, les salles de spectacle demeurent toujours bondées.  Il interprète ses propres chansons de différentes façons. Si bien, que, pour l’avoir vu en spectacle au moins cinq fois ces trois dernières années, on ne sait jamais quel lapin il sortira de son sac. Ce sont les mêmes chansons que l’on connaît, mais interprétées différemment et souvent, avec des instruments différents et même cocasses : égoïne, différentes percussions, orchestre symphonique, etc. Cet homme vit de sa créativité. Dans l’article, il fait référence à son éthique de travail et au fait que sa survie dépend justement de sa capacité à créer et sortir des sentiers battus :

Mon job à moi, c’est d’être créatif pour trouver des histoires flyées et des sons flyés. J’adore ce job et je vais tout faire pour le garder! Quand tu es musicien, il faut que tu vises haut. Il n’y a pas de place pour les chansons moyennes, surtout aujourd’hui alors que tu dois rivaliser avec tous les artistes qui ont enregistré depuis 100 ans. Tu peux m’écouter ou tu peux écouter Bob Dylan! Ma compétition, c’est aussi les Doors, les Beatles, Michael Jackson, Pink Floyd… C’est la réalité!

S’il était enseignant, Watson dirait peut-être :

Mon job à moi, c’est d’être créatif pour trouver des activités pédagogiques flyées. J’adore ce job. Quand tu es enseignant, il faut que tu vises haut. il n’y a pas de place pour les cours moyens, surtout qu’aujourd’hui, tu dois rivaliser avec tous les enseignants qui enseignent depuis 2000 ans. Tu dois rivaliser avec Socrate, Rousseau, Google, Youtube… C’est la réalité!

Comme le confie le musicien, il puise son inspiration de toute la musique qu’il écoute. Et nous ? Peut-on dire que nous puisons toute notre inspiration de ce que les autres enseignants créent comme contenu ? Y a-t-il un tel partage possible, qui serait à la base d’un réseau d’influences axé sur la réciprocité et l’incitation à toujours créer plus ?

Les stéréotypes véhiculés face à l’intégration des iPad à la pédagogie

Cette semaine, le gourou québécois de l’intégration des TIC  à la pédagogie a publié les résultats de son enquête sur l’intégration des iPad à l’école. En effet, Thierry Karsenti, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les technologies en éducation a publié L’iPad à l’école: usages, avantages et défis : résultats d’une enquête auprès de 6057 élèves et 302 enseignants du Québec.

Plusieurs points retiennent mon attention, à commencer par le fait que l’ouvrage a été publié lundi dernier et que le jour même, plusieurs acteurs du monde de l’éducation l’avaient déjà lu dans son entièreté. Cela démontre l’aspect toujours plus rapide de l’instantané. Comme si ce qui pouvait être immédiat, pouvait l’être davantage… Néanmoins, cela prouve que l’amalgame de l’édition numérique et des médias sociaux a une force de frappe efficace et surtout, efficiente.

Le rapport, en tant que tel, donne des munitions à tous les intervenants dans le monde de l’éducation; autant aux détracteurs de l’intégration des TIC à la pédagogie qu’aux technopédagogues. Le meilleur exemple est certainement l’article paru dans La Presse deux jours après la parution des résultats de recherche de l’étude. Le journaliste Michael Oliviera a eu la brillante idée de titrer son court article de la façon suivante : Un élève sur trois joue sur son iPad en classe. À défaut de nous informer adéquatement sur la recherche de Monsieur Karsenti, le journaliste nous donne une leçon de journalisme sur l’art de relever les informations évidentes pour les publier hors contexte de façon perfides, tendancieuses, démagogiques et fallacieuses.

(…) une étonnante proportion de 99% [des élèves] a dit avoir trouvé l’outil technologique distrayant (…)

Il est évident que la presque totalité des élèves trouve l’iPad distrayant. C’est le principe même de l’outil ! Avec son intégration à l’enseignement, on vise, entre autres, la combinaison d’un outil personnel d’un élève pour l’en faire découvrir les aspects « professionnels » qui lui seront utiles dans sa profession d’élève. On vise l’intégration du scolaire directement dans sa sphère personnelle d’élève. C’est évident qu’il sera distrait ! Non seulement peut-il utiliser ses manuels scolaires sur son iPad en plus d’utiliser différentes applications propres à une matière, mais aussi, il peut aller sur Facebook, texter ses amis, etc. Nul besoin de rappeler que l’adolescence est particulièrement marquée par le besoin de socialiser chez les élèves, il est donc évident que l’iPad en classe sera utilisé à cette fin. L’élève trouvera toujours un outil pour communiquer avec son voisin de classe. Il n’y a qu’à penser au petit papier qui circulait à l’époque où nous étions élèves. Malheureusement, l’article de La Presse ne traite pas de l’importance de la formation des enseignants en gestion de classe avec un tel appareil, information pourtant omniprésente dans le rapport Karsenti.

