Technopédagogie et pédagogie active

Les TIC et la motivation scolaire
La technopédagogie est un néologisme adopté par le monde de l’éducation, lequel traduit une réalité incontournable au XXIe siècle : l’intégration des TIC à la pédagogie. Au Québec, nous réalisons honteusement que le taux de décrochage scolaire oscille autour de 30% et ce, en dépit du fait que les gouvernements prétendent  vouloir le faire diminuer et prennent une série de mesures pour y parvenir, lesquelles, bien tristement, s’avèrent peu fructueuses.

Également, il existe un clivage important entre les natifs numériques, cette nouvelle génération d’élèves branchés et compétents au niveau technologique. Ces derniers sont tombés dans la potion et adoptent un mode de vie numérique pour ne pas dire virtuel. À l’opposé, on trouve des enseignants, des parents qui utilisent leur appareils, dans bien des cas, de façon incomplète. Ils les utilisent pour leur fonction première (une caméra pour prendre une photo, un téléphone cellulaire pour téléphoner, etc). Ils considèrent d’ailleurs souvent ces appareils comme étant des gadgets. Ces immigrants numériques intègrent partiellement les TIC à leur vie, mais sans plus, contrairement aux plus jeunes qui les exploitent à fond.

La technopédagogie se veut ainsi le rapprochement de ces deux solitudes autour d’une stratégie pédagogique rassembleuse, maximisé par des enseignants soucieux de renouveler leur pratique professionnelle en vue de l’adapter aux nouvelles réalités de leur clientèle, constituée d’élèves motivés à apprendre différemment.

Selon les études de Thierry Karsenti, titulaire de la Chaire de recherche sur les TIC en éducation, il existe un lien positif direct entre l’intégration des TIC à la pédagogie et la motivation scolaire. Il appert que la modification du contexte scolaire a effectivement un rôle important à jouer avec la persévérance scolaire. Entre autres, on parle de :

  • Réalisation d’apprentissages mobilisateurs plaçant l’élève au coeur de l’action;
  • Création d’un espace créatif renouvelé autant chez l’élève que chez l’enseignant. C’est en quelque sorte, le retour de la valorisation de la créativité pédagogique, sur laquelle s’appuie une nouvelle dimension de la flexibilité pédagogique;
  • Retour de l’aspect ludique de l’enseignement. Oui, il est possible d’avoir du plaisir en classe et ce n’est pas vrai que l’apprentissage doit être ennuyeux ou même douloureux. Les recherches démontrent clairement qu’un élève qui s’amuse en classe en est un qui réussit mieux;
  • L’importance du réseautage. Les élèves connectent étroitement entre eux. Cela fait partie de leur vie. Ils le font virtuellement, ce qui explique entre autres l’importance qu’ils accordent à leurs appareils électroniques portatifs. Ils communiquent virtuellement dans plusieurs sphères de leur vie désormais numérique : autant dans leurs travaux scolaires, qu’au niveau des médias sociaux qu’au niveau des jeux vidéos.

Le retour du ludique et du créatif dans un monde pédagogique en proie à l’ennui et à l’inertie
À la suite de ces constats, on se rend compte que les TIC nous permettent d’apprendre à mieux apprendre. Nous réalisons également que la technopédagogie est impossible à réaliser sans une pédagogie active. Il est donc pertinent de prétendre que l’amalgame de la pédagogie conventionnelle combinée à l’utilisation d’outils technologiques en classe est carrément un désastre. Afin d’intégrer les TIC à la pédagogie, cela vise indubitablement un virage.

La pédagogie active implique donc une action directe et soutenue auprès de l’élève, ce qui pave la voie à la pédagogie différenciée. Cette dernière sort un peu de son contexte habituel. Sans nécessairement renier la nécessité de différencier ses interventions pédagogiques en fonction des élèves sous la responsabilité de l’enseignant, cette différentiation est surtout orientée vers la stimulation de la créativité chez l’élève en lui permettant de réaliser un travail dans la forme qui l’intéresse. Les objectifs à atteindre et les consignes sont indiqués. Le reste appartient à l’élève qui utilise sa créativité et les outils mis à sa disposition afin de réaliser la tâche que l’enseignant lui a soumise. C’est le type de différentiation pédagogique qui devient possible avec les perspectives technopédagogiques qui s’offrent désormais au monde de l’éducation. Mais, à première vue, cela peut faire peur aux enseignants. Comment cette pédagogie active peut-elle être applicable dans l’état actuel des choses où les classes sont bondées ? Impossible pour un enseignant d’être actif auprès de tous en même temps. D’où l’importance d’instaurer les conditions idéales d’enseignement coopératif. La classe contemporaine n’est plus le terrain d’exécution de la dictature du savoir où l’enseignant a le monopole de la connaissance. C’est un terrain fertile de coconstruction des savoirs. L’enseignant, certes connaissant, est surtout un stratège de cette connaissance, car il oriente l’élève vers sa découverte. Mon collègue Sébastien Stasse illustre la situation de cette façon sur son compte Twitter: L’arrivée des appareils mobiles en éducation ne peut que conduire à transformer le rôle de l’enseignant soliste à celui de chef d’orchestre.

Si l’élève est sous-stimulé ou qu’il s’ennuie, il éprouvera le besoin de se distraire. C’est inévitable. Et cela n’est pas seulement propre à l’adolescent, mais bien à l’ensemble de l’humanité. L’impression de faire du temps est la pire perception qui doit être évacuée hors du monde de l’éducation, car elle est à la base du désengagement scolaire, cette forme de décrochage scolaire de l’esprit.

Parallèlement, on entend souvent les mêmes critiques. Les technologies sont en fait des jeux pour les élèves. Et puis ? C’est bien tant mieux si les élèves peuvent combiner jeu, plaisir et apprentissage. Les apprentissages réalisés dans une atmosphère de plaisir sont plus durables et signifiants pour les apprenants, petits et grands. C’est une occasion de perdre du temps. Effectivement, un élève en proie à l’ennui en est un qui perdra son temps avec ce qui l’occupe ou le passionne : réseaux sociaux, jeux, sites web d’intérêt, etc. Dans ce cas, deux solutions peu imaginatives s’imposent : soit que l’on interdise ces appareils en classe ou que les élèves ferment leur appareil. A priori, on réalise que la contrainte n’a jamais donné de résultats probants en milieu scolaire. Secundo, à quoi sert d’avoir ces outils sur les pupitres s’ils sont fermés ? En fait, ce n’est pas les TIC en classe qui sont une perte de temps. C’est l’ennui causé par des cours peu stimulants et mobilisateurs qui incite à des élèves à faire autre chose et à décrocher de ce qui se fait en classe. N’est-ce pas une facette de la nature humaine de s’ennuyer lorsque peu actif, stimulé ou intéressé ?

Des connaissances au bout des doigts… dans les poches !
Plus que jamais, le rôle de l’enseignant est d’enseigner des compétences liées au traitement de l’information puisque les connaissances sont disponibles au bout de nos doigts, dans nos poches. Nous assistons à une explosion de la disponibilité de l’information et à une surexposition des médias facilitant et façonnant nos communications. Mais, alors que nous communiquons de plus en plus, la qualité de ces rapports est discutable. L’enseignant éduque donc l’élève à se servir convenablement de ces connaissances en plus de l’éduquer à l’éthique de la recherche de sources convenables et crédibles. C’est, en quelque sorte, contribuer à développer esprit critique.

L’enseignant n’est plus l’unique pôle de connaissance et il doit céder sa place à l’affluence des connaissances en circulation grâce à Google, Wikipedia et leurs milliers d’émules. L’enseignant qui se sent diminué professionnellement face à ce fait ne réalise pas qu’en fait, c’est plutôt la nature de son travail qui évolue.

Également, ces enseignants accros au contrôle de toutes les facettes de leur classe sont inquiets : cette démocratisation des savoirs a de quoi menacer leur gestion de classe et la conduite de leurs activités pédagogiques quotidiennes. Les TIC sont une perte de contrôle sur les orientations que peut prendre un cours. Étant donné que les horizons sont illimités, les chemins de la connaissance que peuvent emprunter les élèves sont certainement hors du contrôle de l’enseignant qui n’a possiblement toutes les réponses à ces éventuelles questions. Si pour certain, c’est un dur rappel à l’humilité que de réaliser que l’on ne sait pas tout, il n’en demeure pas moins que les élèves ont le droit de réaliser des apprentissages hors de ceux déjà réalisés par leur enseignant. De plus, pour d’autres enseignants, les perspectives de coconstruction des savoirs et de coproduction de contenus sont des situations haletantes et motivantes. Ne faut-il pas simplement lâcher prise et accepter de simplement guider et orienter les élèves en acceptant de découvrir des connaissances avec eux ? Finalement, si on enseigne aujourd’hui de la même façon qu’il y a 10 ans, il se peut effectivement qu’on perde le contrôle de la classe. C’est à ce moment que l’attention des élèves se fixe sur une panoplie de sujets complètement hors propos, facilités par les TIC.

Ce qui est fascinant avec la technopédagogie c’est qu’autant pour les enseignants que pour les élèves, le tout en est à ses balbutiements et que tous découvrent en même temps et ensemble les rudiments de ce qui n’a plus de limites. C’est en quelque sorte la transformation du milieu scolaire en immense laboratoire de collaboration et de réseautage tous azimuts avec des individus qui, bien qu’ils maitrisent les TIC à différents niveaux, visent tous les mêmes objectifs. Prendre le virage de la révolution du monde de l’éducation du XXIe siècle.