Un tiers des étudiants du Québec sondés sur l’usage du iPad en classe ont admis pratiquer des jeux durant les heures d’école (…)

C’est probablement le commentaire le plus insignifiant qu’il m’ait été donné de lire dans un article portant sur l’intégration des TIC à la pédagogie. Cette lapalissade met en relief la première utilisation que les élèves ont  reconnue au iPad : le jeu. Il ne faut pas s’étonner du fait qu’ils veulent jouer avec l’appareil. Cependant, l’affirmation laisse fallacieusement croire que le tiers des élèves ne fait que ça ! Comme s’ils jouaient tout le temps de leur quotidien scolaire… Les heures d’école incluent des pauses et les élèves jouent principalement à ce moment. Cela ne veut pas dire qu’ils jouent en classe pour autant. Cependant, soyons réalistes. Il est évident que plusieurs élèves jouent pendant la classe et y perdent leur temps. Mais, dans les classes sans iPad, ces mêmes élèves crayonneraient ou dessineraient dans leurs cahiers, rêvasseraient ou perdraient leur temps de différentes façons. Le problème n’est pas l’iPad mais bien les stratégies d’enseignement peu motivantes employées par certains enseignants. Il m’apparait important de bien recentrer la problématique.

(…) bien que seulement quelques élèves ont dit avoir eu l’impression qu’une tablette informatique les aidait à mieux apprendre (…)

Ce qui est magique en éducation, c’est lorsque les élèves apprennent sans s’en rendre compte. Souvent, les élèves associent l’apprentissage à un processus ennuyeux, douloureux et souffrant alors qu’il y a une pléthore de façon de favoriser l’apprentissage par différentes formes de jeu. L’apprentissage ludique, par le plaisir, l’humour, ça existe. Il semble que plusieurs l’ignorent, à commencer par les journalistes. Avant d’écrire une telle phrase dans un journal à tirage national, n’y aurait-il pas lieu de clarifier quels apprentissages sont favorisés ? Et pour moi, l’apprentissage passe par la créativité, la curiosité, etc., et non pas seulement par l’assimilation ou l’ingurgitation de contenus disciplinaires. Malheureusement, le grand public ne reconnaît pas cela et, une fois de plus, les journaux entretiennent leurs lecteurs dans une certaine ignorance (sic). L’iPad permet l’apprentissages de maintes compétences de divers ordres transcendant les compétences transversales et disciplinaires au programme. C’est à ne pas négliger. 

Selon l’enquête, 70% des enseignants sondés n’avaient «jamais ou très rarement» utilisé l’iPad avant que leur usage ne soit instauré dans leurs classes, contre 53,6% du côté de leurs élèves sondés.

Le premier iPad est sorti sur le marché canadien en mai 2010. La collecte des données des chercheurs dans les milieux scolaires a été effectuée à partir de l’automne 2012 (p. 8). Un an et demi s’est écoulé entre la mise en marché de l’appareil et cette mesure de son intégration en classe. Il n’est donc pas surprenant qu’une aussi grande proportion d’élèves ou d’enseignant ne l’ait jamais utilisé, surtout compte tenu de son prix de vente qui n’en fait pas l’appareil le plus accessible aux familles québécoises. Si cette information est pertinente dans la recherche, quelle en est l’importance de la relever dans un tel article de journal ?

L’avènement des technologies en éducation, c’est une révolution dans le monde de l’éducation. Comme le cite la recherche, cela se compare à l’invention de l’imprimerie (p. 4). Je comprends qu’une révolution, ça dérange les forces conservatrices établies qui, bien malheureusement, détiennent le monopole de l’opinion dans le monde de l’éducation. L’article de Monsieur Oliviera ne fait que renforcer les stéréotypes négatifs de l’utilisation du iPad en classe en relevant principalement les défis posés par son intégration pédagogique plutôt que mettre en relief ses avantages. S’il est vrai que cette intégration est à parfaire, il y a lieu de réaliser que, en bien peu de temps, certaines écoles visionnaires ont fait le nécessaire pour prendre le virage technologique qui s’impose, en toute imperfection, certes, mais au moins, ils l’ont pris. Car au 21e siècle, la pire façon que le monde de l’éducation peut réagir face aux défis qui se posent dans la société, c’est par l’immobilisme.

 

Références :

Karsenti, T. et Fievez, A. (2013). L’iPad à l’école: usages, avantages et défis : résultats d’une enquête auprès de 6057 élèves et 302 enseignants du Québec (Canada). Montréal, QC : CRIFPE.

Le rapport est disponible sur le site Internet de Thierry Karsenti.

 

OLIVIERA, M., Un élève sur trois joue sur son iPad en classe. Site téléaccessible au http://techno.lapresse.ca/nouvelles/produits-electroniques/201312/11/01-4720088-un-eleve-sur-trois-joue-sur-son-ipad-en-classe.php. Site consulté le 11 décembre 2013.